Booming, de Mika Biermann

Posted on 18 avril 2016
Après les deux recueils de DOROTHY JOHNSON, on reste dans le western mais avec quelque chose d’un peu plus décalé. Quantique même ! Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’éditeur. Mais c’est quoi un western quantique ?  Ben c’est « Booming » !

 

Quatrième de couverture :

Surgis du fin fond du décor, Lee Lightouch et Pato Conchi, le grand maigre et le petit gros, se rendent à Booming pour raison sentimentale.
« Personne ne va à Booming » ; « Prenez un bonbon, je ne crois pas qu’ils en aient » : on les avait pourtant prévenus. Kid Padoon et sa bande font régner la terreur à Booming, le shérif à leur botte, le bordel à leur service, le saloon à leur disposition, le croque-mort aux petits soins.
Mais ça n’est encore rien : il y a quelque chose de détraqué à Booming, un truc qui coince, qui débloque, qui recoince et qui vous rend cinglé.

Accrochez-vous : Booming est un western quantique qui se joue des balles et du temps qui passe.

Mika Biermann vit à Marseille, dont il a adopté l’accent bien que sa langue maternelle soit l’allemand. Il développe cependant sans accent et directement en français une œuvre des plus originales dans le paysage littéraire contemporain. Après Ville propre (La Tangente, 2007), il publie en 2013 le très remarqué Un Blanc chez Anacharsis, puis, coup sur coup, Palais à volonté (P.O.L., 2014) et Mikki et le village miniature (P.O.L., 2015).

 

Personne ne va à Booming

Booming - Biermann - couverture

L’éditeur Anacharsis définit ce court roman (144 pages) comme un western quantique. Voilà une bien curieuse définition de prime abord, mais qui prend tout sens quand tout part en vrille.

Car rien n’est tout à fait normal à Booming. Booming, c’est la ville vers laquelle se dirigent Lee Lightouch, un grand maigre britannique, et Pato Conchi, un petit enrobé colombien (oui le roman commence de manière très classique, avec des parodies de Don Quichotte et Sancho Panza ou Laurel et Hardy). La dulcinée de se dernier semble avoir été enlevée par Kid Padoon, un hors-la-loi qui fait sa loi. Sauf que… À l’approche de Booming, le temps semble figé. Rien ne bouge, tout est gris, à l’arrêt : l’herbe est rigide et coupante, les habitants sont tels des statues, une balle est immobilisée en plein vol vers une cible qui l’attend pour l’éternité.

Et puis tout se détraque, et le temps part à rebours, ainsi la bière qui macule le plancher retourne vers sa choppe, la balle se rapproche du revolver, etc… Puis tout s’accélère, à moins que ce ne soient nos héros qui ralentissent (et encore, pas tous en même temps !), question de point de vue. Lignes narratives et temporelles séparées, mélangées, avec impossibilités physiques et paradoxes temporels à la clé, à moins que… Oui la superposition quantique existe en western, « Booming » en est la preuve ! Les morts ne sont pas vraiment morts, ou meurent plusieurs fois, ou sont morts et vivants à la fois (Schrodinger et son chat ne sont pas loin !), les trames temporelles se percutent (et les personnages se croisent puis se dédoublent) dans un imbroglio qui demande au lecteur une certaine attention pour tout remettre à l’endroit. Mais est-ce vraiment possible ? Rien n’est moins sûr !

Mika Biermann, auteur allemand vivant à Marseille (déjà tout un programme !^^) s’amuse comme un fou à tordre la temporalité de son récit, perdant le lecteur pour le reprendre en main un peu plus loin au gré des bifurcations du temps. Il parsème son récit un brin déjanté mais toujours captivant avec des dialogues courts et percutants (il a un vrai sens du dialogue qui fait mouche), rendant le tout très dynamique.

« Booming », sur des bases de western classique, reprend donc les codes du genre (avec duels, saloons, shérif, hors-la-loi, etc…) pour mieux les tordre avec un aspect fantastique déjanté, et plein d’humour. Il faut être attentif pour remettre les choses dans l’ordre sans qu’on soit pleinement sûr d’avoir tout compris, mais ça fonctionne totalement, sur un rythme un peu fou. Et puis surtout, mêlant absurde, western et fantastique, « Booming » est avant tout une belle histoire d’amitié, qui perdure à travers le temps.

 

Lire aussi les avis de Sandrine, Charybde2, Ted, Vincent, Valmon, Lybertaire, Guillaume Contré.

 

  
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