Les Monades Urbaines, de Robert Silverberg

Posted on 26 juillet 2011

Il est toujours difficile de critiquer une œuvre devenue classique, que dis-je, chef d’œuvre de la science-fiction. Car je n’ai la prétention ni d’en faire une étude approfondie, ni d’apporter un point de vue nouveau par rapport à la multitude de critiques déjà disponible sur Internet. Alors ce qui suit n’est que le point de vue d’un énième lecteur, un simple ressenti purement personnel.

 

Quatrième de couverture :

La planète Terre en l’an 2381 : la population humaine compte désormais plus de 75 milliards d’individus, entassés dans de gigantesques immeubles de plusieurs milliers d’étages. Dans ces monades, véritables villes verticales entièrement autosuffisantes, tout est recyclé, rien ne manque. Seule la nourriture vient de l’extérieur. Ainsi, l’humanité a trouvé le bonheur. Des bas étages surpeuplés et pauvres aux étages supérieurs réservés aux dirigeants, tous ne vivent que dans un but : croître et se multiplier. Plus de tabous, plus de vie privée, plus d’intimité. Chacun appartient à tout le monde. La jalousie et le manque n’existent plus. Contentez-vous d’être heureux. La monade travaille pour vous et maîtrise tout. Quand à ceux qui n’acceptent pas le système, les anomos, ils seront eux aussi recyclés. Pour le bien-être du plus grand nombre…

 

Une utopie devenue culte

Et plus qu’une utopie, c’est de dystopie dont il s’agit ici. Comme la plupart des dystopies, l’auteur nous expose un monde, ou plutôt un modèle de société qui semble idyllique. En effet, tout est mis en œuvre pour que les citoyens soient heureux : le problème de la surpopulation a été réglé, la liberté sexuelle est totale, la procréation est fortement encouragée, tous les moyens matériels nécessaires au bien-être sont disponibles, etc… Et au fur et à mesure de la lecture, le ver s’insinue dans la pomme. Que deviennent les contestataires ? Que connaissent les citoyens du monde extérieur ? Quid du désir d’évasion ?

Construit sur le principe des nouvelles entremêlées (7 chapitres en tout), dans lesquelles les personnages se croisent, chaque chapitre suivant un personnage en particulier, le roman se dévoile de fort belle manière. Le premier chapitre est d’ailleurs bien trouvé : un personnage est chargé de présenter les monades à un visiteur étranger (venant de Vénus, colonisée par les hommes). On y découvre leur principe de fonctionnement, les règles régissant cette société, et, déjà, certaines de ces failles. Au fur et à mesure que l’on avance, Robert Silverberg nous démontre à quel point une société en apparence idéale peut être finalement totalement liberticide pour ceux qui n’entrent pas dans le moule, et à quel point elle peut également « formater » ses citoyens, les rendant totalement hermétiques à toute autre culture (et le thème de la modification génétique induite par la société est plutôt intéressant)… Et bien sûr, le prix de cette société idéale est bien lourd : les personnes réfractaires, trop curieuses ou rebelles sont appelées « anomos », et doivent au mieux subir un lavage de cerveau pour être ensuite réinsérées, au pire être « recyclées » (je vous laisse découvrir ce qui se cache derrière ce terme).

Roman très froid dans l’écriture, « Les Monades Urbaines » laisse le lecteur maître de sa réflexion, sans que Silverberg ne lui force la main. On peut trouver surprenant cette apparente absence de jugement, j’ai trouvé cela très bien trouvé car le doute n’en devient que plus fort dans l’esprit du lecteur. En effet, on en vient à se dire que finalement, à la place des habitants des monades, on se serait sûrement laissé berner devant cette douce illusion du bonheur, et qu’il est important de rester vigilant sur le devenir de nos sociétés. Et l’impact du roman s’en trouve du même coup renforcé.

Alors oui, ce roman mérite bien son statut, de par ses thèmes de réflexion toujours d’actualité, les interrogations qu’il soulève dans l’esprit du lecteur sans lui prendre la main et son écriture particulièrement fluide malgré certains passages franchement datés comme le chapitre sur le joueur de vibrastar, particulièrement psychédélique, ou bien les nombreuses références au sexe, symboles de la libération sexuelle de l’époque de l’écriture du roman (1971).

Un roman glacial mais que je vous recommande chaudement !

 

Chronique réalisée dans le cadre du challenge du challenge « Les chefs d’œuvre de la SFFF » de Snow.

  
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