Lum’en, de Laurent Genefort

Posted on 9 juillet 2015
Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n’avais encore jamais lu de roman de Laurent Genefort (j’ai pourtant les deux gros volumes de la saga « omale » sur ma PAL) puisque je n’ai à mon actif que la lecture d’une seule nouvelle (très bonne au demeurant) : « Rempart » (à l’origine du roman « points chauds »). Étonnant car l’auteur est tout de même considéré comme l’un des grands écrivains de SF francophone. Alléché par la quatrième de couverture et par la superbe illustration de Manchu (comme d’habitude), je comble donc ce vide avec son tout nouveau roman, « Lum’en ».

 

Quatrième de couverture :

« La vie intelligente sur Garance apparut cent mille ans avant que la planète ne porte ce nom. Cette vie-là n’était pas humaine, ni même organique. Lum’en était unique en son genre… »

Imaginez une étoile avoisinant sept dixièmes de masse solaire… Si vous levez les yeux, il se peut que vous aperceviez son éclat blanc-jaune sur la face antérieure du bras spiral d’Orion, à sept mille parsecs du centre galactique. Le système de Grnc.mld1 compte six planètes : cinq telluriques et une gazeuse. De ces six planètes, Garance est la seule qui évolue dans la zone d’habitabilité.

« Lum’en » relate la colonisation de Garance, une planète comme tant d’autres, du moins en apparence… L’histoire de ces femmes, de ces hommes rudes lancés à la conquête d’un monde, le récit des luttes de ces pionniers qui, au fil des générations, vont écrire la plus exceptionnelle des aventures, la plus terrible, aussi, celle de l’ancrage, du développement puis, inéluctable, du déclin d’une colonie dans les confins. L’essence même de la nature humaine, en somme, la quête d’horizons nouveaux. Quitte à rater l’essentiel…

 

Cent ans de solitude sur Garance

Doc couve Lum'en« Lum’en » se présente comme un fix-up de six nouvelles décrivant la colonisation de la planète Garance par l’espèce humaine sur plusieurs générations, ces six nouvelles étant entrecoupées par de courts intermèdes ayant pour protagoniste une étrange forme de vie millénaire nommée Lum’en, exilée sur Garance par ses comparses il y a 100 000 ans et nichée sans moyen d’en sortir au coeur de cette planète. Les humains n’ont pas conscience de son existence, et c’est donc sans soupçonner ce qui vit sous leurs pieds qu’il vont entreprendre d’exploiter les richesses de cette planète. La colonisation de Garance se pose donc comme le fond du récit, et on y retrouve les éléments classiques d’une colonisation d’un monde étranger : l’arrivée des premiers colons, l’installation, la croissance, les premières contestations, les rebelles, la répression, le déclin…

Garance est une planète exotique : entièrement recouverte par les « caliciers », ces arbres rouges qui abritent tout un écosystème (formes de vie parasites ou intelligentes, avec tout ce qui est nécessaire à leur survie puisque leur forme particulière leur permet de retenir l’eau sous forme d’étang sur leur frondaison, d’où leur nom), peuplée par les « pilas », sorte de poulpes arboricoles, qui semblent être d’ailleurs la seule forme de vie intelligente de la planète, mais pas suffisamment intelligente (c’est ce que veulent en tout cas faire croire la grande majorité des colons) pour prétendre s’approprier la planète selon les lois des colonisateurs. Garance n’est pas inhospitalière en ce sens que rien n’est réellement dangereux pour les hommes, mais elle a le défaut de ne rien offrir d’assimilable par l’organisme humain. La vie est donc relativement difficile pour les colons, puisqu’elle dépend en grande partie de ce que leur envoie leur employeur qui « détient » cette planète et ses richesses.

Sous couvert d’un récit tout à fait abordable de SF type « planet-opera », Laurent Genefort explore à travers les récits qui composent « Lum’en » de nombreux thèmes propres à la colonisation et qui font écho à notre propre histoire. Destruction du biotope, déni de l’intelligence des autochtones, l’aspect destructeur de l’être humain ne manque pas d’illustrations. Mais l’homme est un loup pour l’homme, et il se conduira lui-même à sa propre perte : soif de pouvoir, violence, pouvoir politique corrompu, mainmise des corporations sur des planètes entières, volonté de rentabiliser les investissements quel qu’en soit l’impact sur la planète, le tableau est bien sombre.

Tous ces thèmes sont subtilement évoqués au travers de récits qui offrent des points de vue toujours différents, variant agréablement la lecture en offrant des personnages attachants. Certes, il ne s’agit pas d’un roman au sens strict, de par son concept on ne peut pas se lier à un personnage en particulier. Mais le fil rouge ici, c’est Garance : alors que les courtes vies humaines passent, Garance reste. C’est là que se situe la bonne idée de Laurent Genefort qui a sans doute trouvé la forme idéale pour son propos.

Pourtant, la gestation de ce roman n’a pas été simple comme le prouve l’avant-propos du romancier, avec au départ deux nouvelles indépendantes et déjà parues, et quatre autres textes qui faisaient partie d’un projet qui n’a jamais vu le jour. Mais force est de constater que cela ne se sent pas du tout, les textes ont été bien retravaillés pour former un tout cohérent. « Lum’en » forme donc un bon récit de 300 pages, intelligent, source de réflexions, dont la forme sert complètement le propos. C’est un peu le « Cent ans de solitude » de Laurent Genefort, ou pour rester dans le cadre de la SF, une sorte de « Desolation road » (roman de Ian McDonald que l’auteur apprécie tout particulièrement) en moins barré. Une bonne lecture qui me met le pied à l’étrier pour me plonger un peu plus dans son oeuvre. Oui, « Omale », c’est à toi que je pense.

 

Lire aussi les avis de Cyrille, François Schnebelen.

Critique rédigée dans le cadre des challenges « Summer Short Stories of SFFF » de Xapur et « Summer Star Wars, épisode III » de Lhisbei.

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