Le fini des mers, de Gardner Dozois

J’ai pris un peu de retard dans la collection « Une heure-lumière » du Bélial’. Et comme de nouveaux textes ne vont pas tarder à sortir, il est temps de rattraper ceux que j’avais un peu laissés de côté dernièrement. Commençons avec Gardner Dozois et son récit « Le fini des mers ».

 

Quatrième de couverture :

Un jour, ils débarquèrent, comme tout le monde l’avait prévu. Tombés d’un ciel bleu candide par une froide et belle journée de novembre, ils étaient quatre, quatre vaisseaux extraterrestres à la dérive tels les premiers flocons de la neige qui menaçait depuis déjà une semaine. Le jour se levant sur le continent américain, c’est là qu’ils atterrirent : un dans la vallée du Delaware vingt-cinq kilomètres au nord de Philadelphie, un dans l’Ohio, un dans une région désolée du Colorado, et un (pour un motif inconnu) dans un champ de cannes des abords de Caracas, au Venezuela…

 

Arrival

« Le fini des mers » début comme une classique histoire d’invasion extraterrestre. Une invasion « calme » puisque les quatre vaisseaux qui se sont posés sur Terre (trois aux US, et un (pour un motif inconnu nous dit-on, comme si atterrir ailleurs qu’aux USA était ridicule, bonjour l’américanocentrisme…) au Venezuela) restent clos et leur but bien mystérieux (à la manière du film « Arrival »/« Premier contact » donc, ce que la couverture d’Aurélien Police souligne parfaitement). Narration objective, froide, factuelle. Rien de renversant donc.

Et puis arrive l’histoire de Tommy, comme une façon de raconter cette invasion « par la bande ». Tommy est un jeune garçon qui vit chez ses parents, avec une mère effacée et soumise et un père violent. L’école n’est pas vraiment un échappatoire pour lui, les professeurs ne s’intéressent pas à lui, ne le comprennent pas (et ne cherchent pas à le faire), le brident. Mais Tommy a un secret : il voit des choses, des êtres appelés les Autres.

Ces deux narrations très différentes s’alternent tout au long du texte. Deux narrations qui au fond illustrent la même chose : l’humanité est stupide et destructrice. D’un côté, les grands de ce monde, n’arrivant pas à communiquer avec les extraterrestres, tentent des actions frisant la folie. De l’autre, les adultes ayant perdu contact avec leur jeunesse « cassent » ceux censés leur succéder. Dans les deux cas, face à l’inconnu, c’est la violence qui s’exprime.

Et aveuglée par cette violence, l’humanité ne parvient pas à voir l’évidence, ce qui se trame derrière son dos. Car des IA, « créations informatiques » de l’humanité sont aussi de la partie, et la communication pourrait bien s’établir à travers elles, quitte à ce qu’elles outrepassent leurs créateurs. Du côté de Tommy, « création biologique » des adultes, lui seul apte à voir les Autres et donc à communiquer avec l’autre, c’est la création qui semble être la seule victime. Deux fils narratifs à la fois divergents et qui se rejoignent, là où l’issue du plan microscopique se situe à l’opposé de celle du plan macroscopique, alors que cette humanité qui se croit toute puissante risque d’apprendre à ses dépens qu’elle n’occupe peut-être pas la place la plus remarquable et remarquée sur notre bonne vieille Terre… Au temps pour l’anthropocentrisme !

Gardner Dozois , célèbre anthologiste récemment décédé (que j’ai également connu auteur sur « Le chasseur et son ombre » avec ses amis George R.R. Martin et Daniel Abraham mais aussi en solo avec l’excellent « L’étrangère ») alterne joliment ses deux intrigues pour mieux montrer leurs parallèles et leurs oppositions. Le résultat est très réussi, même si c’est clairement la partie axée sur Tommy (à la fois touchante, révoltante, dramatique) qui amène le texte à un niveau supérieur, d’autant plus que par certains aspects ce récit, qui affiche 45 ans au compteur, est parfois un peu daté. Rien de rédhibitoire ceci dit, et c’est à nouveau une novella qui ne manque pas d’intérêt et à la construction soignée que nous donne la collection « Une heure-lumière ».

 

Lire aussi les avis de Nebal, L’ours inculte, Yogo, Blackwolf, Just a word, Soleil vert, Feyd Rautha, Sylvain Bonnet, François Schnebelen.

Article publié dans le cadre des challenges Summer Short Stories of SFFF saison 4, par Lutin82.

 

  
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