En remorquant Jéhovah, de James Morrow

Posted on 23 juin 2017
Enfin ! Il est des auteurs qui m’interpellent mais pour lesquels je n’ai pas pris le temps de m’intéresser à leurs ouvrages. James Morrow est de ceux-là. Pourtant croisé en festival, et avec des thématiques pertinentes et stimulantes, je n’avais toujours pas franchi le pas. L’arrivée de son nouveau roman en France, « L’arche de Darwin », m’a finalement donné le coup de pied nécessaire, et avant de me pencher sur le petit dernier (enfin, petit, façon de parler !), intéressons-nous d’abord à ce qui est peut-être le roman le plus connu de l’auteur, « En remorquant Jéhovah », lauréat du World Fantasy Award en 1995 et du Grand Prix de l’Imaginaire dans la foulée en 1996.

 

Quatrième de couverture (tirée de l’intégrale de la trilogie) :

Long de trois kilomètres, le corps de Dieu dérive au large du Golfe de Guinée. Pour le remorquer discrètement, le Vatican affrète un super tanker sous le double commandement d’un baroudeur et d’un père jésuite…

Conte philosophique, satire irrésistible de la religion, de l’église, de l’Amérique et de son mercantilisme, trilogie d’aventure débridée conduit tambour battant, réflexion métaphysique sur l’ontologie et la liberté humaine, « La Trilogie de Jéhovah » est tout cela à la fois, une pure jubilation !

 

Une satire jubilatoire

Je me suis amusé comme un petit fou ! Vraiment, découvrir James Morrow fut une vraie révélation. Comme je le disais en introduction, il y a longtemps que je me disais que je devais lire l’auteur, et toujours j’ai repoussé à plus tard, cédant aux sirènes a priori plus affriolantes d’autres romans qui me tombaient sous la main. Oui, James Morrow, ce n’est pas toujours tout à fait de la SF, ni de la fantasy, ni du fantastique, c’est un peu à la croisée des genres ce qui a peut-être eu comme conséquence de ne pas ma taper dans l’oeil suffisamment fort. Quelle erreur ! Parce que ce « En remorquant Jéhovah » frôle le génie, tout simplement. C’est fun, c’est rythmé, c’est un brin irrévérencieux, c’est intelligent, c’est stimulant, bref vous l’avez compris, j’ai dévoré ce roman.

Trêve de blabla dithyrambique, un mot sur l’intrigue. Dieu est mort. Oui, carrément. Son corps flotte dans l’océan atlantique. Un corps long de trois kilomètres de long et pesant sept millions de tonnes. Les archanges, perdant petit à petit de leur substance (et leur auréole de leur lumière), ont décidé qu’il fallait récupérer le corps pour lui offrir une sépulture décente (en fait un tombeau dans les glaces de la banquise arctique pour le conserver à tout jamais et l’éloigner d’éventuels curieux). Pour ce faire, ils ont choisi Anthony Van Horne, un capitaine de pétrolier traumatisé par le naufrage de son bateau qui a provoqué une marée noire quelques années en arrière. Le Vatican sera bien sûr de la partie, d’une part pour s’assurer que tout se passe bien, d’autre part pour éviter que la chose ne s’ébruite. On imagine fort bien les dégâts d’une telle révélation sur ses ouailles…

Et c’est donc le point de départ d’une folle aventure, entre satire religieuse et roman maritime. Avec beaucoup d’humour, James Morrow déroule une intrigue qui ne manquera de traverser quelques remous. Entre Cassie Fowler, naufragée d’un voyage sur les traces de Darwin, féministe et farouchement anti-cléricale qui fera tout pour faire échouer cette Sainte Mission (car Dieu est un homme, cette éventuelle preuve d’une suprématie masculine doit être détruite !), un duo de passionnés de reconstitutions historiques missionnés par le fiancé athée de Cassie (et héritier de la fortune de son père qui a fait fortune dans les… préservatifs !) pour couler un golem japonais, un équipage sombrant dans la débauche la plus totale lorsqu’il se rend compte de la nature de son « colis », ou bien le corps de Dieu lui-même qui subit les pires outrages (grignoté par différents prédateurs, on danse nu sur son nombril, etc… Tiens, Dieu à un nombril ? Mmmmmh…), les péripéties ne manquent pas.

Et sous cette bonne dose d’humour subtil se posent tout un tas de questions plus malines qu’il n’y parait. Pourquoi Dieu est mort ? Que devient la morale judéo-chrétienne ? Faut-il révéler au monde cet évènement ? Ce qui est bon pour les hommes est-il bon pour la religion, et vice versa ? Philosophiquement, le roman est donc solide, avec pour atout majeur le fait que James Morrow a toujours gardé à l’esprit qu’il écrivait un roman d’aventures. Le récit est donc bien rythmé, nerveux, et gorgé de scènes pour moi déjà cultes (la rencontre avec l’archange Gabriel, la danse sur le nombril, les scènes de débauche, le bombardement, l’eucharistie finale…). Un vrai plaisir de lecture qui a le bon goût de ne fâcher personne en posant les bonnes questions.

Drôle et intelligent du début à la fin, sans baisse de rythme, doté de personnages très humains malgré d’inévitables effets un peu « too much » (mais c’est voulu et correspond tout à fait au style du récit), « En remorquant Jéhovah » est donc une révélation. Il FAUT que je lise d’autres romans de James Morrow. Et ça tombe bien, d’une part ce roman n’est que le premier d’une trilogie (j’ai acheté l’intégrale et le pitch du deuxième volume est à l’avenant du premier : le procès contre Dieu pour crimes contre l’humanité, instruit au tribunal international de La Haye !) et d’autre part son tout dernier roman , « L’arche de Darwin », vient de paraître en français. Attendez-vous donc à entendre à nouveau parler de James Morrow très bientôt…

 

Lire aussi les avis de Ragle Gumm, Mr K, Aphraël.

 

  
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