Contrée indienne, de Dorothy M. Johnson

Tiens, un peu de nouveauté sur ce blog ! Oui, je dévie un peu du petit monde de la SFFF pour aller voir ce qui se passe du côté du western, vaste territoire que je n’ai pour ainsi dire jamais exploré (aussi bien littérairement que cinématographiquement, à ma grande honte…). Mais je garde mes bonnes vieilles habitudes : pour une immersion en douceur, rien de mieux que des nouvelles. Et voici donc « Contrée indienne », un recueil d’une femme, Dorothy Johnson, considérée comme un des plus grands écrivains du genre.

 

Quatrième de couverture :

Dans l’intimité de loges indiennes ou celle de ranches à peine construits, à travers les plaines, derrière les murs des forts militaires ou dans les rues de villes nouvelles, pionniers, Indiens et cow-boys sont confrontés à la dure loi de l’Ouest. Dotés d’un formidable instinct de survie, ces hommes et ces femmes résistent à la destruction de leurs foyers, de leurs croyances et de leurs rêves. Ces onze nouvelles – dont deux restaient inédites en français – racontent les incidents devenus légendaires et les paysages encore sauvages de cette terre de frontières. On retrouve parmi elles L’Homme qui tua Liberty Valance et Un homme nommé Cheval qui inspirèrent deux grands westerns de John Ford et Elliot Silverstein.

Avec Contrée indienne, Dorothy Johnson, grande dame de la littérature américaine, ressuscite le mythe de l’Ouest américain.

 

Once upon a time in the West

Contrée indienne - Johnson - couvertureLe western, ce vaste genre empli de clichés (du moins est-ce la perception que j’en ai, c’est un peu aussi la raison qui m’a poussé à m’y intéresser pour savoir s’il était possible d’aller au-delà) allant du desperado armé de son colt six coups à l’indien sanguinaire avide de scalper les hommes blancs qui passent à portée, en passant par les attaques de diligences ou les duels dans les rues ensablées de villages perdus.

Sauf qu’ici, il ne s’agit pas de ça. Bien sûr, il y a des bandits et des indiens (le titre du recueil n’a pas été choisi au hasard), mais surtout il y a des hommes et des femmes, quelle que soit leur communauté. Ce qui est frappant dans l’écriture de Dorothy Johnson, au-delà d’une certaine sécheresse (ou de laconisme comme le qualifie Bertrand Tavernier) qui lui permet d’emmener le lecteur là où elle le souhaite sans faire mille détours ou s’attarder longuement sur les paysages, c’est qu’elle s’abstient de tout jugement et de tout manichéisme.

Et tout à tour, on s’émouvra devant cette famille enlevée par des Indiens et dont les membres s’adapteront différemment à cette situation (« Flamme sur la plaine »), cet homme profondément cynique à la recherche de sa gloire perdue (« L’incroyant »), ce jeune garçon forcé de devenir adulte en protégeant les siens contre un bandit (« Prairie Kid »), cet Indien dont la tribu l’accuse de porter malheur et qui tente de trouver sa voie (« L’exil du guerrier »), cette femme enlevée elle aussi par les Indiens et qui finit par être échangée avec les Blancs contre une rançon sans savoir si sa fille a survécu (« Retour au fort »), cet homme qui devient méprisable pour attirer le bandit qui l’a laissé pour mort (le très bon récit à double conclusion « L’homme qui tua Liberty Valance », qui fut d’ailleurs adapté en film, que je n’ai pas vu bien sûr), cet homme qui tente de retrouver son frère banni de nombreuses années auparavant et qui vit depuis avec les Indiens (l’excellente « La tunique de guerre » et la confrontation de deux points de vue qui ne peuvent s’entendre), cette famille qui va devoir repartir de zéro après la destruction de leur ferme par les Indiens (« Après la plaine »), ce vieil indien qui se désole de voir les traditions ancestrales disparaître peu à peu (l’exceptionnelle « Cicatrices d’honneur » et sa mélancolie devant un monde qui change, avec pourtant un vague espoir reposant sur la passation des traditions vers la jeune génération), cette vieille femme qui repense à sa relation de jeunesse avec un bandit (« Et toujours se moquer du danger »), cet homme qui perd toute dignité en étant réduit en esclavage par les Indiens mais qui finira par s’intégrer et faire preuve de bonté d’âme (« Un homme nommé Cheval », lui aussi adapté en film que je n’ai pas vu non plus).

Voilà de quoi sont constituées les onze nouvelles présentées dans le recueil. Souvent touchantes, toujours humaines, sans jugement (quels que soient les actes ou les communautés d’appartenance, Indiens et Blancs sont bien souvent renvoyés dos à dos). Des contextes variés, une émotion toujours palpable, et bien sûr des personnages esquissés en peu de mots (les nouvelles tournent toutes autour de la vingtaine de pages) mais toujours superbes, qu’ils soient réellement attachants dans leurs bons côtés ou méprisables dans leurs mauvais, et parfois (souvent ?) les deux à la fois. Avec en plus une forte présence féminine, loin du machisme souvent attaché (à tort ou à raison) au genre, « Contrée indienne » est donc un formidable recueil, et Dorothy Johnson nous offre là une entrée par la grande porte dans le monde du western pour tous ceux que le genre intéresse (et les autres aussi, sans aucun doute possible). Une grande découverte, chaudement recommandée.

 

Lire aussi les avis de Nebal, Efelle, Philémont, le Bouquineur, Hélène, la Livrophage, Lettresus, Electra, CaroMleslivres, Bruno19, Eustacheraconte.

Critique écrite dans le cadre du challenge « CRAAA » de Cornwall.

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