Le Prince-Marchand, La Hanse Galactique tome 1, de Poul Anderson

Posted on 24 août 2017
Le Bélial poursuit son oeuvre de réhabilitation de Poul Anderson, un auteur longtemps dénigré en France mais qui a depuis, sous l’impulsion de l’éditeur, retrouvé ses lettres de noblesse avec des titres comme « Tau zéro », « L’épée brisée » ou « La saga de Hrolf Kraki », toujours des textes de qualité. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Alors on embarque avec l’exubérant Nicholas van Rijn pour découvrir la première partie de cette histoire du futur à la sauce Poul Anderson.

 

Quatrième de couverture :

Au XXIIIe siècle, alors que l’humanité s’est implantée sur quantité de planètes, les négociants interstellaires forment une alliance afin de protéger leurs intérêts : la Ligue polesotechnique. Nicholas van Rijn, directeur de la Compagnie solaire des épices et liqueurs, est le plus flamboyant de ces princes-marchands : le présent volume réunit ses aventures initiales…

Apparu en 1956 dans les pages d’Astounding Science Fiction, personnage falstaffien hâbleur et roublard, infatigable arpenteur de mondes et négociateur hors pair, Nicholas van Rijn incarne pour beaucoup la figure majeure du héros andersonien. Les cinq volumes de la « Hanse galactique » présentent pour la première fois en français l’intégrale des aventures du plus populaire des personnages de Poul Anderson, sans oublier celles de ses compagnons emblématiques : David Falkayn, Chee Lan et Adzel. Un événement…

 

Pas besoin de secouer, le pulp est bien là !

Car oui, on sent bien le bon goût de pulp dans ce premier volume de « La Hanse galactique », cette histoire du futur imaginée par Poul Anderson, faite de nombreux récits récits dont les premiers remontent aux années 50 et qui, amalgamés, forment une longue histoire de l’humanité. La constitution de cette histoire du futur n’a d’ailleurs semble-t-il pas été une mince affaire pour les éditeurs puisque ces nombreux récits sont parus de manière un peu disparate et il a fallu l’édition aux US de cette série il y a quelques années par une spécialiste de l’auteur pour qu’on s’y retrouve un peu. Le Bélial a sauté sur l’occasion et nous propose la traduction, par l’incontournable Jean-Daniel Brèque, encore une fois excellent, et sous la couverture de Nicolas Fructus, étonnante au premier abord mais finalement très à propos quant au personnage qu’elle illustre.

Pulp donc, avec deux textes au sommaire. Le premier, « Marge bénéficiaire », d’une quarantaine de pages, écrit en 1956, le deuxième, « Un homme qui compte », un court roman de 200 pages écrit en 1958. Les deux textes mettent en scène le truculent personnage de Nicholas van Rijn, directeur de la Compagnie solaire des épices et liqueurs, compagnie qui fait elle-même partie de la Ligue Polesotechnique (curieusement renommée la Hanse Galactique pour le nom de la saga (mais fort à propos puisqu’elle est directement inspiré de la Hanse, ce regroupement de villes-marchandes du nord de l’Europe entre les XIIème et XVIIème siècle) alors que ce nom n’est jamais évoqué dans les textes, au contraire de la Ligue Polesotechnique, j’ai dû rater un épisode…), un ensemble de compagnies marchandes qui se sont agglomérées pour former une grande puissance économique à même d’influencer des gouvernements entiers.

« Marge bénéficiaire » est une excellente introduction à l’univers futur de Poul Anderson et au personnage de Nicholas van Rijn puisqu’il esquisse le premier rapidement, notamment sur l’aspect syndicats-marchants-intérêts économiques-gouvernements, et qu’il met en scène le second de belle manière, en le présentant comme un homme d’un bel embonpoint qui ne pense qu’à travers l’économie, à la fois roublard et grossier (mais au vocabulaire très fleuri), mais qui n’hésite pas non plus à mettre la main à la pâte quand il le faut (et il le faut dès lors que ses intérêts économiques sont menacés, forcément, et il fait non sans se plaindre à maintes reprises, bien sûr). Un personnage doté du don de « longue-vue » également en ce sens qu’il sent les choses qui concernent le commerce et l’argent et qu’il est capable de mettre sur pied un plan qui lui coûte à court terme mais qui finira par lui apporter ces fameuses marges bénéficiaires sur un plus long terme. Une nouvelle efficace et distrayante, dans laquelle le côté pulp, même s’il se sent, n’est pas prépondérant au contraire du texte suivant, plus imposant par sa taille.

On retrouve donc dans « L’homme qui compte » van Rijn entouré de deux autres personnages, échoués qu’ils sont sur une planète à peine connue, Diomède, plus grande que la Terre, plus toxique également pour les humains puisqu’ils ne peuvent rien consommer venant d’elle. Cette planète est habitée par des humanoïdes ailés (dont la civilisation n’est guère avancée du fait de l’absence quasi-totale de métal sur la planète), dont deux factions sont en guerre. D’abord recueillis par le clan qui semble sur le point de remporter cette guerre, van Rijn va, de manière surprenante, tout faire pour rejoindre l’autre côté. Les raisons de van Rijn sont bien sûr celles du commerce : le clan le plus puissant n’est pas celui qui promet les plus belles affaires futures… Encore faut-il pouvoir revoir l’humanité sur cette immense planète alors que les vivres consommables par les humains s’amenuisent…

Et donc tout cela est très pulp dans l’âme : une planète exotique, des extraterrestres étonnants (et qui ne se comprennent pas bien qu’ils ne soient pas si éloignés les uns des autres), des personnages truculents (au premier rang desquels van Rijn bien sûr même s’il frôle plus d’une fois la caricature avec ses jurons fleuris, certes amusants un moment mais usants à la longue, les autres personnages manquant eux d’un peu de substance), et une narration qui va vite et ne s’embarrasse pas de détails inutiles. Pour autant, le récit ne manque pas d’atout, notamment avec un aspect scientifique qui n’est pas à négliger même si les chapitres sur la planétologie et l’évolution des espèces se fondent mal dans la narration et ont un aspect un peu trop didactique.

L’intrigue reste relativement classique, basée sur l’incompréhension des peuples (à la base de toute guerre ou presque), et van Rijn, qui fait à nouveau preuve de sa finesse et de son sens de l’anticipation sous des airs de gros balourd insultant et imbus de lui-même ne manquera pas de tenter de parvenir à ses fins commerciales, le corollaire de ses actions amenant finalement le meilleur pour des peuplades prêtes à se décimer, d’une manière pas si fortuite sans doute. van Rijn n’est peut-être pas si exécrable que ça, reflétant la complexité (toute proportions gardées tout de même…) inattendue au premier abord du personnage.

Alors certes je le redis, c’est pulp (cette série, ou du moins ce premier volume, aurait sans doute toute sa place dans la collection « Pulp » de l’éditeur) et il faut avoir quelques accointances avec le genre pour apprécier pleinement « Le prince-marchand ». Mais c’est en tout cas la garantie d’une récit vif et enlevé, dépaysant, truculent à l’image de son personnage principal. J’y ai pris beaucoup de plaisir et ai d’ailleurs déjà acheté la suite, « Aux comptoirs du cosmos ».

 

Lire aussi les avis de Apophis, Lutin82, Samuel, Nebal, Yozone, Angua.
 
Critique rédigée dans le cadre des challenges « S4F3s3 » de Xapur et « Summer Star Wars Rogue One » de Lhisbei.

  

 

  
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