La chute de la Maison aux Flèches d’Argent, de Aliette de Bodard

Posted on 3 avril 2017
Aliette De Bodard est une auteure française qui reste curieusement assez méconnue chez nous (il faut dire qu’elle a tout d’abord été éditée par les éphémères éditions Éclipse, ce qui n’a pas aidé à sa diffusion en France…) alors qu’elle engrange les prix dans l’édition anglophone. Il faut dire qu’elle écrit en anglais… et que donc son roman a été traduit ! Une incongruité. Mais Fleuve Éditions semble déterminer a la faire enfin connaître dans nos vertes contrées.

 

Quatrième de couverture :

Paris n’est que ruines et décombres depuis la Grande Guerre magique qui a opposé les Maisons régnant sur la capitale. Et celles-ci n’ont pas été épargnées : elles ne sont plus que l’ombre de leur splendeur d’antan. La Maison aux Flèches d’Argent fut la plus puissante parmi toutes. Mais sa position est précaire dans l’équilibre fragile qui s’est instauré. Et en son coeur, au sein de Notre-Dame, une malédiction terrible est dissimulée, prête à se déchaîner sur elle.

Son destin est désormais lié à celui d’un jeune homme aux mystérieux pouvoirs et d’une nouvelle Déchue.

La puissante magie de l’ange suffira-t-elle à les sauver de la chute ?

 

Il est venu le temps des cathédraaaaaaaaaleuuuuuuuuus…

La chute de la maison aux flèches d'argent - de Bodard - couverture

Un roman écrit par une Française et qui a obtenu le British Science Fiction Award en 2015 (et finaliste du prix Locus en 2016), voilà qui n’est pas commun ! Et le voici donc enfin publié en France, précédé donc de cette belle réputation (ainsi que celle de son auteure, auréolée de plusieurs prix, tels les prix Locus, Nebula et autres British Science Fiction Award).

« La chute de la Maison aux Flèches d’Argent » se situe à Paris, dans une ville ravagée il y a bien des années par un conflit magique, laissant ruines et destruction, ainsi qu’une Seine polluée et dangereuse, peuplée de créatures monstrueuses. La ville est le théâtre d’une lutte d’influence entre plusieurs grandes « Maisons ». C’est d’ailleurs cette lutte d’influence qui a dégénéré en guerre ouverte ayant conduit à la destruction d’une partie de la ville. Ces Maisons prospèrent en « récupérant » sous leur aile les Déchus tombés du ciel (des anges, expulsés du Paradis, rien de moins), des êtres qui perdent leurs ailes mais gardent leurs pouvoirs magiques, du moins pour un temps puisque ceux-ci diminuent au fil du temps. C’est d’ailleurs avec la chute d’une Déchue (Isabelle) que le roman s’ouvre. Une scène marquante.

Le premier des Déchus, Etoile du Matin (tiens tiens, un nom qui ne doit rien au hasard…), a disparu mystérieusement il y a vingt ans en laissant la Maison aux Flèches d’Argent (la plus puissante alors) orpheline de son chef. C’est Séléné, l’une de ses apprentis, qui en a pris la tête, mais la Maison ne cesse pourtant depuis lors de perdre en puissance… L’arrivée d’Isabelle, son intégration au sein de la Maison ainsi que celle de Philippe, un être bien mystérieux, ni homme ni ange mais pourtant doté de pouvoirs puissants, risquent bien de redistribuer les cartes au sein des grandes Maisons parisiennes…

Le contexte du roman est donc plutôt original, et donne aussi l’occasion à Aliette de Bodard, avec le personnage de Philippe, d’y ajouter une touche asiatique personnelle (sa mère est Vietnamienne) et de parler de colonisation et de déportation. Le rythme du récit est plutôt calme, posé, on est ici dans une intrigue plutôt feutrée, du genre intrigue de cour, avant que les choses ne s’accélèrent tout de même un peu sur la fin, avec une ambiance apocalyptique des plus réussie.

Les personnages sont nombreux et bien décrits, de Séléné qui se pose de multiples questions sur l’avenir de la Maison, à l’alchimiste droguée Madeleine, transfuge de la Maison Aubépine, en passant par Philippe et Isabelle bien sûr, au coeur du roman (quoique le premier s’efface un peu trop sur la fin), ainsi que l’intrigueuse Claire, maîtresse de la Maison Lazare ou bien Asmodée, l’inquiétant leader de la Maison Aubépine, Maison qui cache de lourds secrets (mais est-elle la seule dans ce cas ?…).

Des choses intéressantes donc, et pourtant la sauce n’a pas complètement pris. Un sentiment diffus, difficile à exprimer, comme si j’étais resté extérieur au roman, à cause d’un univers que je n’ai pas entièrement compris. Est-ce la magie dont je n’ai pas compris les règles, certains personnages semblant dotés de pouvoirs qui se déclarent au moment opportun ? Peut-être. Est-ce ce besoin de replacer certains personnages (notamment Etoile du Matin)  face à leur alter ego « réel » (notez les guillemets…), sans que cela colle complètement ? Possible. Toujours est-il que ça n’a pas fonctionné comme je l’aurais aimé, sans que toutefois cela ne bloque ma lecture, les personnages et l’ambiance ayant des atouts pour happer le lecteur.

Mais du coup, je ne suis pas ressorti de ce roman pleinement satisfait. Ceci dit j’avais pris un risque sachant que l’urban fantasy et moi, c’est un peu quitte ou double (et en fait, je crois qu’en dehors des aventures de Harry Dresden, c’est en général quitte…). Cela dit, c’est moi hein, et le roman ne manque pas de qualités. J’espère d’ailleurs qu’il aura un joli succès en France, de manière à ce que Aliette de Bodard continue d’être publiée, je suis à peu près sûr que son côté SF (ou bien ses récits aztèques dont j’avais lu une nouvelle) m’intéresse…

Et pour ceux que l’auteure intéresse, n’hésitez pas à aller lire la très intéressante interview de Aliette de Bodard sur le blog de Xapur.

 

Lire aussi les avis de Xapur, Cédric, Phooka, Xeno Swarm, Zina.

 

  
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