Angle Mort #11

La revue numérique « ANGLE MORT » est toujours là, et arrive avec son onzième numéro. C’est la première fois que j’en parle ici, et pour cause, j’avais la mauvaise habitude de consommer les nouvelles à l’unité (voire de les télécharger sans les lire, cette honte…) sans acheter la revue entière (et donc je n’avais pas accès aux articles, éditos et surtout interviews des auteurs, sans parler tout simplement du soutien financier apporté à la revue). C’est désormais terminé, maintenant j’achète, la preuve avec ce numéro 11 (j’ai aussi acheté le numéro 10, j’en parlerai ultérieurement).

 

angle-mort-11-couvertureAu programme de ce nouveau numéro (enfin nouveau, il est sorti au mois de juin quand même…), quatre nouvelles d’auteurs d’origines variées.

Tout d’abord Sofia Samatar dont le premier roman, « Un étranger en Olondre », a été traduit récemment aux Éditions de l’Instant. Sa nouvelle, « Honey Bear », sur un ton doux et délicat, nous parle d’amour parental et surtout d’invasion extraterrestre. L’humanité se meurt dans d’étranges conditions alors qu’un couple de parents tente de continuer à vivre une vie normale alors que rien ne peut l’être. Plein d’étrangeté dans ce texte qui aurait peut-être mérité de s’étendre un peu plus. Une belle mise en bouche tout de même pour ce numéro.

J’ai en revanche nettement moins adhéré à la nouvelle de Jean-Luc André d’Asciano, « Le premier arbre ». Post-apocalypse, retour à la nature, humanité modifiée, un dernier homme sur Terre, tels sont les thèmes de ce texte. Mais j’avoue avoir eu du mal avec le style, très haché, à base de phrases très courtes, voire de morceaux de phrase. Le narrateur ne m’ayant pas non plus touché, j’avoue être arrivé au terme de la nouvelle dans l’indifférence…

En revanche, « Une brève histoire des formes à venir » (dont le titre VO, « The thing about shapes to come », parodie de façon délicieuse le « The shape of things to come » de H.G. Wells) est une superbe variation pleine d’absurde sur l’amour d’une mère envers son enfant, le regard des autres, la différence, la façon qu’a la société de gérer les personnes considérées comme des charges, etc… Qu’on en juge : les enfants qui naissent ont des formes géométriques (sphères, cubes, pyramides, rhomboèdres…) ! Ainsi, Monica vient d’accoucher d’une fille… en forme de cube ! Dis ainsi, on pense avoir affaire à un texte loufoque, mais ça va beaucoup plus loin que ça, et c’est un bel exploit d’Adam-Troy Castro de nous livrer ce récit surréaliste, plein d’humanité et d’humour (l’auteur est américain, mais j’ai trouvé l’humour très british).

La naissance avait été difficile, étant donné tous les coins mis en jeu. L’accouchement revenait, sur le plan biologique, à forcer une cheville carrée dans un trou rond. Mais il n’y avait aucune raison, assura-t-on à Monica, de s’inquiéter pour le bien-être de sa fille ; celle-ci avait une robuste constitution, et rien n’autorisait à croire qu’elle ne pourrait pas jouir d’une longue, saine et confortable existence, dénuée de tout problème sérieux qui ne soit pas directement lié à l’inconvénient plus général de passer sa vie sous la forme d’un cube.

Les sphères, se dit-elle avec férocité, étaient par nature des fauteurs de trouble. Elles étaient capables de rotation ; c’étaient par conséquent des révolutionnaires. Ce n’était pas seulement leur privilège, mais leur nature de suivre la voie de moindre résistance, quoi qu’il puisse y avoir devant elles. C’était juste la façon dont elles avaient tourné.

Enfin, Sarah Pinsker, avec « Une greffe à deux voies », nous parle de transhumanisme et de ses dangers de manière surprenante, une façon de voir certains problèmes potentiels d’un autre oeil… Bien écrit, ce texte manque peut-être d’un peu de peps’ pour être pleinement réussi, même si le propos ne manque pas de justesse.

Tous ces textes sont suivis d’interviews des auteurs, intéressants mais un peu courts tout de même, seule Sarah Pinsker revenant réellement sur le texte publié dans la revue. Enfin, en ouverture de ce numéro, il faut signaler la longue interview du graffeur Deih, une interview que l’on aurait aimé parsemée de certaines de ses oeuvres (en plus de la couverture de la revue) mais il faut avouer que le format epub n’est pas très adapté pour cela (il faut plutôt se tourner vers son site web). En tout cas, Deih montre une belle culture de la science-fiction.

Un bon numéro donc, qui me conforte dans mon idée de continuer à acheter les futurs numéros et arrêter de faire mon pingre. ^^

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Xapur, Julien, Apophis.

  

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