Royaume de vent et de colères, de Jean-Laurent Del Socorro

Posted on 1 juin 2015
Encore un livre poussé vers moi par les bons échos ! Sorti en catimini, il a fait son petit bout de chemin, laissant bien souvent ses lecteurs particulièrement satisfaits de leur séjour dans la République de Marseille, du temps d’Henri IV. Avec un petit prix en numérique, il a tout naturellement fini sur ma PAL numérique. Et il a bien fait !

 

Quatrième de couverture :

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi.
À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme.
Les pions sont en place.
Le mistral se lève.

La pièce peut commencer.

 

L’étonnante République de Marseille

Royaume de vent et de colères - Del SocorroJ’aime quand les romans me font faire quelques recherches historiques. C’est le cas avec ce « Royaume de vent et de colères » qui s’intéresse de très près à un épisode méconnu de l’histoire de France, celui de la République de Marseille, sous le règne d’Henri IV converti depuis peu au christianisme. Jean-Laurent Del Socorro, à travers ce roman court et palpitant, nous présente ainsi quelques personnages fictifs plongés dans la tourmente des guerres de religion, et mêlés à des personnages tout ce qu’il y a de plus historique (Charles de Casaulx, Pierre de Libertat, la Comtesse de Sault, etc…). Les libertés prises avec les faits historiques, pour le bien du récit, sont légères, et l’auteur parvient même à y ajouter une pointe de fantasy avec les artbonniers, ces pratiquants d’un art magique addictif jusqu’à l’excès, mais qui peut tout de même se révéler particulièrement dangereux, l’occasion pour le romancier de proposer une réflexion sur la fameuse question « la fin justifie-t-elle les moyens ? ».

Mais ce n’est pas le seul point fort du récit, centré avant tout sur ses personnages. De Axelle, cette ancienne mercenaire devenue tenancière d’une auberge un peu à contrecœur, à Armand et Roland, un maître artbonnier et son disciple, deux amants fuyant une confrérie qui a perdu son humanité, en passant par Victoire, dirigeant la guilde des savonniers (ni plus ni moins qu’une confrérie d’assassins), ou bien Gabriel, chevalier en quête de rédemption, sans oublier quelques seconds rôles tout aussi réussis, on a là une belle galerie de protagonistes donnant toute sa saveur au roman. Car Jean-Laurent Del Socorro a su développer ses personnages de belle manière.

Le roman est en effet divisé en trois parties distinctes. La première les place à la veille des événements scellant le sort de la république de Marseille. Une introduction qui met tout de suite dans le ton. Narrativement très cinématographique, cette partie se présente comme un long plan-séquence s’attardant à chaque chapitre sur un personnage avant qu’un autre entre en scène en fin de chapitre et que le chapitre suivant s’y intéresse à son tour, et ainsi de suite. C’est extrêmement fluide, mené de main de maître, un vrai tour de force d’écriture ! La deuxième partie s’intéresse au passé des personnages, et ce qui a fait qu’ils se retrouvent tous dans la ville de Marseille en ce jour extraordinaire. Une partie déstabilisante au début, car étant totalement plongé dans la première partie, il y a comme une sentiment de frustration qui surgit, avant à nouveau que l’intérêt revienne (très rapidement d’ailleurs). On abandonne ici le plan-séquence pour une narration éclatée s’étalant sur un temps plus ou moins long en fonction des personnages. C’est cette partie qui leur donne toute leur complexité. Enfin, la dernière partie est là pour résoudre l’intrigue, en reprenant tous les fils tissés depuis le début. Toute cette construction du roman participe grandement à sa richesse, c’est limpide et parfaitement mené.

On sent bien que l’auteur a voulu ce roman comme relativement court. Mais du coup, il a manqué un peu d’espace pour pouvoir y insérer tout ce qu’il aurait voulu dire, comme il le dit lui-même dans l’interview lisible en fin de volume. Ce n’est pas par hasard si le personnage de Gabin n’est développé qu’à travers une nouvelle indépendante, que l’on trouve à la suite du roman (un excellent récit d’ailleurs !).

Mais c’est un tout petit bémol qui ne pèse que bien peu à côté du souffle qui traverse le roman (au propre comme au figuré, le mistral jouant lui aussi sa partition), toujours maintenu sous tension, que les chapitres courts (très courts, parfois presque trop, on ne s’appesantit jamais sur aucune situation) ne font qu’accentuer. Proposant son lot de réflexions sur la famille, l’amour, la rédemption, les choix et leurs conséquences, « Royaume de vent et de colères » se révèle être un roman court mais puissant, un roman qu’on n’avait pas vu venir mais qui a toutes les qualités pour marquer durablement le lectorat en conciliant au mieux petite et grande histoire, fiction et réalité historique.

 

Lire aussi les avis de Lhisbei, Gromovar, Lune, Baroona, Dionysos, Boudicca, Blackwolf, Strega, Joyeux Drille, l’ours inculte, Sandrine.

 

  
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