Autorité, de Jeff VanderMeer

Posted on 30 octobre 2017
La suite de cet excellent roman qu’était « Annihilation » était attendue avec impatience. Et la voilà qui débarque enfin. J’étais tellement impatient de m’y mettre, tout en m’assurant de n’en rater aucune miette, que j’ai paradoxalement préféré repousser un peu ma lecture pour relire le premier qui, chose rare, s’est avéré encore meilleur que la première fois. Restait donc à espérer que Jeff VanderMeer ait réussi à maintenir un tel niveau de qualité.

 

Quatrième de couverture :

Cela fait maintenant trente années que l’on tente de percer les mystères de la Zone X, ceinturée par une frontière invisible, où tout signe de civilisation a disparu. Douze expéditions, toutes tragiquement inutiles, ont été supervisées par un organisme gouvernemental tellement secret qu’il en est quasi oublié : le Rempart Sud.
Fraîchement nommé à sa tête, John Rodriguez, dit Control, hérite d’une équipe méfiante et désespérée, d’une masse de questions, de notes secrètes et d’heures d’enregistrement étrangement anxiogènes.

Dans Autorité, les questions d’Annihilation trouvent des réponses.
Loin d’être rassurantes…

 

Pareil mais en différent (et en moins bien…)

Aaah, « Annihilation » ! Ce roman plein de mystères, avec une ambiance à couper au couteau, et un  brin lovecraftien… Et tant de questions restées sans réponse ! Et ces réponses, on les attend, au moins en partie dans ce deuxième volume de la « trilogie du Rempart Sud ». Et je crois bien… qu’il va falloir attendre encore un peu !

Pour dire les choses clairement, « Autorité » est très différent de « Annihilation ». Autant ce dernier prenait place au sein de cette fameuse Zone X avec l’expédition de quatre femmes, autant le premier n’y met pas un pied. Enfin quoique, mais là je n’irai pas plus loin sur ce terrain. 😉 En revanche, ce deuxième tome nous place au coeur même du Rempart Sud, cette administration responsable des expéditions dans la Zone X. Changement total de point de vue donc, même s’il reste une constante entre les deux romans : la Zone X reste au coeur de l’intrigue. Qu’est-elle ? Comment se comporte-t-elle ? Comment expliquer les résultats (ou non-résultats) des différentes expéditions ? Autant de questions qui se posaient à l’issue de « Annihilation » et qui ne trouvent qu’à peine un début de réponse ici.

Et c’est un peu le problème de « Autorité ». Alors que le roman a grossi par rapport à son prédécesseur (on passe de 220 pages à 400), il n’apporte guère plus de réponses. Mais à la limite, ça peut se concevoir, Jeff VanderMeer ayant pris le parti de plonger le lecteur au coeur de la Zone X dans le premier volume, puis au coeur de l’administration qui la surveille dans le second (ce qui en soi ne manque pas d’intérêt). Gageons que les réponses seront données dans le troisième. Néanmoins, des réponses, j’en attendais un peu, et j’avoue être un peu resté sur ma faim sur ce coup-là. D’autant plus qu’on ne peut pas se reposer sur l’action du roman, finalement assez lent (avec notamment pas mal de retours sur la vie passée du personnage principal qui certes aident à caractériser ce personnage assez complexe, mais n’ajoutent pas vraiment au dynamisme du texte) et dans le quel il ne se passe pour ainsi dire pas grand chose, ce qui sur près de 400 pages pose tout de même question. C’est certes un parti-pris de l’auteur qui a choisi d’écrire un roman à l’image de ce qu’il décrit : un Rempart Sud qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Alors qu’il continue d’essayer de comprendre la Zone X, il est devenu, sans doute sans s’en rendre compte, comme léthargique, en pleine calcification administrative. Mais tout de même, j’ai l’impression que l’auteur aurait pu faire plus court.

Et donc le lecteur découvre petit à petit cette décrépitude du Rempart Sud à travers les yeux de John Rodriguez (qui se fait surnommer Control), directeur fraîchement nommé à sa tête depuis la disparition de la directrice précédente, et pour cause (les lecteurs de « Annihilation » comprendront vite pourquoi) ! Obligé de faire face aux réticences de la directrice adjointe qui semble être une fervente défenseur de la disparue, de faire le tour des services (notamment celui des sciences qui ne semble plus donner de résultats depuis bien longtemps) et de comprendre ce qui ne va plus au sein de cette administration, Control va peu à peu être plongé au coeur du problème, au risque de s’y perdre totalement alors que le marasme du Rempart Sud semble s’emparer de lui.

L’ambiance est là (VanderMeer sait y faire, il l’a déjà prouvé superbement avec « Annihilation »), ce sentiment d’étrangeté, qui s’installe petit à petit, qui s’insinue aussi bien dans la tête de Control que dans celle du lecteur. Mais les quelques « flashes » qui tendraient à amener un début de révélation/action sont trop souvent aussitôt désamorcés pour tenir vraiment en haleine, alors que bien des choses demandent explication. Pourtant on s’accroche, ces micro-flashes d’adrénaline, de tension et d’étrangeté semblant tendre vers un début de compréhension de ce qui se passe vraiment. Mais le côté weird de l’auteur, à nouveau présent, bien que sous une forme bien différente de « Annihilation », joue à plein et le lecteur comme Control nagent en plein mystère sans parvenir à assembler les morceaux de ce curieux puzzle…

VanderMeer a pris un pari bien osé avec ce roman, auquel je ne suis pas sûr d’adhérer totalement. Pourtant le texte fait parti de cette frange étrange d’écrits qui en tant que tels n’emballent pas le lecteur mais desquels on a bien de la peine de décrocher. Et finalement, force est de constater que j’ai avalé ce roman en quelques jours, preuve qu’il y a tout de même un petit quelque chose qui fait le job, notamment une dernière partie qui lâche enfin un peu les chevaux, sans toutefois éclairer grand chose de la trame globale.

Alors est-ce une déception ? Oui et non. Oui si on le compare à « Annihilation » qui lui reste nettement supérieur, non si on admet qu’il est tout de même efficace à sa manière toute personnelle. Et maintenant que j’en suis là, je ne pourrai évidemment que me précipiter sur le troisième volume, pour enfin tenter de comprendre ce qu’il se passe avec cette satanée Zone X, ce lieu étrange qui semble à la fois vivant, dangereux, et qui n’a sans doute pas fini de nous surprendre.

 

Lire aussi les avis de Samuel, Gromovar, Blackwolf, Just a word, Charybde2.

 

  
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