Le sang du dragon, Dragon Blood tome 1, de Anthony Ryan

Posted on 18 janvier 2018
L’envie de lire de la fantasy, tout simplement, voilà ce qui m’a poussé à lire ce roman. Les critiques élogieuses lues ici ou là aussi bien sûr. Et puis finalement la quasi certitude que la fantasy proposée par Anthony Ryan sortait un peu des sentiers mille fois battus. Et je me suis donc enfilé ce gros pavé de 700 pages. 700 pages, c’est un peu une prise de risque : ça peut être une superbe aventure ou bien un truc lourd et indigeste…

 

Quatrième de couverture :

À travers les vastes territoires contrôlés par le Syndicat Négociant d’Archefer, rien n’est plus prisé que le sang des dracs, donnant d’immenses pouvoirs à de rares élus. Mais les lignées de dracs s’affaiblissent et l’équilibre du monde est menacé. On raconte que seuls les pouvoirs du drac-Argent, plus puissants que tous les autres, pourraient le rétablir. Afin de débusquer cette créature légendaire, le Protectorat enrôle Claydon Torcreek, un voleur aux facultés secrètes. Pour sa mission en territoire ennemi, il recevra l’aide d’une vénéneuse espionne et d’un intrépide officier, lors d’un tumultueux périple aux confins des mers. Tous trois devront lutter contre le déclin de l’empire… ou disparaître avec lui.

 

Des dragons au cœur des ténèbres

Et donc… Ce fut indigeste ! Pourtant j’avais envie de l’aimer ce roman. Il faut dire qu’il a pas mal d’arguments à proposer, avec notamment  une belle originalité dans l’univers proposé. En effet, alors que le genre fantasy est souvent engoncé dans une géopolitique médiévale à base de royaumes ou d’empires, ici pas de ça. Anthony Ryan a pris le parti de laisser tomber les nations et de mettre en place un système basé sur les corporations financières et commerciales, où le capitalisme et la finance règnent en maîtres (avec un système de castes à l’avenant : actionnaires, administrateurs, etc…). Seul l’Empire Corvantin continue tant bien que mal à garder son indépendance « géographique » alors qu’à l’inverse les Mandinoriens ont échangé leurs anciens privilèges (et donc leur frontières, qui de fait n’existent plus) contre… des actions ! Comme l’explique très bien et nettement mieux que moi Apophis, on a l’impression de voir un monde de fantasy croisé avec les codes du cyberpunk. Question originalité, on est donc servi.

Mais ce n’est pas tout. Le roman propose sa dose de dragons bien sûr (appelés dracs), vu son nom le contraire aurait été étonnant. Sauf que ces dragons n’ont rien des terribles créatures déchaînant feu et désolation que l’on connaît. Ici, ils sont réduits à un « produit de consommation », élevés à la chaîne puisque leur sang permet de produire du liquide qui, lorsqu’il est ingéré par les « Sang-Bénis » (très rares parmi la population humaine), développe des pouvoirs magiques (télépathie, endurance exceptionnelle, télékinésie, etc…). Sauf que cet élevage intensif à tendance à diluer la puissance du produit. Solution : partir à la chasse aux dragons sauvages, ceux qui peuplent le continent encore peu exploré de l’Arradsie. Et pour cela, rien de mieux que de faire appel à quelques troupes de mercenaires indépendants (oui, encore un truc qui sonne cyberpunk) qui, bien équipés (la technologie relève plus ou moins du steampunk mêlé aux armes à feu), pourront ramener quelques belles prises à échanger contre monnaie sonnante et trébuchante.

Le roman nous permet de suivre trois personnages distincts, avec d’une part Lizanne Lethridge, une espionne, chargée par le Syndicat d’Archefer (la plus puissante firme de ce monde) de récupérer un artefact censé le mettre sur la piste du mythique drac d’argent, créature à même de solutionner le problème des dracs devenant de plus en plus rachitiques. D’autre part, nous, suivons Claydon Torcreek, un Sang-Béni non enregistré par le Syndicat, donc illégal (un sans-papier finalement), qui va être enrôlé de force dans la compagnie de mercenaires de son oncle pour aller au coeur de l’Arradsie à la recherche de la dernière expédition disparue alors qu’elle tentait de mettre la main sur le fameux drac d’argent. Enfin, dernier personnage important, Corrick Hilemore, sous-lieutenant engagé sur un navire de la flotte maritime du Syndicat, à la poursuite d’un bateau pirate menaçant les intérêts de la puissante firme. Tous ces personnages vont suivre leur histoire chacun de leur côté, le tout étant bien évidemment plus ou moins lié.

Mais alors, avec toute cette mise en place qui nous change du setting plan-plan médiéval-fantastique habituel, pourquoi la sauce n’a-t-elle pas pris ? D’une part car je n’ai ressenti aucun attachement, aucune empathie envers les personnages, suivant leurs aventures de manière détachée, pour finalement être indifférent à ce qui leur arrivait. Question implication du lecteur, c’est évidemment un problème. Autre souci : une certaine confusion dans cet univers dense et riche mais qui manque parfois un peu d’explications. On nous parle Syndicat, Protectorat, etc… mais on a quand même du mal à comprendre qui fait quoi, qui sert qui, qui appartient à quoi. Un article sur le blog de l’auteur n’est pas trop pour y voir un peu plus clair (il y en a un autre sur la complexe chronologie de l’univers ainsi qu’un volumineux dramatis personnae. Ces articles ne seraient-ils pas un aveu masqué de l’auteur sur le manque de clarté de son pourtant bel univers ?)… Idem pour les pouvoirs magiques, aux effets pas toujours très bien expliqués (« Ha bon, il peut faire ça s’il avale ce produit ? On ne me l’avait pas dit avant, mais ça tombe curieusement bien dis donc ! »). J’ai au départ pensé à un truc à la Sanderson avec ces pouvoirs type « super-héros », mais ce dernier maîtrise nettement mieux les ficelles magiques de ses univers. Enfin, dernier problème, j’ai eu du mal à mettre dans l’ordre tout ce qui concernait le drac d’argent, entre la dernière expédition connue et certains « effets » du drac d’argent (que je ne dévoilerai pas ici pour ne pas spoiler). Certaines révélations tombent ainsi un peu comme un cheveu sur la soupe sans que l’auteur n’ait fait monter la sauce avant, du coup ça fait flop (désolé pour ces termes plus ou moins culinaires… 😀 )…

Pourtant, certains passages sont plutôt réussis, voire même particulièrement aboutis, comme les palpitantes batailles navales (gros point fort du roman même si elles restent peu nombreuses), ou quelques autres moment bien épiques mais mon intérêt initial s’est peu à peu étiolé devant les défauts relevés plus haut. Et c’est bien dommage car ce roman, à l’évidence dense et bien touffu (on n’est clairement pas dans la fantasy mille fois lue, il faut accorder ça à Anthony Ryan), aurait dû me plaire. Mais le mal était fait, et ce n’était pas la dernière partie concernant Claydon Torcreek, confuse au possible, qui allait relever le niveau.

Un coup pour rien donc, qui ne m’incite pas à poursuivre ce cycle de l’auteur. Mais le romancier a ses fans, j’ai d’ailleurs un peu l’impression d’être l’un des rares à ne pas avoir apprécier ce roman. Tant pis, j’ai bien d’autres romans à même de me satisfaire sur ma PAL.

 

Lire aussi les avis de Apophis, Gkone, Phooka, Phenix Web, Oihana, Mickaël Barbato, Chouquette.

 

  
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