Persistance de la vision, de John Varley

Posted on 2 juillet 2012

Parfois au détour d’une librairie, on tombe sur quelques pépites SF. Comme ce recueil de nouvelles de John Varley, auteur dont le nom, à défaut des romans, m’est familier. Ce recueil dans son ensemble a gagné le prix Locus, alors que la dernière des nouvelles qui le compose a gagné les prix Nebula, Locus et Hugo. Sacré pedigree !

 

Quatrième de couverture :

Être homme ou femme, quelle importance quand on peut changer de sexe à volonté ? Être jeune ou vieux, beau ou laid, où est le problème quand l’ingénierie génétique vous rapetisse ou vous rallonge, vous greffe un oeil ou un poumon aussi facilement que vous rafistolez votre mobylette ?

Et la mort, direz-vous ? Eh bien, vous la saluerez d’un pied de nez puisque votre banque a stocké vos gènes et vous fabriquera un clone si vous succombez à un accident ! À condition, évidemment, que vous ne restiez pas coincé dans l’ordinateur…

Trois nouvelles stupéfiantes de drôlerie, d’imagination, qui renouvellement totalement la S.F. actuelle. Plus un long récit, celui qui donne son titre au recueil, où la satire et le loufoque cèdent la place à la tendresse et à la poésie.

 

Trois réussites, un chef d’oeuvre

Ce recueil est donc constitué de quatre nouvelles. La première, « Dans le chaudron », met en scène un touriste martien, géologue amateur, venu chercher sur Vénus des « pierres explosées ». Son expédition l’amènera a rencontrer Braise, une jeune fille. Et il n’est pas près de l’oublier ! Avec beaucoup d’humour, John Varley nous fait aimer ces personnages : aussi bien ce touriste un peu maladroit, que Braise, cette étrange gamine qui souhaite quitter la planète à tout prix… C’est très bien écrit, très agréable à lire, rondement mené, sans temps mort, avec de très beaux passages (notamment celui des pierres explosées toutes proches). Très efficace !

La deuxième nouvelle, « Dansez, chantez », une nouvelle fois amusante, originale et dans la mouvance 70’s, nous narre le voyage d’un couple symbiotique composé de Barnum, un humain, et son symbio Bailey. Chacun fournit à l’autre ce qu’il faut à sa survie (le symbio fournit nourriture, eau et oxygène à l’humain, l’humain fournit nourriture, eau et anhydride carbonique, le tout en cercle quasi-fermé). Ce couple débarque sur Janus, un satellite de Saturne, pour mettre en musique une pièce qu’ils ont imaginé. Ici on nage en plein psychédélisme, mélangeant sexe et musique jusqu’à une fin quasi-orgiaque. J’ai y vu comme un petit air de déjà-vu, avec le chapitre sur le joueur de vibrastar des « Monades urbaines » de Robert Silverberg. Sympathique, mais ça reste la nouvelle qui m’a le moins touché.

La troisième nouvelle, intitulée « Trou de mémoire », voit un homme désireux, pour s’amuser un peu, de passer quelque temps dans le corps d’une lionne. Il fait appel pour cela aux techniciens d’un Disneyland installé sur la Lune, qui y ont recréé la savane du Kenya. On transfère une « image » de son cerveau dans un holocube, qui se retrouve lui-même dans le cerveau d’une lionne. L’expérience peut alors commencer. Mais tout ne passera pas comme prévu lorsqu’il s’agira de retrouver son corps d’origine, et se retrouver coincé dans un ordinateur n’est pas facile à vivre, quand bien même le système fera tout pour recréer un environnement familier le temps de retrouver le corps égaré… Là encore traité avec beaucoup d’humour, on pourrait presque (je dis bien presque !) y voir un brin de hard-SF. D’une certaine manière, ce principe de sauvegarde du cerveau et renaissance possible dans un clone (avec une perte de mémoire due aux souvenirs manquants depuis le dernier enregistrement) se retrouve également dans le récent « Dans la dèche au Royaume Enchanté » de Cory Doctorow. Encore une fois drôle (mais toujours avec finesse, loin d’un humour potache), et efficace.

Ces trois nouvelles, typiques de leur époque dans leurs thématiques (et donc un brin datées par moment), sont toujours très agréables à lire : menées par un humour remarquable de finesse, elles font preuve d’une belle imagination, oscillant entre belle aventure et poésie délirante un brin psychédélique.

Mais la quatrième et dernière nouvelle justifie à elle toute seule l’achat de ce recueil. Elle se déroule dans une communauté de sourds-aveugles, qui ont su se créer un monde bien à eux : une communauté indépendante, régie par des règles strictes pour le bien de tout le monde, où tous les résidents travaillent pour le bien de tous, en totale harmonie, mais surtout terreau d’un nouveau mode de communication. Cette communauté accueillera un homme « normal », et il s’en trouvera changé. Je ne souhaite pas en dire plus sur cette nouvelle, mais sachez qu’elle est vraiment magnifique. Sans perdre son humour (bien qu’ici plus discrète), John Varley montre ici toute la subtilité dont il est capable. C’est un superbe réflexion sur la normalité, la communication. Émouvante, intelligente, d’une grande sensibilité et tout simplement belle, « Les yeux de la nuit » (« Persistence of vision » en version originale, d’où le titre du recueil, titre qui curieusement n’a pas été retenu pour la nouvelle…) doit sans doute faire partie des incontournables de l’auteur et mérite très largement tous les prix qu’elle a reçus. Le contexte est à peine SF, mais on s’en fout, c’est beau, lisez-la !

Chronique réalisée dans le cadre du challenge « Les chefs d’œuvre de la SFFF » de Snow.

 

  
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