Jamaiplu, de Josiane Balasko

Posted on 4 novembre 2019
On pourrait trouver curieux de voir un article sur un livre de Josiane Balasko sur ce blog. Et pourtant. Car avec « jamaiplu », l’actrice-écrivaine tape dans le mille puisque son recueil n’est rien d’autre qu’un recueil de nouvelles fantastique et SF. Hé oui, on ne l’attendait pas sur ce secteur mais Balasko est une amatrice de SF, elle a fait ses gammes, connait bien son sujet et livre avec « jamaiplu » un recueil qu’il aurait été facile de conspuer mais qui s’avère finalement tout à fait savoureux.

 

Quatrième de couverture :

Quel est le point commun entre :
une jeune femme qui parle aux animaux
une vie de chien
un scénario mortel
un enfant trop curieux
des fantômes rigolards
des zombies très affectueux
un goûter entre filles
et un extraterrestre élevé en pot?

Réponse :
Josiane Balasko !

Avec ce recueil de nouvelles drôles, tendres ou amères, l’actrice préférée des Français, artiste aux multiples talents, jette un regard sensible et acerbe sur notre temps.

 

Varié et agréable

On aurait tort d’avoir un avis préconçu sur ce recueil de nouvelles de genres dès lors qu’il est signé Josiane Balasko, actrice bien connue mais qu’on n’imaginait pas débarquer dans nos littératures favorites. Oui mais. Parce que déjà, en ouverture du recueil, elle rend hommage aux auteurs qui ont bercé sa jeunesse :

A tous les magiciens qui m’ont fait voyager dans leurs multiples dimensions, Fredric Brown, Arthur C. Clarke, Jean Ray, John Wyndham, Ursula K. Le Guin, Ray Bradbury, Cordwainer Smith, et tant d’autres encore, un bien modeste hommage pour avoir enchanté ma jeunesse.

Voilà qui est des plus engageants. Il est donc évident que le fait de s’attaquer au genre SFFF ne lui est pas venu sur un coup de tête. Non, Josiane Balasko a lu de la SF et la connaît bien (du moins la SF « classique », pour ce qui est de la SF contemporaine je ne me prononcerai pas). Voilà pour ce qui est de la légitimité (mais est-il besoin d’une quelconque légitimité pour écrire de la SF après tout ?).

Pour ce qui est du recueil en lui-même, sans être particulièrement exceptionnel, il fait clairement bien le job, et dans son hommage ci-dessus, la référence à Fredric Brown est tout à fait appropriée. Les nouvelles présentes au sommaire ne manquent en effet pas d’humour, notamment « Histoire sainte » sur les questions pertinentes et im…pertinentes que ne manquent pas de poser les enfants ou bien « Adopteunzombie.com » sur cette invasion de zombies collants et trop affectueux. Si ce dernier texte n’avait pas été sur le ton d’une chronique, on aurait pu y retrouver clairement le Fredric Brown de « Martiens, go home ! ». De l’humour il y en a aussi dans « Le temps de l’homme », avec cette femme dans un futur indéterminé qui regarde une vidéo de quatre amies se racontant leurs aventures sexuelles. C’est assez cru, mais surtout très amusant. Jusqu’à la chute, qui fait prendre au texte une tournure assez radicalement différente, avec un questionnement sous-jacent qui ne manque pas d’intérêt. Josiane Balasko aime d’ailleurs visiblement les nouvelles à chute puisque « Le Boss » appartient également à ce registre. Sans trop en dire, le texte joue sur les différences de perception du monde et de comportement entre un chien et nous, humains. Là encore c’est amusant, léger, sans doute déjà vu mais efficace malgré tout. Et puis arrive la chute, avec là encore une bascule radicale du ton du récit, je dois avouer en avoir eu quelques frissons. Excellent donc.

Mais il n’y a pas que de l’humour dans ce recueil. On trouve aussi des récits plus dramatiques comme « Un scénario d’enfer » et sa jeune réalisatrice de cinéma amenée à travailler pour un célèbre et influent producteur. Elle ne sait pas encore dans quelle machination elle vient de s’embarquer…La fin est touchante de mélancolie et d’injustice. Drame également, plus terrible encore, dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, « Jamaiplu ». Une jeune femme qui a le don de pouvoir communiquer de manière succincte avec les animaux, fait la rencontre d’un père et de sa fille handicapée. Tout en faux-semblant, le récit nous offre une narratrice au passé marqué par un accident de voiture qui lui a fait perdre ses parents, l’a en partie défigurée avec une vilaine cicatrice, et lui a donné la phobie de la conduite. Sa rencontre avec cet homme et sa fille, sous l’impulsion d’un corbeau (qu’elle appellera Jamaiplu, en hommage au poème « The raven » de Edgar Allan Poe dans lequel un corbeau répète avec insistance nevermore), va faire prendre au récit une tournure de thriller dramatique avec notamment, là encore, une fin particulièrement sombre. Une belle réussite.

Enfin, pour que le tableau soit complet, il faut dire également un mot sur « Les explorateurs », une histoire de fantômes enfermés dans une mine. L’arrivée de visiteurs à la recherche de sensations fortes va bouleverser leur petit train-train de fantômes. C’est amusant mais ça ne va pas bien loin. Et enfin, dans « Faites pousser un extraterrestre », un homme solitaire, collectionneur de vieux bibelots, magazines et jouets des années 70 et 80, met la main dans une étrange librairie sur un tas de vieux « Pif Gadget ». L’un des numéros offrait une graine pour faire pousser un extraterrestre chez soi, ce qu’il va s’empresser de faire. Ses rêves prennent alors une tournure particulière, et sa vie personnelle comme professionnelle va en être chamboulée. Amusante elle aussi, cette nouvelle s’avère pleine d’imagination et contrairement aux deux textes sus cités, est résolument optimiste. Un texte qui a tout du « feel good ». Très réussi.

Bonne surprise donc que ce recueil qui ne manque pas d’attraits. Josiane Balasko possède une belle plume, maniant avec finesse l’humour comme le drame. Sans en faire un incontournable du genre, « Jamaiplu » s’avère tout à fait honnête, et même par moment franchement recommandable. C’est tout ce que je demandais.

 

Lire aussi l’avis de Lune.

 

  
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