Le problème à trois corps, de Liu Cixin

Posted on 4 novembre 2016
Soyons clairs dès le début : NE LISEZ PAS CETTE FOUTUE QUATRIÈME DE COUVERTURE ! Non mais franchement, je veux bien être gentil deux minutes mais il y a des limites que la personne qui a rédigé cette quatrième a largement dépassées puisqu’elle y raconte rien de moins que le roman entier ! c’est plus un résumé qu’un teaser pour donner envie… Donc par pitié, NE la lisez pas, d’autant que ce roman mérite vraiment d’être découvert.

 

Quatrième de couverture (A NE PAS LIRE !!!!) :

Je vous aurais prévenus !!

 

La SF chinoise nous parvient enfin

la-probleme-a-trois-corps-cixin-couvertureQui sait, peut-être faut-il, d’une certaine manière, remercier les sad puppies et les rabid puppies, ces groupes que l’on qualifiera de conservateurs pour rester polis, sans qui un fort mouvement d’opposition ne se serait peut-être pas créé, ce qui n’aurait pas mené à la victoire de Cixin Liu (ou Liu Cixin si on veut rester « à la mode chinoise », avec le nom de famille en premier) dans la catégorie du meilleur roman au Prix Hugo, ce qui n’aurait donc sans doute pas mené à sa traduction en France ? Toujours est-il que la SF chinoise arrive enfin chez nous, alors que des voix de plus en plus nombreuses s’élevaient, regrettant une trop grande représentation de la SF anglo-saxonne dans le paysage SF global.

Et donc, « Le problème à trois corps » de Cixin Liu, dont il faut saluer l’effort de traduction directement du chinois alors qu’il aurait été plus facile (et honnêtement, pas forcément moins qualitatif) de reprendre la traduction anglaise de Ken Liu (aucun lien de parenté), débarque enfin, auréolé d’une très bonne presse.

Et puisqu’il ne faut pas lire la quatrième de couverture (vous ne l’avez pas fait, hein ?), voici le pitch en deux ou trois mots, ce qui n’a rien de simple puisque, à la décharge de l’éditeur, les trames narratives sont nombreuses et situées à différentes époques. Mais tentons. La Révolution Culturelle, période synonyme de cabale un peu trop systématique basée sur de simples soupçons d’action anti-révolutionnaire. C’est ce qui arrive à Ye Wenjie, la fille d’un physicien tué à cette période (comme tant d’autres, la Chine dilapidant ainsi sa richesse scientifique). Sa « porte de sortie » : travailler dans une station de communication gouvernementale dont le but reste obscur et sans espoir d’en sortir un jour… Quelques dizaines d’années plus tard, plusieurs scientifiques se suicident sans grande explication autre que le mot laissé par l’une d’entre eux : « La physique n’a jamais existé et n’existera jamais ». Tous ces scientifiques semblent liés d’une manière ou d’une autre à une étrange association de chercheurs, association que Wang Miao, physicien spécialisé en nanomatériaux, est chargé (par une organisation militaire) d’infiltrer. Ces militaires lui font d’ailleurs bien comprendre que la guerre a commencé, et que c’est l’humanité entière qui est concernée…

Je m’arrête là pour ne pas en dévoiler plus que nécessaire, le plaisir de la découverte étant un élément non-négligeable du roman, d’où l’absurdité de la quatrième de couverture (vous ne l’avez pas lue, hein ?). Plaisir de la découverte donc, alors que le roman abat ses cartes à un rythme plutôt tranquille, du moins au début. Le lecteur avance un peu dans le brouillard, à l’image des protagonistes d’ailleurs. Pour autant, la lecture reste toujours un vrai plaisir, le suspense étant suffisamment bien entretenu pour que jamais l’ennui ne s’installe.

Il y a de la science (un peu, tout à fait accessible au début, puis beaucoup et virant résolument hard-SF sur la fin, en utilisant de manière assez fascinante le concept des dimensions spatio-temporelles de la physique quantique, tout un programme, même si cela manque parfois de quelques éclaircissements. De même , le titre du roman n’est pas là pour rien), il y a de la bonne fiction (avec une base historique intéressante, tournée vers la Chine, et avec un point de vue chinois sur l’Histoire, ce qui change un peu du sempiternel point de vue occidental), il y a des personnages intéressants (Ye Wenjie notamment, cette femme à l’histoire personnelle riche et terrible à la fois, moteur de tout ce qui se passe dans le roman, et dont les actes et les motivations découlent directement de cette histoire, les autres personnages restant malheureusement un peu plus en retrait), il y a une dimension politique et écologique non négligeable, il y a des trames narratives surprenantes (un jeu de réalité virtuelle avec un air de « Le monde du fleuve » dans ce rassemblement de célébrités, même si ces parties frôlent un peu la redondance), bref, c’est à un roman très riche que nous avons à faire ici.

Et encore, je me retiens, je pourrais en dire beaucoup plus, mais je m’y refuse, plaisir de la découverte encore. Quelques défauts très légers (dont certains que je ne peux dévoiler sans trop déflorer l’intrigue) n’entachent donc en rien ce roman pétri de qualités. Riche, palpitant, novateur, ambitieux, différent de par son origine et son point de vue, il me tarde déjà de lire la suite. Oui, il s’agit (encore !…) d’une trilogie, mais si tous les volumes sont de la même eau que celui-ci, ce ne sera clairement plus un regret.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Cédric Jeanneret, AnudarKsidraconis, Apophis, Quarante-Deux, Le Fictionaute, L’Avant critique.

 

  
Facebooktwittergoogle_pluspinterestmailFacebooktwittergoogle_pluspinterestmail