Argo, de Ben Affleck

Posted on 2 février 2013

Il y a une semaine, à la faveur d’une ressortie en salles suite aux récompenses obtenues lors des Golden Globes et aux nominations aux Oscars, j’ai eu l’occasion de voir le film « Argo ». Troisième film réalisé par Ben Affleck, il a bénéficié d’un très bon bouche à oreille. Et j’avais aussi une carte cinéma quasi-périmée, donc forcément…

Reprenant les évènements de la crise des otages en Iran en 1979, le film se concentre sur la vraie histoire du « subterfuge canadien« , et donc sur le sort de six ressortissants américains réfugiés à l’ambassade du Canada, et donc potentiellement en grand danger sur le sol iranien. La seule solution qui puisse être mise en place par la CIA pour exfiltrer les otages est de monter un incroyable projet : infiltrer un agent censé ramener les otages aux USA en faisant croire aux autorités iraniennes qu’ils sont là pour faire des repérages pour un futur film de science-fiction (ouf, la ligne éditoriale du blog est sauve !^^). Mais la supercherie doit paraître absolument véridique : il faut donc impliquer studios et presse pour que tout soit parfait.

Après la folie tarantinesque de « Django unchained », le choc est rude avec « Argo ». Car on a ici ce qui peut être considéré comme son antithèse en terme de réalisation. Ben Affleck signe ici un long-métrage tout en sobriété. Pas d’esbroufe, pas d’effets tape à l’oeil, tout est ici parfaitement mesuré. On pourrait craindre une certaine froideur, mais il n’en est rien, car le film parvient à maintenir une belle tension. Alors je n’irai pas jusqu’à dire que les acteurs sont exceptionnels car ils ont eux aussi joué la carte de la sobriété (y compris Ben Affleck qui se réserve tout de même le beau rôle, celui de l’agent exfiltrateur de la CIA). Mais ils font le boulot et le font bien (et on est bien content de revoir John Goodman), ce qui participe au maintien du suspense et à la réussite du film.

Film américain oblige, on aurait pu craindre un certain parti pris quant à ces évènements, qui plus est à l’aune des évènements de ces dernières années. Mais là encore, le film et le réalisateur évitent cet écueil de belle manière, à la faveur d’un prologue présentant les évènements ayant conduits à cette crise. Évitant tout manichéisme, il devient évident que les Etats-Unis ont leur part de responsabilité en ayant mis en place à la tête de l’Iran un pantin en la personne du chah, et en renversant le premier ministre, « coupable » à leurs yeux d’avoir nationalisé l’industrie pétrolière. Le chah a certes fait progresser le pays, mais a surtout creusé un colossal fossé entre la classe populaire et les élites, tout en vivant lui-même dans l’opulence. D’où un soulèvement du peuple en 1979, conduisant à l’exil du chah et à l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini. Puis à la prise d’otages…

Bien sûr, certains évènements ont été transformés, modifiés, voire même inventés, pour les rendre plus dramatiques. Il faut bien ça pour en faire un film américain. Mais peu importe, car au final c’est une franche réussite. Reprenant une histoire qui pourrait paraître totalement abracadabrante si elle n’était vraie, elle met en scène une supercherie dans un pays hostile qui demandait aux protagonistes d’en avoir des « grosses comme ça »… Et alors même que l’issue de cette crise nous est connue depuis longtemps,  il parvient à maintenir une belle tension tout du long, sans doute la preuve des excellents films.

  
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