Sous le vent d’acier, de Alastair Reynolds

Posted on 25 janvier 2018
Deux ans et demi, c’est un délai un peu long entre deux tomes d’une trilogie. Heureusement que ce deuxième volume du cycle « Les enfants de Poséidon » de l’écrivain britannique Alastair Reynolds ne reprend pas là où s’est arrêté le roman précédent… Il n’empêche que j’ai quand même fait un petit rattrapage express en relisant le dernier quart de « La Terre bleue de nos souvenirs » en diagonale, histoire de me rafraîchir les idées. Avec toujours cette impression persistante que ce premier volume était une sympathique introduction à quelque chose de plus vaste et plus intéressant…

 

Quatrième de couverture :

L’une vite sur Terre dans un monde qui change tandis que l’humanité explore de nouveaux modes d’existence. L’autre est partie dans l’espace lointain enquêter sur l’ultime périple d’Eunice Akinya et sa découverte d’une science physique révolutionnaire. La troisième voyage à bord d’un vaisseau générationnel à des années-lumière de la Terre, vers une planète abritant un fascinant labyrinthe extraterrestre. Toutes trois sont une seule personne : Chiku Akinya, et revêtent une importance capitale pour notre avenir dans l’espace. Et toutes trois sont en grave danger…

 

Tome 1 plus plus

Et je n’avais pas tort ! Alors certes « Sous le vent d’acier » ne corrige pas les petites imprécisions du tome 1 à propos desquelles il va falloir faire son deuil (notamment sur la partie économique de la Terre, ce qui a conduit à l’avènement économique de l’Afrique, ce que sont devenus les pays occidentaux, etc…), mais c’est pour mieux repartir sur une intrigue qui met nettement moins de temps à démarrer ! Adieu le premier tiers un peu mou du genou de « La Terre bleue de nos souvenirs », ici la mise en place est rapide, efficace et nous met tout de suite dans le bain.

Deux cents ans se sont donc écoulés depuis le roman précédent, et nous suivons Chiku Akinya, la fille de Sunday et Jitendra, bien connus des lecteurs du premier tome. Ou plutôt trois versions d’elle même puisque la technologie s’est entre temps très nettement développée et permet maintenant de se cloner (je vous passe les détails techniques) et de multiplier les expériences. Une version de Chiku (appelée Chiku jaune) va donc rester sur Terre tandis qu’une autre (Chiku verte) embarque sur un énorme vaisseau générationnel en direction de la planète Creuset découverte dans « La Terre bleue de nos souvenirs ». La troisième, Chiku rouge, va tenter de retrouver le vaisseau dans lequel a embarqué la célèbre Eunice Akinya, comme nous l’apprenait également le volume précédent. Clonage donc, mais aussi voyage interstellaire à « faible » vitesse : une fraction de la vitesse de la lumière tout de même (grâce à une technologie « exotique »), ce qui, couplé avec une espérance de vie décuplée grâce aux biotechnologies, permet à Alastair Reynolds de nous offrir un récit s’étalant sur plus d’un siècle sans avoir à changer les personnages (du moins pas tous…). A ces deux thèmes essentiels viennent également s’ajouter le trans voire le post-humanisme (une partie de l’humanité s’est modifiée pour vivre sous l’eau), mais aussi l’évolution génético-technologique (l’élévation ou la provolution telle que décrite par David Brin dans son fameux cycle de « L’Élévation ») de certaines formes de vie (les éléphants sont à nouveau à l’affiche), ou bien les intelligences artificielles et leur éventuelle émancipation (sans aller toutefois jusqu’à la singularité technologique, le Police Cognitive veille au grain et les intelligences trop intelligentes étant interdites). Les amateurs de hard-SF seront donc comblés même si l’auteur s’offre plus de libertés que dans le tome précédent grâce à un récit se passant plus loin dans le futur (24è et 25è siècles tout de même).

Et donc, « Sous le vent d’acier » est un récit rythmé, passionnant par moment, même s’il y a d’inévitables trous d’air ici ou là. Sa structure n’est pourtant pas si éloignée de « La Terre bleue de nos souvenirs » puisque certains événements nous conduisent à nouveau à faire le tour du système solaire, mais le tout est mieux maîtrisé, avec un récit qui prend clairement plus d’ampleur. Oui, il y a du sense of wonder devant ces gigantesques caravanes générationnelles (des dizaines de vaisseaux qui naviguent en escadron, et quand je parle de vaisseaux, je parle d’énormes astéroïdes évidés d’une cinquantaine de kilomètres de diamètre pouvant accueillir une dizaine de millions d’habitants !), ou bien devant ces communications qui mettent des dizaines d’années avant de parvenir aux destinataires, d’où un récit au long cours avec pas mal d’ellipses temporelles, oui on se dirige enfin vers cet objet inconnu qu’est Creuset et ce fameux Mandala, et oui nous ne sommes pas seuls dans l’univers !

Et donc je n’avais pas tort en disant que le premier tome de ce cycle était une (trop) vaste introduction à quelque chose de plus ample, plus… mieux ! De là à dire que l’auteur a un peu tiré à la ligne suite à la signature d’un juteux contrat portant sur la livraison de dix romans… Ceci dit, ne boudons pas notre plaisir, Reynolds nous donne ici un très bon roman qui, même s’il tire encore un peu en longueur sur la dernière partie, ne manque pas d’attrait. Et je n’attendrai certainement pas aussi longtemps pour lire le troisième et dernier tome, intitulé « Dans le sillage de Poséidon ».

 

Lire aussi les avis de Lune, Apophis, Cédric, Herbefol, Ksidraconis.

 

  
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