Sénéchal, de Gregory Da Rosa

Posted on 6 mars 2017
Attention, l’éditeur sort les grandes références ! En effet, sur la page consacrée à ce roman, on trouve cité « Game of Thrones » et Jean-Philippe Jaworski, rien que ça ! Voilà une bien prestigieuse et peut-êrte un peu pesante parenté pour le premier roman d’un jeune auteur de 27 ans… Voyons cela.

 

Quatrième de couverture :

« Sénéchal, la ville est assiégée ! »

Telle est la phrase que l’on m’a jetée sur le coin de la goule. Depuis, tout part à vau-l’eau. Oui, tout, alors que ce siège pourrait se dérouler selon les lois de la guerre, selon la noblesse de nos rangs, selon la piété de nos âmes. Nenni.

Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne, est encerclée et menacée par une mystérieuse armée. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n’est que le début des ennuis. Suite à l’empoisonnement d’un dignitaire de la cité, il découvre que l’ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs ! Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d’ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d’intrigues de palais.

 

Captivant, mais un goût de trop peu…

Sénéchal - Da Rosa - couverture« Sénéchal » est donc le premier roman de Gregory Da Rosa. Un roman court, qui présente bien (l’objet livre est très réussi de ce côté là), on s’attend donc à un roman nerveux, direct. En effet, avec une ville assiégée, des ennemis infiltrés, le tout en a peine plus de 300 pages, il va falloir aller droit au but. Sauf que non. Enfin, pas tout à fait, mais j’y reviendrai.

À la lecture du roman, et ce dès le début, on est frappé par le style de l’auteur. Un style qui se veut médiévalisant pour un texte truffé de mots en vieux français accompagnés de leur note de bas de page (ce qui, en version numérique est assez agaçant puisqu’elles sont situées en fin de chapitre, il est pourtant tellement plus pratique de les faire apparaître en sur-impression, comme devrait le faire tout éditeur numérique un tant soit peu préoccupé par le confort de lecture…), notes de bas de page qui pour certaines d’entre elles n’auraient pas dû exister tant la signification est transparente. Mais on voit ici le lien, la filiation avec Jean-Philippe Jaworski, telle que mise en avant par l’éditeur. Ceci dit, la plume de Gregory Da Rosa n’égale pas celle de son illustre aîné, à cause notamment d’une certaine irrégularité dans l’utilisation de ces termes anciens (on peut parcourir plusieurs pages en français quasi normal avant de voir ressurgir quelques mots de vieux français). Cela donne l’impression de jeter quelques mots peu connus pour épater la galerie. Ça ne me dérange pas outre mesure, je suis plutôt client de ce type d’écriture (rappelons que j’adore la traduction signée Jean Sola des quatre premiers tomes du « Trône de fer »), mais il y a un petit côté maladroit dans le processus (sans parler de quelques termes qui m’ont parus carrément anachroniques…).

Voilà pour le style. Pour l’univers, on est dans un univers de fantasy très axé sur la religion, cette dernière étant plus qu’inspirée par la chrétienté. En transformant quelques peuples, en reprenant une géographie plus classique, et en se basant sur cette religion bien connue, on aurait carrément pu avoir un roman purement historique (à condition de le replacer dans un contexte ayant vraiment eu lieu, mais avec un siège et des infiltrés, pas besoin de chercher bien loin). Les inspirations de l’auteur sont donc diverses et variées mais sans doute un peu transparentes. Pour faire court : un monde de fantasy, plusieurs royaumes, des races variées (dont on sait peu de choses, il y a des nains mais ils n’apparaissent pas par exemple) des démons, des anges. Un worldbuilding qui fonctionne malgré tout, ça reste l’essentiel. Et pour le rapprochement avec « Game of thrones », on peut citer un mur censé protéger les différents royaumes des démons, et aussi quelques références à l’héraldique, un aspect que j’ai toujours trouvé intéressant dès lors qu’on veut donner une touche de chevalerie. C’est ici réussi.

