La guerre de Caliban, de James S.A. Corey

Posted on 30 juillet 2015
Le premier volume de la saga « The expanse »« L’éveil du Léviathan », avait atteint son objectif : divertir en proposant une histoire bien ficelée, mêlant space-opera à l’ancienne (dont l’ampleur se limite au système solaire) et narration moderne et dynamique, aboutissant à un page-turner rudement efficace. En sera-t-il de même pour ce second volume ?

 

Quatrième de couverture :

Sur Ganymède, la lune de Jupiter transformée en grenier à blé pour les planètes extérieures, un sergent des Marines de Mars assiste au massacre de sa section d’élite par un supersoldat monstrueux.
Sur Terre, une personnalité politique de haut rang s’évertue à éviter un conflit interplanétaire, en dépit des intérêts divers de groupes de pression tentaculaires et sans scrupule.
Sur Vénus, la protomolécule extraterrestre a investi la planète entière. Elle y prolifère à l’abri des regards, génère des bouleversements mystérieux qui menacent de propager l’indicible dans tout le système solaire.
Et à bord du Rossinante, fatigué d’assurer la sécurité des transports appartenant à l’Alliance des Planètes extérieures dans l’espace, James Holden et son équipage acceptent d’aider un scientifique de Ganymède dans la recherche de sa fillette kidnappée.
Ils l’ignorent, mais l’avenir de l’humanité tout entière pourrait bien dépendre d’une poignée de laissés-pour-compte du genre tenace qui pensent que l’univers leur doit des réponses, et de leur capacité à empêcher une invasion extraterrestre. Si, bien sûr, celle-ci n’a pas déjà commencé…

 

Léviathan, Caliban, les monstres sont de sortie

La guerre de Caliban - Corey - couvertureCertes le premier tome de la série « The expanse », « L’éveil du Léviathan », n’avait pas révolutionné la SF de type space-opera (mais prétendait-il à cela ? Pas sûr), mais il restait très dynamique et d’une lecture tout à fait agréable. Les événements contés dans ce roman étant ce qu’ils sont (avec un système solaire passé au bord du chaos), une paix fragile semble s’être installée entre les différentes forces en présence (la Terre, Mars et les planètes extérieures qui semblent avoir acquis un vrai poids sur la scène politique), qui se regardent tout de même en chien de faïence. C’est dans ce contexte que l’attaque d’un mystérieux monstre surpuissant humanoïde contre les forces terriennes et martiennes stationnées sur Ganymède (grenier à blé de tout le système solaire), attaque rapidement et surtout mal interprétée par Mars et la terre, va mettre le feu aux poudres, menaçant de détruire irrémédiablement les installations de la lune de Jupiter, au bénéfice de… personne ! La guerre aveugle, dans toute sa splendeur. Mais qui est ce monstre ? Qui l’a créé ? Dans quel but ? Telles sont les questions qui se posent et qui seront le fil rouge de « La guerre de Caliban ».

On laisse donc un peu de côté la fameuse protomolécule du premier volume, qui semble prendre ses aises sur Vénus, pour s’intéresser à ce Caliban SF dont l’apparition pourrait bien à nouveau mener à une guerre ouverte et totale. « L’éveil du Léviathan » mettait en avant deux personnages, « La guerre de Caliban » double ce total pour apporter une bonne dose de variété, d’autant que certains personnages secondaires prennent un peu plus de consistance (je pense notamment au sympathique et redoutable mécanicien Amos). On retrouve donc James Holden, toujours aussi idéaliste (un état d’esprit assumé par les auteurs puisque les autres personnages du roman rebondissent là-dessus pour lui faire comprendre que sa fougue est bien gentille mais aussi diablement dangereuse), mais aussi Prax, un botaniste de Ganymède à la recherche de sa fille disparue peu avant l’attaque, Bobbie, une marine martienne, témoin crucial de l’attaque du monstre, ou bien Avasarala, une acariâtre politicienne terrienne, membre haut-placé de l’ONU qui va tenter de jouer sur le terrain politique pour calmer les ardeurs des uns et des autres et éviter la guerre totale.

Encore une fois, ce roman est rudement efficace. Sans guère de temps mort (et quand il y en a, ils ne durent pas bien longtemps), on navigue d’un point de vue à l’autre, le roman passant successivement sur les quatre personnages sus-cités dans cette narration polyphonique qui porte mieux son nom ici qu’avec les deux personnages du premier roman. Jouant habilement avec les cliffhangers de fin de chapitres (courts qui plus est, la plupart tournant autour de 10-12 pages), le lecteur a ainsi bien du mal à ne pas en lire un petit de plus. Sauf que pour retrouver le personnage qu’on vient de laisser de côté, il faut parfois en lire trois ou quatre autres, qui eux aussi apporteront leur lot de suspense. Vous voyez le topo : c’est ce qu’on appelle un page-turner. Et dans le genre il est très efficace, les auteurs (rappelons-le, James S.A. Corey est un nom de plume sous lequel se cachent Daniel Abraham et Ty Franck, l’assistant de George R.R. Martin) montrant qu’ils ne sont pas les premiers venus et que leur science de l’écriture fait des merveilles.

On obtient donc un cocktail détonnant, mélange de roman noir (moins que dans le premier tome puisque Miller n’est plus là), d’intrigues politiciennes, d’action et d’aventures en apesanteur. Capitalisant sur un contexte intéressant mais moins mis en avant que dans le roman précédent, il est porté par des personnages intéressants, notamment la délicieuse (façon de parler vu son mauvais caractère) Avasarala, qui sait jouer à merveille de la politique y compris dans ses aspects les plus obscurs pour qui n’a pas eu à déjouer chausse-trappes et autres pièges diplomatiques tout au long de sa vie. Ce personnage me semble bien être la grande réussite du récit.

Enfin, il y a quelque chose de résolument optimiste dans ce roman puisque les quatre personnages principaux ont tous en eux les bonnes facettes de l’humanité : Avasarala fait tout pour obtenir la paix, y compris en travaillant avec l’ennemi, Prax est porté par l’amour qu’il voue à sa fille et sa volonté inébranlable de la retrouver, Holden est un indécrottable idéaliste et Bobbie est une marine pragmatique, sachant aller eu-delà des apparences et voyant plus loin que ce qu’on pourrait penser d’un militaire « de base ». Ça ne fait pas du roman un récit manichéen sans saveur (ce serait trop vite oublier que les protagonistes ont tous leurs failles et/ou utilises des moyens détournés voire discutables pour parvenir à leurs fins, et que le contexte du roman, basé sur trois grandes forces politiques, n’est pas tout blanc ou tout noir), mais il est intéressant de noter que les anti-héros tourmentés n’ont pas vraiment leur place ici.

Dans la droite lignée du premier volume et malgré quelques menus défauts (certaines explications scénaristiques, comme pourquoi aller sur le satellite Io, ne sont pas forcément limpides), « La guerre de Caliban » poursuit donc la saga avec succès, toujours sans révolutionner le genre, mais en y apportant suffisamment de fraicheur et de maîtrise pour que le lecteur attiré par le space-opera puisse y trouver son compte. Et avec la fin que les auteurs nous offrent ici, il ne fait aucun doute que je serai sur les rangs pour lire la suite, parce que là, s’arrêter ici, ce n’est juste pas possible !

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Herbefol.

Critique rédigée dans le cadre du challenge « Summer Star Wars, épisode III » de Lhisbei.

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