Mage de bataille, tome 1, de Peter A. Flannery

Posted on 1 octobre 2018
Le voilà le lancement tant attendu du label « Imaginaire » des éditions Albin Michel. Un lancement annoncé depuis longtemps, teasé depuis presque aussi longtemps, avec un programme alléchant. Fantasy, fantastique, science-fiction, il y en a pour pour tous les goûts. Et puisqu’il faut bien commencer quelque part, attardons-nous ici sur le volet fantasy avec le tome 1 de « Mage de bataille » de Peter A. Flannery.

 

Quatrième de couverture :

Falco Danté est un gringalet dans un monde en guerre peu à peu conquis par l’armée infernale des Possédés. Pire, Falco est méprisé, mis à l’écart, à cause de son père qui fut un immense mage de bataille avant de sombrer dans une folie meurtrière. Alors que la Reine tente de rassembler toutes les forces armées pour repousser les Possédés, Falco prend une décision qui va l’amener aux marges du désespoir : il va entrer à l’académie de la guerre, une école d’excellence pour les officiers. Là, il devra surmonter ses doutes, ceux de ses amis et même ceux de la Reine.

Le monde brûle ; seul un mage de bataille pourra sauver ce qu’il en reste. Falco réussira-t-il à libérer son pouvoir, à invoquer un dragon à sa mesure ou succombera-t-il à la folie… comme son père ?

Porté par son héros meurtri, condamné à se dépasser face au mal absolu, « Mage de bataille » a rencontré un formidable succès dans les pays anglo-saxons.

 

Harry Potter Falco Danté à l’école des sorciers mages de bataille

Oui, avec le titre ci-dessus, vous voyez déjà où je veux en venir. Sans aller jusqu’à dire que « Mage de bataille » est un clone de « Harry Potter », il faut bien admettre qu’avec ce roman on navigue en terre connue, pour peu qu’on ait un minimum de connaissances du genre fantasy. Oui on a un jeune héros un peu faible physiquement mais qui pourrait bien se révéler très puissant, oui son ascendance prestigieuse a été déchue et a disparu quelques années auparavant, oui il a des ami(e)s, nobles ou pas, très capables dans divers domaines et qui pourraient eux aussi avoir une grande destinée, oui on a un événement dramatique et fondateur dévoilant en quelque sorte le potentiel du héros, oui on a des dragons, oui on a une école pour former cette jeunesse à la protection du royaume, oui on a des brimades dans cette école, oui on a des professeurs-mentors, et j’en passe…

Bref, vous voyez le topo. Le terme fantasy classique pourrait difficilement trouver un meilleur représentant que « Mage de bataille », à ce ci près qu’il n’y a pas de races « exotiques » (elfes, nains, etc…), seul élément « moderne » permettant de dissocier le roman d’avec la fantasy des années 80. Car en dehors de ça, « Mage de bataille » fleure bon la fantasy du siècle dernier. Le genre a évolué depuis et a montré qu’il était capable de sortir du carcan tolkiennien de toutes façons difficile voire impossible à améliorer. Mais Peter A. Flannery, en bon écossais têtu peut-être, a décidé de naviguer à contre-courant et de revenir à une fantasy old-shool, ce qu’Albin Michel et son directeur du label « Imaginaire » Gilles Dumay voient comme une belle introduction au genre. Et il est vrai qu’un nouveau lecteur, en commençant par ce roman, aurait devant lui un bel éventail de progression.

Mais n’allez pas croire pour autant que cet ultra-classicisme dessert le roman ! Car « Mage de bataille » connait sa leçon par coeur, et même s’il coche une bonne partie des cases du bingo de la fantasy (on verra avec le tome 2 pour les cases manquantes… 😀 ), il le fait avec un certain panache. Ainsi, on ne peut pas nier un certain attachement à ses héros « appelés sous les drapeaux », même si les surprises sont peu nombreuses, là encore du fait d’un récit sans doute trop balisé. De même, les scènes d’action, notamment dans la première moitié, ne manquent pas de puissance et Peter A. Flannery sait incontestablement ce qu’épique veut dire.

Donc de l’intérêt il y en a dans cette lutte semblant désespérée entre le monde des hommes et celui des démons, ces derniers étant à mi-chemin entre le mal absolu « à la Tolkien » et un mix entre démons et morts-vivants issus de « Warhammer » (d’ailleurs, les batailles incluant ces terribles démons font presque résonner les dés sur la table : on sent bien les tests de terreur qui échouent et les bataillons qui se débandent, tandis que la haute valeur de commandement du mage de bataille (personnage rare et très puissant, ça vaut un paquet de points d’armée ça ! 😀 ) contre cet effet démoniaque… On retrouve aussi certaines mécaniques de gameplay issues des jeux vidéo MMORPG avec les tanks, les DPS, les buff/debuff, etc…). Même si c’est très manichéen pour le moment (et honnêtement, je doute que ça change dans le tome 2, mais sait-on jamais !), fantasy classique oblige.

Il y a tout de même un belle trouvaille du côté de la magie. Le mage de bataille est en effet, en plus d’être un redoutable combattant, un magicien capable de sortir ses sorts (boules de feu, etc…) les uns après les autres à la vitesse de l’éclair (haha), mais on trouve d’autres types de magiciens, les thaumaturges, qui eux, ont besoin de se concentrer et de préparer leurs sorts durant plusieurs heures voire plusieurs jours. Peu utiles sur le champ de bataille a priori, mais leur utilité est ailleurs… Et puis il y a les dragons. Créatures dont on sait finalement encore relativement peu de choses, on sent bien que leur plein potentiel et l’aura de mystère qui les entoure ne seront dévoilés que dans le deuxième tome, même si là aussi on sent quelques illustres influences, comme un lien entre le dragon et son mage de bataille associé, un peu à la manière d’Anne McCaffrey dans son monde de Pern entre les dragons et les chevaliers-dragons.

« Mage de bataille » nous offre donc un roman d’apprentissage efficace et bien mené, qui contrebalance son manque de surprises par une certaine efficacité dans la narration et qui a le bon goût de ne pas s’étaler sur 15 tomes. Un seul volume conséquent en VO qui nous en donne deux en France, mais cela permet d’avoir une intrigue qui avance de façon régulière (même si la partie à l’école des sorciers mages de bataille reste un poil longuette, surtout pour ceux que ce genre de passage obligé saoule un peu…), sans trop de passages insistant inutilement sur un background qui, de toutes façons, n’a guère d’originalité à nous proposer.

Ça fonctionne donc, sans que ça fasse relever le lecteur la nuit. Mais ça se lit tout seul, et j’avoue même avoir dévoré quelques passages, moi qui suis bien conscient que ce type de fantasy n’est plus tout à fait ce qui me fait vibrer aujourd’hui. Un bonne première moitié donc (traduite par Patrice Louinet et illustrée par Alain Brion), et on attendra la deuxième partie pour juger l’oeuvre dans son entièreté. Une deuxième partie (parution prévue début 2019 il me semble) qui va très certainement lâcher les chevaux, et ce de manière très spectaculaire. Entre dragons et démons, ça va chauffer !

 

Lire aussi les avis de Apophis, Lutin.

 

  
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