Les références citées par Mnémos ne sortent donc pas de nulle part, mais prennent le risque de desservir le roman en soulevant trop d’attentes. Car si comme je l’ai dit plus haut, la plume de l’auteur ne peut pas rivaliser avec celle de Jaworski, la richesse du monde et son âpreté n’ont rien à voir non plus avec celles de l’univers de George R.R. Martin, ce qui aurait été étonnant avec ses quelques 300 pages, à comparer au 5000 du cycle de l’auteur américain. Bref, il ne faut pas s’attendre à un « Game of Thrones » avec le parlé de Jaworski, voilà qui est dit.

On pourrait penser que j’insiste sur les maladresses du roman, mais je l’ai dit en titre, j’ai trouvé ce roman captivant. Le personnage du sénéchal Philippe Gardeval est complexe, en nuances de gris (mais il n’y pas de séances de SM dans ce roman… ^^) et c’est lui qui porte le roman. Les autres personnages sont du coup un peu en retrait, tracés à grands traits là où un auteur américain n’aurait sans doute pas hésité à faire quelques flashbacks pour éclairer la jeunesse du héros et des personnages qui naviguent autour de lui (comme le roi Edouard par exemple, qui a grandi avec et est un grand ami du sénéchal). Roufos ou le roi Edouard surnagent quelque peu mais c’est bien Philippe Gardeval qui est au centre de tout, et son ressenti sur les événements donne tout son attrait au roman.

En revanche, là où se situe à mon avis le gros défaut du texte, c’est qu’il s’agit du premier volume d’un cycle et que cela n’est annoncé nulle part ! En tant que tel, ça pourrait ne pas être très gênant si le roman se tenait par lui-même mais ce n’est pas le cas du tout. Adeptes des cliffhangers de fin, vous allez être servis car si tout ce qui précède est intéressant, l’intrigue ne débute réellement qu’à la dernière phrase du roman ! Oui vous avez bien lu, la fin n’est que le début, et c’est là qu’il y a un problème : ce texte n’aurait dû constituer que la moitié d’un seul et même roman, car en toute honnêteté il se passe assez peu de choses, de vraies réponses il n’y a point, et l’intrigue est pour le moins ténue. Le siège ? On en parle à peine. Les ennemis infiltrés ? On n’a qu’un début de réponse.

Heureusement, il y a des points d’intérêt dans ce qui précède la fin, notamment une scène d’action ébouriffante (alors que le roman est plutôt calme et insiste plus sur les intrigues de cour, d’où un contrepoint particulièrement marquant) et un long dialogue qui tente d’apporter quelques réponses en posant la question de Bien et du Mal et où se situe la frontière et comment interpréter les actes de chacun devant un schéma plus grand qui les dépasse. Et d’ailleurs, au-delà de ces exemples, j’ai dévoré le roman, signe d’un intérêt qui n’est jamais tombé.

Qu’on ne s’y trompe pas, malgré les défauts relevés, j’ai vraiment beaucoup apprécié ma lecture, mais un peu d’honnêteté ne fait pas de mal et annoncer le début d’un cycle me semble être la moindre des choses surtout quand le roman nécessite absolument de lire la suite. Un roman trop court, qui n’apporte que trop peu de « billes » au lecteur, quand bien même il est satisfaisant en tant que tel sur le plan de la lecture. Oui j’ai beaucoup aimé ce que j’ai lu, oui je lirai la suite (forcément avec cette fin…) mais je ne peux m’empêcher d’être réservé sur le plan du contenu un peu trop maigrichon. J’ai le sentiment qu’une intégrale (ou au moins un roman plus complet) aurait été plus satisfaisante et aurait sans doute fait beaucoup plus consensus que ce très bon premier volume quand même un peu boiteux. Lecteur, tu sais maintenant dans quoi tu mets les pieds !

 

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