Djinn, la maudite, de Jean-Louis Fetjaine

Posted on 25 avril 2017
Jean-Louis Fetjaine est un des grands de la fantasy française, grâce à ses deux trilogies sur les elfes. De la fantasy qui aura même réussi, et peu d’autres l’ont fait, à passer auprès du grand public. Mais depuis quelques années, plus rien. Jusqu’à aujourd’hui puisqu’il nous revient, loin des elfes cette fois, mais en pleine période des Croisades.

 

Quatrième de couverture :

1130, Princée d’Antioche – au nord de l’actuelle Syrie.

Fille du roi Baudouin de Jérusalem, la princesse Alix d’Antioche s’apprête à accoucher en secret de son enfant illégitime, fruit de ses amours avec le connétable Renaud Mazoir. Personne ne doit apprendre cette naissance : sa mère a décidé que l’enfant ne survivrait pas.

Mais son père, prévenu par ses informateurs, arrive à temps pour le sauver. L’accoucheuse, elle, est sacrifiée, non sans avoir jeté sur Alix une malédiction : l’esprit malin d’un Djinn s’attache désormais à ses pas.

Mis à l’abri des velléités meurtrières de sa mère, le nouveau-né grandira au sein de la mystérieuse secte des Assassins ; son destin sera lié à celle-ci. Et la princesse maudite, poussée par son ambition dévorante, se voit emportée dans les tourments d’une terre dont l’histoire s’écrit trop souvent dans le sang…

De Byzance à Jérusalem, d’Alep à Damas, une grande fresque où se côtoient l’histoire et le fantastique, dans le fracas des batailles incessantes entre Turcs, Byzantins et Croisés.

 

Anges et démons aux temps des Croisades

Djinn la maudite - Fetjaine - couvertureAaaah, les Croisades ! Période fascinante de l’Histoire (pourtant sans doute trop méconnue), période ou tout semble possible, en bien comme en mal, période de guerres bien sûr, mais aussi d’alliances parfois surprenantes. Et enfin, une période qu’il serait de bon ton de regarder plus attentivement tant elle fait écho sur bien des points à notre époque actuelle…

C’est en ces temps chaotiques qu’a choisi Jean-Louis Fetjaine de situer de situer son roman, « Djinn, la maudite ». Et plus précisément entre la première et la deuxième Croisade. Le récit débute en 1130, alors que la princesse Alix d’Antioche est sur le point d’accoucher d’un garçon, fruit d’une aventure illégitime avec le connétable Renaud Mazoir. C’est lors de cet accouchement que la princesse va se voir posséder par un djinn (sorte de démon oriental), et tous ses actes ultérieurs découleront de cette possession.

Et c’est peu dire que la vie de la princesse Alix a été mouvementée, comme le montre le roman (qui se déroule sur plusieurs années). Mais pas seulement le roman puisque Jean-Louis Fetjaine s’est énormément documenté et tous les événements ou presque (le point de départ du roman est pure invention il me semble) du récit sont des faits historiques, avec certes parfois quelques raccourcis (comme en ce qui concerne Hugues du Puiset), mais l’essentiel est bien là. On nage donc en pleine fantasy historique, dans laquelle les événements que nous connaissons semblent plutôt être le fait, en sous-main, d’une manipulation des « forces supérieures » (qui n’apparaissent pourtant jamais directement. À moins que…). Il en résulte des guerres, souvent absurdes, des conflits mouvants, des alliances qui se font et se défont au gré des incidents et autres péripéties de l’Histoire, avec au-delà même des classiques oppositions religieuses (chrétiens contre musulmans) des oppositions internes dans un même camp (chrétiens contre chrétiens, musulmans contre musulmans), démonstration de l’absurdité de ces guerres. La situation géopolitique de l’époque est complexe, il y a de nombreuses factions (empire byzantin, secte des assassins, turcs, différents califats, sultanats et émirats…) dont l’obédience n’est jamais assurée. Bien évidemment, tout cela rappelle bien tristement, et ce n’est bien sûr pas un hasard, toute la complexité de la situation que nous connaissons actuellement puisque les lieux sont les mêmes : Syrie, Irak, Israël…

J’ai dévoré ce roman en deux jours. Certes il n’est pas très épais (moins de 300 pages), mais il est passionnant pour qui s’intéresse à l’Histoire. On peut bien sûr s’interroger sur la pertinence de faire intervenir la fantasy dans un roman si orienté sur le côté historique. Je pense pourtant qu’on se retrouve là dans le même cas qu’un Guy Gavriel Kay qui affirme que la fantasy permet de jouer avec l’Histoire, sans volonté d’être 100% réaliste historiquement. C’est ce que reproduit Jean-Louis Fetjaine ici puisque le point de départ du roman (l’enfant illégitime d’Alix et de Renaud Mazoir) est inventé (à ce que je sache…). Dès lors, la fantasy est un moyen d’apporter une touche plus romanesque, plus exotique aussi avec ces esprits orientaux, et une sorte de « justification » à ces conflits qui n’ont parfois ni queue ni tête et n’ont mené à rien de concret.

Côté narration, l’auteur sait y faire, le récit est rythmé, certains personnages sont attachants (notamment Renaud Mazoir et l’assassin Saïf Ibn Ammar), d’autres plus révoltants (Alix bien sûr, à la fois terrible et fascinante), mais tous sont vivants. On pourrait peut-être reprocher au roman de ne pas avoir de vrai personnage principal, la trame s’en trouve donc parfois un peu relâchée, mais c’est un menu détail face au plaisir que j’ai pris à sa lecture.

Un excellent roman donc, facile d’accès malgré une période historique complexe, période qui d’ailleurs pourrait encore offrir pas mal de possibilités à l’auteur. Si Jean-Louis Fetjaine se décide à poursuivre sur terrain-là, je le suivrais sans hésitation ! 

 

Lire aussi l’avis de Xapur.

 

  
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