Le poids du coeur, de Rosa Montero

Posted on 26 mai 2016
Après la très belle découverte des écrits de Rosa Montero, auteure espagnole à l’aise dans tous les genres y compris la SF, avec « DES LARMES SOUS LA PLUIE », il n’était pas question d’en rester là. C’est maintenant chose faite avec la suite, « Le poids du coeur », et son héroïne réplicante.

 

Quatrième de couverture :

Bruna Husky, la réplicante de combat des « Larmes sous la pluie », a du vague à l’âme, la brièveté de sa vie programmée l’angoisse. Sa nouvelle enquête l’embarque dans une sombre affaire de poubelles atomiques aux confins du monde connu, dans une zone où règne une guerre permanente.

Elle est accompagnée dans son aventure d’un “tripoteur” séduisant autant qu’inquiétant et d’une réplicante née de la même matrice industrielle qu’elle, son portrait craché. Cet alter ego plus jeune l’amène à s’interroger sur son humanité et son destin.

Ses vieux amis, Yiannis l’archiviste, qui change d’humeur au gré de sa pompe à endorphines, Bartolo le boubi glouton, le taciturne inspecteur Lizard sont toujours là pour lui sauver la mise. Bruna Husky est une survivante qui se débat entre l’indépendance totale et un besoin d’affection désespéré, un animal sauvage prisonnier de sa courte vie.

Rosa Montero construit des mondes extraordinaires, étranges et cohérents, avec une maestria de conteuse hors pair. Elle écrit tout à la fois un roman d’aventures politique et écologique, un thriller futuriste, une réflexion sur la création littéraire, une métaphore sur le poids de la vie et l’obscurité de la mort… et rappelle l’urgence de vivre et d’aimer quel que soit le monde qui nous est dévolu.

 

Magouilles nucléaires et u(dys)topie spatiale

Le poids du coeur - Montero - couvertureSuite du très bon « Des larmes sous la pluie », « Le poids du coeur » poursuit l’étude de caractère de Bruna Husky, cette réplicante qui ne cesse de compter les jours avant l’arrivée de la TTT, ce cancer généralisé qui met fin à la courte vie d’une dizaine d’années de ces androïdes. En rentrant d’une enquête en « Zone Zéro », une zone polluée dans laquelle vivent les plus pauvres, elle est témoin d’une émeute durant laquelle elle va prendre sous son aile une petite fille perdue, Gabi. Chose étrange, elle va apprendre que la petite a été irradiée. Pourtant, l’énergie nucléaire a été bannie il y a de nombreuses années… En parallèle, pour conserver sa licence de détective, Bruna va devoir consulter un « tripoteur » (sorte de thérapeute par le toucher). Ce qui l’emmènera bien plus loin que ce qu’elle imaginait.

Disons-le tout de suite, l’effet de surprise ne joue plus. Le monde que nous avons découvert dans « Des larmes sous la pluie » est maintenant connu. Oui mais… Rosa Montero a tout prévu puisque l’enquête de Bruna Husky l’emmènera dans l’une des structures les plus étonnantes du monde qu’elle a inventé : la station spatiale de Labari, du nom de l’illuminé qui l’a imaginée. Labari est une théocratie religieuse extrémiste, une organisation au sein de laquelle il vaut mieux marcher droit. Étonnant, dépaysant, effrayant, essentiel à l’enquête évidemment, Labari est un endroit marquant, un passage du récit que j’ai vraiment apprécié. Mais tout ne se passe pas là-bas, nous visiterons également d’autres lieux, Madrid restant par ailleurs toujours le « QG » de Bruna.

De manière générale, ce futur imaginé par l’auteur a toujours autant d’atouts, puisqu’on s’y projette facilement (il faut dire que les problèmes auxquels ils est confronté risquent bien de nous arriver dans un avenir pas si lointain (voire sont même déjà présents pour certains), qu’ils soient écologiques, sociaux, politiques, économiques…), alors que la plume de Montero montre toujours de belles qualités. L’enquête en revanche ne semble pas aussi travaillée que dans le volume précédent. Elle n’est pas suffisamment dense pour soutenir le roman en entier (il y a même un gros ventre mou au milieu du récit), n’offre pas suffisamment de surprises pour accrocher le lecteur.

Mais comme pour « Des larmes sous la pluie », l’atout majeur du roman reste ses personnages, avec toujours Bruna Husky en premier lieu, cette androïde plus humaine que les autres (d’autant plus qu’elle doit s’occuper de Gabi qu’elle surnomme « le monstre », la rapprochant encore un peu plus, sans forcément l’assumer pleinement, de ce rêve qu’elle n’atteindra jamais), mais que les autres ne considèrent pas humaine. J’avoue que je suis tout de même un peu surpris que le personnage de Gabi soit un peu trop laissé de côté, mais en même temps il n’est peut-être pas idiot (et plus réaliste) de ne pas l’emmener dans une enquête dans laquelle une gamine de dix ans n’a rien à faire. Ceci dit, même si elle n’est pas présente physiquement, elle sera le leitmotiv de Bruna. Aux côtés de l’héroïne, on retrouve les bien connus Yannis et Lizard. Et bien sûr, ces nouveaux venus, tel Daniel Deuil, ce fameux « tripoteur » plein de ressources insoupçonnées.

Sans doute moins réussi que son prédécesseur (il faut dire qu’il avait placé la barre bien haut), « Le poids du coeur » se situe pourtant nettement au-dessus de la moyenne. Se lisant extrêmement facilement, ne manquant pas de souffle (sauf lors de la baisse de régime à mi-roman), on est ici face à un roman d’anticipation de belle facture, empruntant autant un thriller qu’au cyberpunk et posant des problématiques intéressantes. Densifiant un univers rudement bien construit, ce roman est à conseiller à tout amateur de SF (mais à lire après « Des larmes sous la pluie » pour en profiter pleinement). Vivement une nouvelle aventure de Bruna Husky (ce qui semble être dans les plans de l’auteure) !

 

Lire aussi les avis de Lhisbei, Gromovar, Lune, YogoYueyin, Cuné, Keisha, La cause littéraire, Virginie Neufville, Cinéphile m’était conté, Léa TouchBook, Jostein59, Olivia.

Critique écrite dans le cadre des challenges « SFFF et diversité » de Lhisbei (item 17 : lire un livre dans lequel une IA ou des robots ont un rôle prépondérant) et « Dystopie » de Val.

 

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