Les neiges de l’éternel, de Claire Krust

Comme tous les ans maintenant, le collectif des INDÉS DE L’IMAGINAIRE (regroupant les éditeur Mnémos, ActuSF et les Moutons Électriques) mettent chacun en avant une parution particulière. Pour ActuSF, direction un Japon fantasmé avec le roman « Les neiges de l’éternel » de la jeune romancière Claire Krust.

 

Quatrième de couverture :

Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur.

Le tout sous l’égide de l’hiver qui s’en revient encore.

Jeune lilloise, étudiante en métiers de la rédaction, Claire Krust signe ici un premier roman envoûtant, cruel et poétique.

 

Estampe littéraire

Les neiges de l'éternel - Krust - couvertureVoici un roman qui n’en est pas vraiment un. On pourrait plutôt parler de « fix-up », c’est à dire le regroupement de plusieurs nouvelles formant un tout cohérent. Ici cinq récits indépendants mais pourtant liés par leurs personnages forment une chronique de la déchéance de la famille d’un daimyo (un seigneur de la période féodale japonaise), étalée sur plusieurs générations. Certains personnages réapparaissent ou sont nommés d’un texte vers l’autre, permettant ainsi de reconstituer le puzzle du destin de cette lignée et d’éclairer de manière indirecte le devenir de chacun. Les récits ne sont pas présentés dans un ordre chronologique, ce qui ajoute de l’intérêt à ce petit jeu de piste. L’autre point commun à tous ces récits se retrouve dans la titre du livre : tous se passent en hiver, l’ambiance parfois glacée étant très bien rendue par l’auteure.

Mais le talent de Claire Krust se voit surtout à travers sa façon de dépeindre ses personnages, de manière très détaillée et très sensible. Alors bien sûr, le roman ne fait dans l’action, pas de duels de samouraïs ou de combats de ninjas, ce n’est pas le sujet ici. L’auteure met l’accent sur l’introspection, les personnages pensent beaucoup, ce qui ajoute clairement à leur profondeur. C’est sans doute encore plus frappant avec deux nouvelles centrées sur un fantôme (seul élément fantastique du roman ou presque) pour lequel les interactions avec l’extérieur ou d’autres personnes sont extrêmement limitées. Forcément, le récit prend son temps mais Claire Krust, en flirtant avec la ligne jaune entre langueur et lenteur (sans jamais la franchir d’après moi mais tout le monde ne sera peut-être pas du même avis), réussi à livrer de jolis portraits.

Et du coup : ébauche psychologique des personnages poussée + introspection + ambiance glaciale, ça ne vous rappelle rien ? Oui, j’ai beaucoup pensé à Justine Niogret et son « Chien du heaume ». Une comparaison qui joue en faveur de Claire Krust qui, même si le style n’a pas le même niveau de raffinement, pourrait bien suivre les traces de son illustre aînée. L’avenir nous le dira.

Ceci dit, tout n’est pas parfait. Une chose notamment. Pourquoi ne pas carrément avoir fait un roman « historique » en plaçant l’action du récit au Japon plutôt que dans un pays imaginaire japonisant (qui reste d’ailleurs fort peu décrit) ? Quel est la plus-value de ce monde alors que les termes utilisés se rapportent clairement à l’histoire japonaise (shogun, daimyos, etc…) ? C’est un point de détail sans doute mais qui m’a fait tiquer à plusieurs reprises.

Le bilan final se révèle tout de même satisfaisant. Sans prétendre au rang de chef d’oeuvre, « Les neiges de l’éternel », sous une superbe couverture de l’artiste taïwanaise JungShan Chang (allez voir sa page DeviantArt pour voir de quoi elle est capable), a suffisamment à offrir pour satisfaire un lecteur souhaitant une lecture reposante, empreinte d’une certaine sérénité froide (les faits relatés sont parfois durs) et offrant une construction tout à fait pertinente. Les estampes japonaises montrent toujours un joli coup de pinceau, Claire Krust, elle, à travers cette estampe littéraire, nous montre un joli coup de plume. Ce n’est pas si différent dans le fond, et on ne s’étonnera pas de voir la calligraphie, sans doute le meilleur trait d’union qui soit entre la peinture et l’écriture, être au coeur du roman. Une auteure à suivre.

 

Lire aussi les avis de Blackwolf, Joyeux drille, Serena, Bob et Jean-Michel, Miss Léo, Maureen, Cédric Jeanneret, Tigger Lilly, Boudicca.

 

Critique rédigée dans le cadre du challenge « CRAAA » de Cornwall.

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