La colline des potences, de Dorothy M. Johnson

Posted on 17 mars 2016
Mon premier essai avec le genre western, « Contrée indienne » de Dorothy Johnson, fut tellement positif (lisez-le, tous !) que je ne pouvais en rester là, avec le genre d’une part, et avec l’auteure d’autre part. Deuxième recueil de cette dame de l’ouest donc, et c’est encore une fois de très grande qualité.

 

Quatrième de couverture :

Les histoires de Dorothy Johnson dressent le tableau d’une époque où il n’était pas rare qu’un homme rentre d’une journée de chasse pour retrouver sa maison en flamme, sa femme et ses enfants disparus. Ces histoires de captures et d’évasion, d’hommes et de femmes décidant de quitter la Frontière et de revenir au pays tandis d’autres font le choix de rester au milieu des tribus hostiles, mettent à nu l’Ouest américain du XIXe siècle avec une vivacité réjouissante.

Les nouvelles de Dorothy Johnson sont d’une vigueur et d’une sincérité hors du commun, car elles savent aussi bien épouser le point de vue de pionniers désireux de construire leur vie en territoire sauvage, que celui de guerriers sioux ou crow qui luttent désespérément pour préserver leur liberté.

 

L’Ouest, l’ultime frontière ?

La colline des potences - Johnson - couvertureNouveau recueil de Dorothy Johnson donc, et même si les thèmes sont ici légèrement différents du premier (qui s’intéressait souvent à la confrontation, au choc des cultures entre Blancs et Indiens, alors que le recueil qui nous intéresse ici s’attarde plus sur certains archétypes du western : hors-la-loi, chercheurs d’or, Indiens aussi. Sans oublier les femmes, très présentes, mais pas forcément les faibles femmes que les clichés du western véhiculent), je pourrais tout à fait faire un copié-collé de mon article précédent.

Car les points communs sont nombreux. L’écriture de l’auteure reste la même, très factuelle, non ostentatoire, plaçant l’histoire au premier plan mais sans jamais mettre l’émotion de côté. Les nouvelles sont toutes ou presque de la même taille (à l’exception notable de celle qui donne son nom au recueil qui prend presque la moitié du recueil et d’une autre beaucoup plus courte). Et c’est toujours aussi bon. Vraiment, Dorothy Johnson a un truc pour transporter le lecteur dans l’Ouest sauvage (mais en passe de ne plus l’être parfois) pour l’emporter dans un tourbillon émotionnel, à l’image du récit très touchant « Une époque de grandeur » et son jeune héros chargé de prendre soin d’une vieille gloire du Far West devenu vieux et aveugle. Subtil et plein d’émotion, centré sur le temps qui passe, une époque qui change, ce superbe récit est à rapprocher de « Cicatrices d’honneur » dans « Contrée indienne ». Comment ne pas citer également « L’histoire de Charley » et ces trajectoires qui se croisent mais pas forcément au bon moment, ces opportunités qui éloignent autant qu’elles rapprochent, ces espoirs parfois vains. Un superbe texte sur une histoire d’amour, belle et cruelle à la fois.

On trouve aussi un récit un peu décalé, au ton légèrement humoristique (« Au réveil j’étais un hors-la-loi »), une nouvelle à chute qui ne vaut d’ailleurs pas que par sa chute (« L’homme qui connaissait le Bucksin Kid »), ou bien un court récit dont la concision fait merveille (« Une dernière fanfaronnade »), mais aussi un texte qui commence comme un récit de survie (un homme chute à cheval et se retrouve contraint de passer l’hiver seul en forêt) avant de se développer de manière surprenante sur toute une vie ou presque, avec son lot d’émotion (« Journal d’aventure »), ou encore un récit sur la résilience, les souvenirs parfois douloureux qu’il faut se remémorer pour comprendre certains faits et les accepter pleinement (« Un présent sur la piste »).

Et donc, le texte éponyme, « La colline des potences ». Plus long, plus complexe forcément, il y perd en concision sans forcément y gagner en impact. Une petite déception sur ce texte qui peut s’expliquer par le fait que je l’ai lu dans de mauvaises conditions (fatigue, lecture trop découpée). Ce texte a aussi été très réduit par l’auteure pour qu’elle puisse le faire paraître dans des ouvrages à espace limité, peut-être se serait-il aussi mieux exprimé avec une taille de vrai roman…

Quoiqu’il en soit, même si je lui ai préféré « Contrée indienne », ce recueil reste d’un très bon niveau et certains textes sont tout simplement à tomber. A la limite, il faudrait faire paraître les deux recueils en un seul et la question du choix ne se poserait plus. Ces deux volumes sont tout simplement somptueux. Achetez les deux, vous me remercierez.

 

Lire aussi les avis de Nebal, EfelleMarcelline, Miss GDidier Smal, Thierry Le Peut.

Critique écrite dans le cadre du challenge « CRAAA » de Cornwall.

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