Célestopol, de Emmanuel Chastellière

Posted on 6 juillet 2017
On attendait Emmanuel Chastellière au tournant ! Après la jolie réussite de son premier roman, « Le village », l’auteur change d’univers, sur le fond comme sur la forme puisqu’avec « Célestopol », c’est un recueil de nouvelles séléno-steampunk qu’il nous propose.

 

Quatrième de couverture :

Célestopol, la cité lunaire, la perle de l’Empire Russe, la ville de toutes les démesures, où toutes les technologies de ce XXème siècle naissant se combinent pour créer la métropole ultime. Célestopol, où à chaque coin de rue, la magnificence de ses merveilles architecturales rivalise avec l’éblouissement que provoquent ses automates affectés à mille et une tâches. Célestopol et ses canaux de sélénium dont la brume mordorée baigne en permanence la lumière des réverbères. Célestopol, la ville sous dôme, le défi ultime de l’humanité lancé aux étoiles.

Célestopol la rebelle, l’insoumise. Célestopol, où chaque habitant porte en lui une colère, un amour, une tristesse, une vengeance. Célestopol et son duc extravagant, aux pouvoirs sans limites, dont la simple présence est une insulte adressée à chaque instant à l’autorité de la Tsarine. Célestopol, en quête de liberté et d’émancipation, loin d’une Terre qui menace de sombrer dans les flammes.

Célestopol, la ville qui a arraché un peu de l’âme de toutes les Russies et l’a posé sur la Lune.

Livre-univers aux mille jeux de miroirs, œuvre steampunk décalée ou hommage au romantisme slave, « Célestopol » est un objet littéraire unique et ambitieux, aux résonances multiples, sombres et mystérieuses aussi bien qu’aventureuses et inventives. Laissez-vous envoûter par ses volutes de sélénium !

 

La Russie décroche la Lune !

Changement d’univers donc pour Emmanuel Chastellière après son roman « Le village ». Place cette fois à la Lune, la Lune colonisée par l’Empire Russe à la fin du XIXème siècle, la Lune sur laquelle le duc Nikolaï a fondé l’extraordinaire cité baptisée Célestopol, ville sous cloche, ville somptueuse, ville mystérieuse. Une ville censée mettre en lumière et même magnifier la grandeur de l’Empire Russe, une ville qui s’avère aussi être un moyen pour le duc de s’émanciper de l’influence de la Tsarine restée sur Terre. On nage donc ici en plein rétro-futurisme avec les treize nouvelles composant ce recueil se passant au début du XXème siècle. Célestopol est à l’abri sous un dôme de verre et d’acier, utilise une mystérieuse source d’énergie, le sélénium (dont on ne sait pas grand chose, le côté scientifico-technique de la ville reste relativement peu exploré), extrait des roches lunaires et se présentant sous forme de brumes mouvantes retenues par un barrage avant d’être distribuées dans les canaux de la ville, et est peuplée d’hommes et de femmes bien sûr mais aussi d’automates servant à différentes tâches, qu’elles soient ouvrières ou plus… érotiques.

Un ville attrayante pour le lecteur, que l’auteur dévoile à petites doses, au fur et à mesure de ses récits. Régates autour de la Lune, barrage pour l’alimentation en sélénium, maisons closes, casino, forteresse-prison, la visite touristique ne manque pas d’attraits ! Mais la ville en elle-même, bien qu’elle en soit bien sûr au coeur, n’est pas le seul atout du recueil. Car si la prose de l’auteur avait déjà démontré ses qualités dans « Le village », on passe ici une étape supplémentaire. Les textes se lisent avec une grande aisance, leur fluidité est exemplaire. Quitte à faire des comparaisons (mais avec seulement deux oeuvres au compteur, c’est sans doute aller un peu vite…), je dirais que l’auteur est encore plus à l’aise comme nouvelliste que comme romancier.

Récits d’ambiance, récits mélancoliques, récits d’aventure, la variété est au rendez-vous, pas d’effet de lassitude donc. Et Emmanuel Chastellière, avec ces textes jamais ennuyeux, touche même parfois à l’excellence quand il met en exergue les « sentiments » d’une automate confrontée aux comportements humains (« Le boudoir des âmes »), ou bien à un homme qui essaie de réaliser le dernier souhait d’un autre automate (« Les lumières de la ville »). L’alterité en quelque sorte. Il semble que l’auteur ait une façon d’aborder le sujet qui fasse mouche.

Alors certes, on peut toujours trouver ici ou là quelques maladresses comme des éléments ou personnages qui arrivent au moment opportun pour débloquer la situation des protagonistes (une pirate chinoise dans « Face cachée » ou un chat plutôt adroit dans « Le chant de la Lune »), ou bien un truand qui ne peut s’empêcher de dévoiler son plan aux personnages emprisonnés, ce qui bien évidemment, finira par se retourner contre lui (« Le chant de la Lune » là encore). Tout cela reste malgré tout de menus désagréments au regard de la qualité globale du recueil qui, avec ses nouvelles indépendantes mais parfois connectées avec des personnages qui réapparaissent ici ou là (en dehors d’un duc omniprésent et dont le portrait finit par ne pas être très flatteur. Et c’est le cas de le dire, les lecteurs du texte « Tempus fugit » comprendront…), esquisse une cité tour à tour étonnante (le casino de « La danse des libellules »), extraordinaire (l’excellent récit très SF « Convoi dans les ténèbres »), inquiétante (la mystérieuse mission de « Une note d’espoir »), voire nauséabonde (la maison close et ce qui s’y passe dans « Le boudoir des âmes »).

On notera également un étonnant duo d’enquêteurs composé d’une tireuse d’élite islandaise et de son acolyte, un homme mort réincarné dans le corps de son bourreau : un ours ! Oui, ceux-là, j’aimerais bien les revoir… 😉 Avec quelques clins d’oeil à l’histoire (la vraie, puisqu’au fond « Célestopol » est une uchronie, je vous laisse l’auteur vous l’expliquer lui-même), mais aussi à certains « coups de coeur de geek » (les joueurs de « Bioshock Infinite » comprendront), on a en plus un joli niveau de lecture supplémentaire.

Essai transformé donc, et plus que ça même puisque je trouve « Célestopol » un ton au-dessus du « Village ». C’est maintenant clair : Emmanuel Chastellière est un auteur à suivre.

 

Lire aussi les avis de Xapur, Cédric, DupCélindanaé. Et en bonus, une interview de l’auteur, toujours par Célindanaé.

Critique rédigée dans le cadre des challenges « S4F3s3 » de Xapur et « Summer Star Wars Rogue One » de Lhisbei.

  

 

  
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