Le temps du rêve, de Norman Spinrad

Grâce à la gentillesse de BiblioManu, rencontré pour la première fois aux Utopiales 2012 (comme quoi ce festival est vraiment un endroit hautement recommandable !), j’ai pu mettre la main sur le dernier roman de Norman Spinrad, dont le pitch me paraissait fort intéressant. Et malgré les mises en garde et la parution dudit roman dans une collection non-SF, je me suis plongé dedans avec avidité…

 

Quatrième de couverture :

Pour quelques dollars et quand vous le souhaitez, vivez la vie dont vous avez toujours rêvé ! Branchez le Dreammaster, sélectionnez le scénario de votre choix, fermez les yeux et laissez-vous glisser dans le sommeil. Une aventure dont vous êtes le héros, aux côtés de vos stars et icônes préférées !

Consommé comme une nouvelle drogue, le temps du rêve préprogrammé absente ses millions d’utilisateurs de la réalité. La vie réelle n’est bientôt plus que l’ersatz de la vie rêvée, parallèle, numérique, hyperconcurrentielle. Prisonnier de son addiction et d’une variété de choix qu’il confond avec la liberté, le dormeur s’enfonce dans l’enfer de l’aliénation. Pourtant, au gré des identités qu’il endosse (star, personnage célèbre, animal, virus, monstre, machine ou superhéros), il fait d’étranges rencontres. Des programmes pirates, infiltrés dans les failles de la matrice, et certains de ses désirs. Cauchemar ou opportunité ?

 

Rêve ou cauchemar ?

Premier choc de ce roman : tout passe par la deuxième personne du singulier. L’auteur s’adresse donc directement au lecteur, ne le laissant plus simple spectateur, mais acteur à part entière de l’action du récit. Au début, je ne vous cache pas que cela m’a surpris. Je me suis même demandé combien de temps ce procédé allait durer jusqu’à que je me rende compte que tout le livre allait être sur ce ton. Ok, ça part mal…

Deuxième choc : passé une introduction très commerciale, façon brochure de publicité, nous décrivant l’appareil permettant de nous faire vivre les rêves de notre choix, on se rend compte que tout le roman n’est en fait constitué que de chapitres indépendants décrivant… des rêves ! De ce côté-là, il y a d’ailleurs du bon, ces rêves sont parfois très oniriques, partent dans tous les sens, n’ont parfois ni queue ni tête, des rêves quoi ! Sauf qu’à la longue, ne pas avoir de fil directeur autre qu’une succession de rêveries plus ou moins sages (on nous présente successivement des rêves tout public, puis interdit aux moins de 12 ans, puis moins de 18 ans, etc…), sans personnage récurrent autre que le lecteur/dormeur via ce « tu », ça devient franchement ennuyeux malgré quelques fulgurances de-ci de-là… Et lorsqu’arrivé au 3/4 du roman, on parvient enfin à discerner un petit quelque chose, une critique de l’industrie du divertissement numérique sous la forme de piratage des rêves pour les rendre un peu moins consensuels (et carrément plus sexuels) alors que se forme un syndicat des éditeurs de rêves pour lutter contre ce piratage et mettre en garde les utilisateurs contre ces pratiques, j’ai envie de dire que le mal est fait depuis longtemps : l’ennui s’est déjà installé.

Et malgré un dernier quart plus intéressant, je ne suis pas parvenu à me replonger dans ce récit par trop décousu, canevas psychédélique de rêves stroboscopiques (à l’effet encore plus accentué sur la fin avec moultes répétitions et autres retours en arrière). Pourtant, il faut saluer la jolie prouesse d’écriture de Norman Spinrad (et la belle traduction de Roland Wagner et Sylvie Denis) qui a pleinement réussi à rendre l’aspect très particulier des rêves. Mais, et c’est paradoxal, ça n’en fait pas pour autant quelque chose de plaisant à lire.

Notons enfin que ce roman est paru en littérature générale, et non en collection SF. Dans l’absolu c’est certainement une bonne chose, car le postulat de départ est résolument SF (Philip K. Dick n’est pas bien loin), même si le traitement très particulier l’éloigne des récits typiques de SF et peut-être même de tout autre type de récit. Sauf que je n’ai pas su y prendre du plaisir. Alors s’il faut en passer par là pour que la SF s’émancipe et sorte de son carcan, soit, mais j’ai bien peur que cela se fasse sans moi…

Roman court (220 pages) mais qui m’a demandé bien des efforts pour en venir à bout, « Le temps du rêve » ne m’a donc vraiment pas marqué, ou alors pas dans le bon sens… Next !

 

Lire aussi chez BiblioManu, Guillaume, Fantastinet, ma tasse de thé, Lhisbei.

  
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