Les Affinités, de Robert Charles Wilson

Posted on 7 mars 2016
Ha, le nouveau Robert Charles Wilson est arrivé ! Après le sympathique mais somme toute mineur dans sa bibliographie « Les derniers jours du paradis », L’un des grands auteurs actuels de SF s’intéresse cette fois au côté social du genre. Que nous offre le romancier canadien sur ce terrain ? Verdict ici-même.

 

Quatrième de couverture :

Adam Fisk s’est installé à Toronto pour suivre des études de graphisme que lui finance sa grand-mère. Là, il s’est inscrit à un programme payant pour déterminer à laquelle des vingt-deux Affinités il appartient. Adam est un Tau, une des cinq plus importantes de ces nouvelles familles sociales théorisées par le chercheur Meir Klein. Quand la grand-mère d’Adam, diminuée par une attaque, est placée dans une maison de retraite, le jeune homme n’a plus les moyens de suivre ses études. Mais être un Tau confère des avantages qu’il va vite découvrir : travail rémunérateur, opportunités sexuelles, vie sociale pleine et satisfaisante. Tout est trop beau, trop facile. Tout va très vite pour Adam… et il en est de même pour le reste du monde, car le modèle social des Affinités est en train de s’imposer. Malheureusement, dans l’histoire de l’Humanité, aucun changement radical ne s’est fait sans violence.

 

Réseaux sociaux puissance 1000

Les affinités - Wilson - couverture

Meetic affinity, Edarling, etc… Des sites de rencontres par affinités. Voilà ce à quoi peuvent faire penser au premier abord les Affinités décrites dans le nouveau roman de Robert Charles Wilson. Sauf que ça va bien au-delà de ça. Les Affinités, grâce à des tests psychologiques poussés et des algorithmes de classement perfectionnés développés par une entreprise privée, permettent de classer les personnes dans certains groupes sociaux et leur permettent de se retrouver entre personnes qui se comprennent, qui se soutiennent, qui s’entendent, voire qui s’aiment.

Et cela va au-delà de l’aspect psychologique, puisque les membres d’une Affinité n’hésitent pas à venir en aide matériellement à d’autres membres de cette même Affinité. De là naissent également de nombreuses idées : prêts bancaires facilités au sein d’une Affinité, assurances, etc… Oui, l’impact sociétal de ces Affinités est fort, et définir les Affinités par rapport à ce que nous connaissons des sites de rencontres serait donc bien trop réducteur. Et le roman de Wilson, qui se déroule sur plusieurs années le démontre bien. Mais cet impact est aussi déstabilisant : certaines personnes ne peuvent être classées dans aucune Affinité, certaines Affinités sont plus « fortes » que d’autres (en terme de population et donc d’influence)… D’où une nouvelle segmentation de la population (et un fort sentiment d’appartenance) au sein même des nations à mesure que ce « méga réseau social » prend de l’ampleur.

Le roman débute avec Adam Fisk qui décide, suite à une expérience un brin traumatisante, de vérifier s’il peut être classé dans une de ces Affinités. Verdict : il sera Tau, l’une des plus importantes. Au même moment, sa grand-mère (qui lui paie ses études de graphiste et lui permet ainsi d’échapper à la pression d’une riche famille qui lui souhaitait un autre destin) tombe gravement malade, mettant en péril le fragile équilibre qu’il avait réussi à trouver. Adam va donc rencontrer la communauté Tau, ce qui va changer sa vie, mais pas seulement. Il intègre un groupe où enfin il se sent compris, comme une nouvelle famille, une famille dans laquelle enfin il se sent bien. Mais les Affinités sont un bouleversement dans la société, jusqu’à toucher à la géopolitique de la planète…

Avec ce roman, Wilson fait du Wilson. En effet, fidèle à sa façon de faire, l’auteur s’intéresse à ce qui va provoquer un séisme majeur dans notre société en restant au plus près des personnages. C’était ce qui faisait sa force, et ça l’est sans doute toujours ici, pour autant je ne peux pas m’empêcher de regretter que ce chamboulement sociétal n’ait pas été disséqué de manière plus approfondie qu’avec quelques mots au début de chacune des trois parties qui composent le roman. De même, j’aurais aimé en savoir plus sur les 22 Affinités, ce qui les définit, les différencie. Mais Wilson ne s’intéresse qu’aux Taus, et un peu aux Hets. Le reste est à peine abordé. Mais pour cela, au lieu d’un roman rythmé de 320 pages, il aurait fallu nous servir un pavé de 600 pages bien denses. Compacité et rythme versus complexité et exhaustivité, choisis ton camp camarade !

Mais le romancier a du métier, cela se sent. Rythmé, comme je le disais plus haut, le roman est d’une délicieuse fluidité, maîtrisé de bout en bout pour que le plaisir de lecture soit au rendez-vous. Passant de la découverte de son nouvel entourage par le personnage d’Adam à quelque chose de plus grande ampleur à mesure que les Affinités en viennent à menacer les fondements même de notre société (les hommes naissent-ils réellement libres et égaux avec ce nouveau système, si tant est qu’ils l’aient été un jour ?), puis virant au thriller, le roman est d’une incontestable efficacité, avec en bonus une fin bien trouvée que je n’avais pas vu venir (mais peut-être suis-je un grand naïf ? ^^).

Mission accomplie donc, malgré quelques réserves. Plus que jamais, l’écrivain canadien utilise le prétexte de profonds changements (sociaux dans le cas présent, et non plus hard-SF comme il l’a si souvent fait) pour s’intéresser avant tout à ses personnages, à l’être humain qui se cache en eux. Du Wilson tout craché, sur un thème original. Et encore une fois ça marche.

 

Lire aussi les avis de Cédric Jeanneret, Cyrille, Gromovar.

 

  
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