Saga d’Egill, fils de Grímr le Chauve

Posted on 2 mai 2016
Il fallait bien que j’en revienne aux sagas un jour, les vraies, les islandaises. Curieusement, cela arrive un an pile parès MON MOIS VIKING de 2015. Il faut croire que le mois d’avril éveille en moi des instincts scandinaves (comme on l’a vu avec « Northlanders, tome 3 » et la saison 3 de la série « Vikings »), allez savoir pourquoi !

 

Quatrième de couverture :

Vous croyez qu’ils faisaient des quatrièmes de couverture au XIIIème siècle ? 😉 Allez, la quatrième du recueil de sagas islandaises paru dans la Pléïade :

Les Sagas islandaises en prose, qui datent pour la plupart du XIIIe siècle, se situent aux frontières de l’histoire et de la légende. Elles rapportent dans un style laconique, avec un humour noir et froid, les exploits des colonisateurs de l’Islande et de leurs descendants. Sans lyrisme aucun, oscillant entre la banalité du quotidien et la démesure de l’exceptionnel, les auteurs, presque tous anonymes, ont su traduire une grandiose conception de la condition humaine : véritables artisans de leur destin, les personnages préservent, par la vengeance, la réputation qui les sauvera de l’oubli et les fera triompher de la mort.

 

Viking, poète et magicien

Sagas islandaises - Boyer - couvertureLa « Saga d’Egill, fils de Grímr le Chauve » est l’une des plus célèbres d’Islande, l’une des premières aussi, et souvent attribuée (sans certitude absolue) au célèbre Snorri Sturluson, homme de lettres et dirigeant islandais du XIIIème siècle, l’auteur entre autre de « L’Edda en prose ».

À la façon des sagas, c’est à dire avec de nombreuses digressions généalogiques et sur un ton très laconique et totalement non-descriptif, la « Saga d’Egill, fils de Grímr le Chauve », récit plutôt long (200 pages dans l’édition de la Pléïade, donc avec une typographie serrée et une soixantaine de pages de notice et de notes en plus à la typographie encore plus serrée, extrêmement éclairantes et intéressantes, puisque l’auteur, comme pour la traduction, n’est nul autre que Régis Boyer), s’intéresse donc non pas seulement à Egill mais à toute sa famille, en tout cas tous les membres dont les faits méritent d’être racontés dans une saga.

Ainsi, on commence par son grand père Kveld-Ulfr puis on s’intéresse à son oncle Thorolfr et ses démêlés avec le roi Harald Ier de Norvège (surnommé « à la belle chevelure »), démêlés qui obligeront Kveld-Ulfr et Grímr le Chauve, le père d’Egill, à émigrer en Islande après la mort tragique de Thorolfr due à une querelle d’héritage alors que le roi semble étendre sa poigne sur tous les citoyens norvégiens. Le tout ne se fait pas sans quelques morts au passage…

Puis c’est l’histoire de Grímr le Chauve qui nous est contée avant d’en arriver au frère d’Egill, nommé Thorolfr lui aussi (ai-je précisé qu’il faut être attentif quand on lit des sagas, tant les personnages sont innombrables et portent des noms similaires voire identiques ?^^) puis à Egill lui-même. Le récit ne manque pas de péripéties, qu’elles soient judiciaires (avec de nombreux cas de « compensation » en cas de dommages) ou de « simples » vengeances sanglantes. Le tout éclaire en tout cas de belle manière le fonctionnement de la société islandaise avec notamment un état d’esprit et des lois bien différentes de ce que l’on connait aujourd’hui (la notion de destin est très importante). De même, la notion d’héroïsme n’a rien à voir avec le côté très gréco-romain que nous connaissons tous attaché à ce mot. C’est une plongée dans un autre monde, celui du Xème siècle sur un territoire difficile.

Egill, qui ne devient le centre de l’action que vers le milieu du récit, est un personnage fascinant à plus d’un titre. Bourru, voire violent (et même meurtrier, parfois même gratuitement selon nos valeurs actuelles), il ne manque en tout cas pas de caractère. Tour à tour guerrier viking, poète (il est un poète scalde très célèbre et l’un des plus révérés, le récit est d’ailleurs émaillé de strophes voire de poèmes complets qui illustrent bien toute la complexité de la poésie scaldique avec ses cascades de métaphores imbriquées) et magicien (les sagas ne se départissent jamais totalement de certains aspects magiques, sans toutefois en abuser comme les font les sagas légendaires), sa vie n’est pas un long fleuve tranquille et mérite très certainement d’être contée, tant l’antagonisme entre son oncle et le roi de Norvège s’est déplacé sur lui-même et le fils du roi, devenu roi lui-même. Un antagonisme qui sera l’un des moteurs de sa vie.

Navigant entre l’Islande, la Norvège et l’Angleterre (Egill semble avoir participé avec Thorolfr à la bataille de Brunanburh pour le roi Athelstan), cette saga est aussi une formidable opportunité pour se plonger dans l’histoire européenne (certes, plutôt nord-européenne, et anglo-saxonne pour la plus méridionale…^^) de cette époque qui m’est peu connue.

Bref, je ne me lasse de ces sagas islandaises. Ce sont des textes assez particuliers qui ne peuvent intéresser tout le monde : il faut quand même être bien conscient qu’on est dans le monde des textes médiévaux. Mais j’avoue y trouver tellement de choses intéressantes, aussi bien sur le plan historique (même si tout ne doit pas être pris au pied de la lettre puisque ces récits se déroulent dans une Islande pré-chrétienne deux ou trois siècles avant d’être couchés par écrit… par des clercs chrétiens !) que sur le plan anthropologique ou ethnologique, voire même sur le simple plan narratif, que je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin.

 

Lire aussi l’avis de Thordruna.

 

  
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