Le Livre d’Or de Roger Zelazny

Il fallait bien que je revienne un jour à la lecture de Roger Zelazny, et c’est cette fois par l’intermédiaire de la collection des « Livres d’Or de la science-fiction ». C’est donc le nouvelliste Roger Zelazny qui se présente ici.

 

Quatrième de couverture :

Né en 1937, Roger Zelazny, débuta en 1962 et devint d’emblée une des stars de la nouvelle science-fiction américaine : dès 1965, son roman « Le Maître des rêves », sorte d’adieu à ses études de psychologie, remportait le prix Nebula. Cultivant la poésie depuis l’enfance, il s’est imposé par ses dons de visionnaire et son exceptionnelle qualité de style. Un héros en quête de lui même se découvre immortel et doué de superpouvoirs : peut-il devenir dieu, créer des mondes à profusion, jouir à jamais d’une perfection grandiose ? Va-t-il hésiter au seuil de la toute-puissance qui abolit le désir, rencontrer la mort dans l’éternité, affronter des doubles maléfiques aussi forts que lui ? L’euphorie est une frêle pellicule à la surface de l’horreur, les dieux reculent et rêvent de redevenir des hommes. c’est le sujet de ses premiers romans. Puis son imagination a produit de purs joyaux comme « l’Ile des morts », « Les Neuf Princes d’Ambre » et « Le Maître des ombres ».

 

A l’aise dans tous les genres !

Livre d'Or-ZelaznyS’ouvrant à la manière du « Livre d’Or de Philip José Farmer » sur une très bonne préface (ici signée Marcel Thaon) revenant sur l’auteur, son cheminement, les grands thèmes de son oeuvre, le recueil offre pas moins de 25 nouvelles à chaque fois très bien introduites par un paragraphe de l’anthologiste, classées non par ordre chronologique mais selon leur thématique. Vu le nombre de récits proposés, je n’en présente ici qu’une sélection personnelle.

Éliminons tout de suite les quelques scories comme « Le mystère de la passion » qui ne vaut que parce que c’est le premier texte publié de Zelazny, ou « L’anneau du roi Salomon » à la narration trop brouillonne, et passons aux grandes réussites.

Parmi elles, « La véritable histoire d’Ulysse et de la fée Circée » qui, sur un ton humoristique et dans un contexte SF, revisite le mythe de Circée tel que vu par Homère. C’est bien sûr très zelaznyen (l’auteur s’est ainsi inspiré ou a revisité nombre de mythes, c’est un peu sa marque de fabrique), et surtout drôle et réussi. L’humour est un genre auquel Zelazny s’est frotté a plusieurs reprises, citons également dans ce recueil la sympathique et ultra courte « Le monstre et la pucelle », « La fièvre du collectionneur » ou bien encore « Le jeu de Cendre et de Sang » qui voit deux extraterrestres jouer avec l’histoire de l’humanité. Plusieurs uchronies successives dans un seul petit texte de 6 pages !

L’auteur a également écrit des textes plus mélancoliques, plus contemplatifs, plus sombres aussi comme « L’homme qui aimait la Faïoli » et « Une plage au bout du chemin » qui partagent le même thème : l’immortalité fait perdre le goût de la vie, et seul l’amour permet d’en prendre conscience. Deux récits dans lesquels la sensibilité de l’auteur américain et ses univers très personnels se développent à merveille.

Impossible de parler de ce recueil sans parler de « Lumière lugubre », très beau récit de fin du monde et de confiance familiale qui voit apparaître Francis Sandow, le fameux personnage démiurge de « L’île des morts » et du « Sérum de la déesse bleue ».

L’auteur américain a bien évidemment aussi touché à la fantasy, les textes ici présents démontrant qu’il l’a fait avec maestria, avec « La route de Dilfar » et « Thélinde chantait », deux récits passionnants, présents également (dans une traduction révisée) dans le volume consacré à « Dilvish le damné » chez Denöel en collection Lunes d’Encre. Bien évidemment, qui dit fantasy dit mythe arthurien, et Zelazny n’y a pas échappé, mais il détourne joliment le mythe en le replaçant dans notre monde moderne et en faisant de Merlin un personnage incapable de changement, arc-bouté sur sa volonté aveugle de guider l’humanité. Il n’y a que Lancelot pour voir les choses d’un autre oeil dans cette nouvelle intitulée fort justement « Le dernier rempart de Camelot ».

Enfin, les deux perles de ce volume. « Clefs pour Décembre » dans laquelle une race féliforme désire terraformer une planète pour y retrouver un habitat identique à celui de leur planète d’origine détruite par une supernova. Mais cela pourrait bien se faire au détriment de ceux qui y habitent déjà. On y retrouve toutes les réflexions qu’affectionnent Zelazny : la différence, l’amour, la mort,  la toute-puissance voire la divinité et les responsabilités qui vont avec. Superbe texte.

Et surtout la plus belle réussite : « Le temps d’un souffle, je m’attarde » (superbe titre d’ailleurs, tiré d’un poème de Housman), sur une machine toute puissante souhaitant devenir un Homme, race disparue. Très référencée (Faust par exemple), passionnante de bout en bout, avec son lot de réflexion sur ce qui fait un homme, la différence entre homme et machine, l’art, la pensée, la conscience, etc… (très dickien tout cela quelque part), une magnifique nouvelle, subtile et bien narrée.

Je m’arrête là, même s’il y aurait encore beaucoup à dire sur la multitude de thèmes traités par Zelazny, ou bien sur les styles différents qu’il a adoptés pour ce faire. Je ne suis une nouvelle fois pas déçu de ma lecture, ni par l’auteur, ni par la collection en elle-même. Décidément, ces « Livres d’Or » renferment bien des merveilles !

 

Lire aussi l’avis de Ryuuchan.

Chronique écrite dans le cadre du challenge « JLNN » de Lune et du challenge « Summer Star Wars, épisode 1 » de Lhisbei :

JLNN   Summer Star Wars épisode 1

 

  
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