L’épée de Rhiannon, de Leigh Brackett

Posted on 18 mars 2019
Il y a un longtemps que je voulais m’attaquer aux récits de Leigh Brackett, à commencer par ses textes se déroulant sur la planète Mars, envie revigorée après avoir vu le film « John Carter », lui-même adapté des romans martiens d’Edgar Rice Burroughs. Peu après ce film, je me suis donc procuré « Le cycle du guerrier de Mars » de michael Moorcock et le gros recueil « Le Grand Livre de Mars » de Leigh Brackett regroupant trois romans et cinq nouvelles, tous ces récits s’inscrivant très clairement dans la droite lignée de ceux de Burroughs, en mettant en scène une planète Mars fantasmée dans un cadre relevant autant de la SF que de la fantasy. Et comme j’ai décidé d’éclater la lecture du recueil de Leigh Brackett en plusieurs morceaux, voici ici le premer texte, « L’épée de Rhiannon ».

 

Quatrième de couverture (tirée du recueil « Le Grand Livre de Mars ») :

La scénariste de L’Empire contre-attaque au sommet de son art…

Mars. La rouge. La sèche. L’immortelle. Mars où les empires s’entrechoquent et s’effondrent, où les héros naissent à l’ombre d’oriflammes barbares. Mars, où la fierté d’un héritage culturel indicible et millénaire. Mars des secrets. Du pouvoir. De la mort. Mars du souvenir…

Au programme de cette édition exceptionnelle, dans des traductions totalement révisées et réunies pour la première fois :

  • L’Épée de Rhiannon
  • Le Secret de Sinharat
  • Le Peuple du talisman
  • Les Terriens arrivent

Le tout encadré d’une préface inédite de Michael Moorcock, d’une large postface biographique signée Charles Moreau et d’une bibliographie exhaustive.

Si Leigh Brackett (1915-1978) est mondialement connue pour avoir scénarisé des films aussi célèbres que Le Grand sommeil (coécrit avec William Faulkner), Rio Bravo ou encore L’Empire contre-attaque, celle qui fut la compagne d’un des plus grands auteurs de l’Âge d’Or, Edmond Hamilton, demeure avant tout une romancière de tout premier plan qui a donné ses lettres de noblesse à la science fantasy.

Ici, Leigh Brackett évoque Mars avec une puissance poétique digne de Ray Bradbury, dont elle fut l’amie et la confidente alors qu’il rédigeait les Chroniques martiennes. Elle a de fait influencé des générations d’écrivains, au premier rang desquels Michael Moorcock, qui reconnaît chez cette grande dame des littératures de genre l’une de ses inspirations fondatrices.

 

Mars la bleue !

Mars, l’ultime frontière… Ah non, pardon, je me suis trompé de saga…^^ Mais en tout cas, au moment de l’écriture de ce récit, initialement paru en 1949 dans la revue pulp « Thrilling wonder stories » puis en volume en 1953 (accompagné du récit de Conan « L’heure du dragon » de Robert E. Howard, c’est donc ce qu’on appelle un volume de qualité !), Mars fascinait. Il y eut bien sûr H.G. Wells et ses envahisseurs martiens de « La guerre des mondes » puis l’inévitable Edgar Rice Burroughs et son immense cycle composé de plus d’une dizaine de romans ou recueils écrits sur quatre décennies. Leigh Brackett a mis son grain de sel dans la littérature martienne avec plusieurs récits se déroulant sur la planète rouge, dont « L’épée de Rhiannon ».

Alors donc, puisqu’on parle de Mars habitée, on doit sûrement nager en plein SF, n’est-ce pas ? Hé bien oui, mais non. Ou plutôt oui et non. Car si le départ du récit relève en effet de la SF (un futur indéterminé, quelques termes et objets techniques), on tombe rapidement sur de la pure heroic-fantasy. Comment ? Tout simplement en renvoyant le héros du texte, Matthew Carse, archéologue/pillard/voleur/Indiana Jones-pas-loin-du-côté-obscur, dans un lointain passé suite à la découverte d’un artefact dans une ancienne tombe. Et quand je dis lointain, je parle d’un millions d’années, rien que ça !

Et un million d’années dans le passé, c’est trouver une planète Mars avec végétation, océans liquides et plusieurs nations qui, bien sûr, ne manquent pas de se battre (avec une technologie plus ou moins moyenâgeuse), sinon ce ne serait pas drôle. Et Matthew Carse se retrouve donc catapulté sur un monde radicalement transformé par rapport à ce qu’il connaît, un monde qui va évidemment se voir quelque peu bousculé par sa présence. Tout est donc à redécouvrir, une technique narrative qui permet au lecteur de rapidement se mettre dans la peau du héros puisqu’il découvre ce monde en même temps que lui.

« L’épée de Rhiannon » est un roman qui va à l’essentiel : la narration est totalement linéaire en suivant chaque pas de Matthew Carse, l’action est omniprésente et prend largement le pas sur des personnages à la psychologie rudimentaire dont on ne connaîtra rien ou presque de leur passé, ce qui leur aurait pourtant donné une épaisseur bienvenue mais aurait sans doute dévié de l’intrigue principale et des actions du héros qui restent l’unique priorité de Leigh Brackett. Vous allez me dire après ça que ce roman n’a pas l’air très emballant. Et vous auriez tort ! Certes, on n’est pas dans la grande littérature, mais c’est ultra efficace, très rythmé, les péripéties se succèdent sans laisser au lecteur le temps de souffler, le tout dans un style d’une clarté exemplaire : Brackett installe des ambiances, des situations et des personnages en peu de mots mais la magie opère toujours, c’est assez remarquable. Et parfois, au détour de quelques phrases, on trouve quelques éléments à peine effleurés qui donnent une sorte de cosmogonie primitive et du même coup un peu de consistance à une culture martienne qui restera malgré tout assez parcellaire.

Mais l’essentiel dans tout ça c’est que ce roman, bien écrit et incontestablement bien mené, fait souffler le vent de l’Aventure avec un grand A, celle qui avait cours à l’époque de l’âge d’or de la SF. Si tant est qu’on soit sensible à ce genre de texte, à aucun instant on ne s’ennuie, les pages défilent et on arrive à la conclusion du récit (court, 160 pages en grand format) tout ébouriffé par ce qu’on a vécu. En introduction, on aura noté via la préface de Michael Moorcock l’importance que Leigh Brackett (une des rares autrices de SF de l’époque, mais parmi les plus importants écrivains d’alors, au-delà même des considérations de genres, épouse d’Edmond Hamilton et qui aura eu une riche carrière, l’amenant bien sûr à ce pour quoi elle est sans doute plus connue : l’écriture du scénario de « L’empire contre-attaque ») aura eu sur la SF d’alors mais aussi sur bon nombre d’écrivains qui ont suivi. Quand on lit « L’épée de Rhiannon », on perçoit, même s’il n’est pas reconnu comme son meilleur roman, ce que l’auteur d’Elric a voulu dire, alors que lui-même, et il ne s’en cache pas, lui doit beaucoup. En bref, on tient là du pulp qui fait du bien par où il passe ! À suivre…

 

Lire aussi les avis (essentiellement sur le recueil entier) de Patrice Lajoye, Simatural, Manu B., Les chroniques du chroniqueur, A.C. de Haenne.

 

  
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