Cérès et Vesta, de Greg Egan

Posted on 1 juin 2017
Nouvelle itération de la (déjà fameuse) collection « Une heure-lumière » du Bélial’, avec cette fois à la barre Greg Egan, un auteur que je redoute toujours un peu, non pas pour son côté hard-SF mais plutôt pour la froideur de ses écrits. Qu’en est-il pour celui-ci ? Réponse…

 

Quatrième de couverture :

Cérès d’un côté, Vesta de l’autre. Deux astéroïdes colonisés par l’homme, deux mondes clos interdépendants qui échangent ce dont l’autre est dépourvu — glace contre roche. Jusqu’à ce que sur Vesta, l’idée d’un apartheid ciblé se répande, relayée par la classe politique. La résistance s’organise afin de défendre les Sivadier, cible d’un ostracisme croissant, mais la situation n’est bientôt plus tenable : les Sivadier fuient Vesta comme ils peuvent et se réfugient sur Cérès. Or les dirigeants de Vesta voient d’un très mauvais œil cet accueil réservé par l’astéroïde voisin à ceux qu’ils considèrent, au mieux, comme des traîtres… Et Vesta de placer alors Cérès face à un choix impossible, une horreur cornélienne qu’il faudra pourtant bien assumer…

« Greg Egan est l’auteur de science-fiction
le plus important du XXIe siècle.
»
Stephen Baxter

Cérès et Vesta a été finaliste du prix Sturgeon 2015.

 

D’un planétoïde à l’autre

Cérès et Vesta - couverutre - EganNovella d’une centaine de pages, « Cérès et Vesta » donne l’occasion à Greg Egan de laisser de côté l’aspect « hard-SF » qui l’a rendu célèbre pour quelque chose qui sonne un peu plus social, et qui a même de franches résonances avec l’actualité (ceci dit, j’avais déjà eu l’occasion de voir à la lecture de son recueil « Axiomatique », non critiqué sur ce blog, qu’il ne faisait pas que de la hard-SF). Cérès et Vesta sont deux astéroïdes situés dans la ceintures d’astéroïdes entre les orbites de Mars et Jupiter. Deux astéroïdes colonisés par l’homme et qui sont interdépendants : l’un manque de glace alors que l’autre en regorge, l’autre a besoin de pierre là où son alter-ego n’en manque pas. Bref, l’offre, la demande, le commerce, tout va bien. Jusqu’au jour où les dirigeants de Vesta mettent en place la ségrégation de la famille Sivadier (et leurs descendants), famille qui a certes fait partie de la première vague de colons mais n’a pas, d’après les dirigeants de l’astéroïde, mit la main à la pâte de la « bonne » manière (essentiellement via des dépôts de brevets et autres joyeusetés administratives mais sans jamais suer sang et eau comme les autres familles). S’en suit un exode massif et illégal qui n’est pas sans danger (trois ans de voyage collé à du matériau échangé entre les deux sociétés) et qui pousse Cérès a gérer cette crise migratoire. 

Bon forcément, avec un tel résumé, les liens avec l’actualité récente sont plus qu’apparents, ça saute aux yeux ! Mais l’auteur ne s’arrête pas à cette situation car si elle suffit amplement à pousser à la réflexion, il a décidé d’aller plus loin et d’imposer à Anna, la directrice du port spatial de Cérès, un choix cornélien qui donne d’ailleurs son titre à la novella en VO (« The four thousand, the eight hundred »). Un choix que je ne dévoilerai pas ici mais qui est vraiment marquant, aucune solution n’étant bonne par nature. Mais un choix qui doit être fait. Cet élément n’arrive qu’en fin de récit, le début mettant en place les tenants et les aboutissants de ce drame qui se noue. Et la narration, pour « complexe » qu’on puisse la trouver ( elle est déconstruite chronologiquement parlant), est réussie et ajoute même, avec variété et rythme, une dimension supplémentaire à la qualité de ce texte.

Certes, Greg Egan, ce n’est pas nouveau, a toujours eu un malus côté empathie (ses jets de dés ont dû être mauvais à la création du perso ! ^^) et c’est à nouveau le cas ici, les personnages ne semblant exister que pour faire avancer le récit, sans que le lecteur y attache une quelconque importance. C’est bien dommage car avec un tel sujet, il y aurait de quoi faire pleurer dans les chaumières sans forcément avoir la main lourde sur le côté pathos. Mais ce n’est pas encore avec ce récit que Greg Egan nous fera pleurer. Tant pis, ce qui n’empêche pas de louer la qualité du texte qui, avec ces réflexions sur le racisme, l’exclusion, la discrimination, la crise migratoire, fait écho à l’actualité mais aussi à d’autres grands drames de l’Histoire.

« Cérès et Vesta » montre une nouvelle fois, s’il en était besoin, que la SF ne manque pas d’interroger notre présent en parlant de notre futur, c’est flagrant ici et c’est surtout réussi, il est bien difficile de lire cette novella sans penser à ce qui se passe pas si loin de chez nous (voire carrément chez nous). Dommage que ce texte manque un peu d’incarnation dans ses personnages alors qu’un autre texte de la collection, « L’homme qui mit fin à l’histoire » de Ken Liu, qui souffre pourtant du même défaut du fait du mode de narration choisi, lui reste finalement bien supérieur tout en n’étant pas si éloigné dans ce qu’il cherche à apporter au lecteur. Greg Egan n’est pas Ken Liu… Pas de quoi s’alarmer cependant, « Cérès et Vesta » est un texte politique qui reste en l’état tout à fait recommandable.

 

Lire aussi les avis de Apophis, l’Ours Inculte, Just a word, Nebal, Yogo, Samuel, Célindanaé, Yossarian, Blackwolf, Elessar, le Fictionaute.

 

  
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