Planetfall, de Emma Newman

Posted on 12 juin 2017
Encore un roman récent attendu depuis quelques mois, alléché que j’étais par les critiques de Gromovar et Cédric. Alors que l’arrivée d’un(e) auteur(e) inconnu(e) dans l’édition française de SF est de plus en plus conditionnée par l’attribution d’un prix international (hors quelques prises de risques ici ou là), Le voir arriver ici est autant un étonnement qu’une joie. Mais Est-il à la hauteur de mes attentes ?

 

Quatrième de couverture :

Touchée par la grâce, Lee Suh-Mi a reçu la vision d’une planète lointaine, un éden où serait révélé aux hommes le secret de leur place dans l’Univers. Sa conviction est telle qu’elle a entraîné plusieurs centaines de fidèles dans ce voyage sans retour à la rencontre de leur créateur. Vingt-deux ans se sont écoulés depuis qu’ils sont arrivés là-bas et qu’ils ont établi leur colonie au pied d’une énigmatique structure extraterrestre, la Cité de Dieu, dans laquelle Lee Suh-Mi a disparu depuis lors.

Ingénieur impliquée dans le projet depuis son origine, Renata Ghali est la dépositaire d’un terrible secret sur lequel repose le fragile équilibre de la colonie, qui pourrait voler en éclats avec l’entrée en scène d’un nouveau membre, un homme qui ressemble étrangement à Suh-Mi, trop jeune pour faire partie de la première génération de colons…

 

Un nouveau monde bâti sur un mensonge

Planetfall - Newman - couvertureL’humanité a essaimé ! Du moins, quelques valeureux explorateurs, guidés par une femme, Lee Suh-Mi (messie ou illuminée, c’est selon, puisqu’elle prétend avoir vu dans son coma les coordonnées d’une planète sur laquelle se trouve la Cité de Dieu), ont réussi à établir une colonie qui semble pleinement fonctionnelle et auto-suffisante sur une planète éloignée. C’est un bon début, même si tout ne s’est pas passé comme prévu, avec un incident dès l’arrivée sur cette planète ayant conduit à la mort de plusieurs de ces colons. Mais la vie continue, et les rescapés semblent s’en être remis. Jusqu’au jour où, vingt deux ans après l’atterrissage, apparaît un descendant des victimes, et parent de la fameuse Lee Suh-Mi. Il y aurait donc eu des rescapés ? Qui ont eu des enfants ? À quelques jours d’une cérémonie tant attendue qui concerne Lee Suh-Mi, maintenant surnommée l’Élue, elle qui a disparu après avoir avoir pénétré dans la Cité de Dieu il y a tant d’années, voilà qui risque bien de mettre à mal la cohésion de cette colonie qui semblait pourtant si prometteuse…

On le voit, on le sent même, tout ne tourne pas aussi rond qu’on voudrait bien nous le faire croire au début du roman. Et c’est au fil des pages que l’on commence à visualiser ce qui se passe vraiment, les lourds secrets que cachent certaines personnes, notamment Renata Ghali, principale protagoniste du récit (écrit à la première personne), et l’énorme mensonge sur lequel est bâtie cette colonie, finalement bien plus fragile qu’elle paraît. Et c’est cette Renata Ghali qui fait de ce roman un excellent récit, personnage complexe, torturée par ce qu’elle cache et incapable d’assumer ses failles (notamment un trouble obsessionnel compulsif assez inquiétant).

Mais ce n’est pas le seul point fort sur roman. Car Emma Newmann n’oublie pas d’écrire un vrai récit de SF, avec description d’un environnement exotique, qu’il s’agisse de la planète en elle-même (même si le récit ne s’éloigne jamais de la colonie) ou bien de cette « Cité de Dieu » sise juste à côté de la colonie, sorte de… truc que j’ai eu le plus grand mal à me représenter (ce qui m’a un peu gêné je l’avoue) et autour de laquelle tourne une bonne partie de l’intrigue, mais aussi attirail technologique permettant l’installation sur cette exoplanète (à grand renfort d’utilisation d’imprimantes 3D, bien pratiques mais d’usage un peu trop systématique).

Avec quelques flashbacks pour comprendre ce qui s’est passé en amont, tout en gardant quelques billes pour ne pas trop en dévoiler trop tôt, Emma Newmann use d’une narration efficace au suspense savamment entretenu. Et quand les choses se mettent enfin en place dans l’esprit du lecteur, l’auteure lâche les chevaux ! J’avoue que je ne m’attendais pas à certains retournements de situation ! Alors certes, tous les fils d’intrigue ne sont pas solutionnés, la fin est assez mystérieuse et très ouverte (l’imagination du lecteur est clairement mise à contribution, ce qui ne plaira sans doute pas à tout le monde), mais pour autant le roman reste au final très efficace, original avec cette héroïne torturée, victime et coupable, et très attachante. Avec ces questionnement sur la foi, sur l’idée de savoir si toutes les vérités sont bonnes à dire, si certains mensonges sont nécessaires quand la survie du plus grand nombre est dans la balance, sur l’entraide et la compassion, l’isolement, « Planetfall » est un roman intelligent et bien mené. Porté par une belle héroïne, faible et forte à la fois, le texte sait se faire marquant, et ne fera pas partie de la trop longue liste des « vite lus, vite oubliés ». Tant mieux.

À noter qu’un autre roman se déroulant dans le même univers, « After Atlas » paraîtra bientôt en France. Re-tant mieux. J’en serai.

Et enfin, saluons l’interview de l’auteure par l’incontournable Gromovar.

 

Lire aussi les avis de Cédric, Gromovar, Yogo, Elessar, Célindanaé, Xapur.

 

  
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