Le monde du fleuve, de Philip José Farmer

Posted on 4 novembre 2013

Voilà un cycle qui m’intéressait depuis longtemps, régulièrement cité parmi les grands classiques de la SF. Ma lecture du « Livre d’Or » de Philip José Farmer a considérablement relancé mon envie de me plonger dans cette saga du « Fleuve de l’éternité », je l’ai donc proposé à la lecture commune du mois d’octobre sur le Cercle d’Atuan, proposition qui a été retenue avec une écrasante majorité de 5 voix contre 4 pour « Elric des dragons ».^^

 

Quatrième de couverture :

Le jour du grand cri, tous les humains qui avaient jamais vécu se réveillèrent, nus, sur les rives d’un fleuve immense, le fleuve de l’éternité. Trente ou quarante milliards, issus de toutes les époques et de toutes les cultures, chacun parlant sa langue, chacun ayant sa conception de l’au-delà, et immensément surpris de se retrouver vivants.

Parmi eux, des ressuscités célèbres en leur temps, l’explorateur Richard Burton, Sam Clemens, alias Mark Twain, Jean sans Terre, Hélène de Troie, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse. Et tous les autres.

Tous se demandent qui a construit ce monde impossible, qui les a ramenés à la vie. Et pourquoi ?

Il a fallu le talent immense de Philip José Farmer pour évoquer cet univers picaresque, démesuré, à la dimension du passé et de l’avenir de l’humanité, où se mêlent avec allégresse science-fiction, aventures et histoire authentique.

 

Tout nu, tout bronzé

Monde du fleuve - FarmerImaginez que tous les êtres morts depuis l’aube de l’humanité se réveillent un beau jour, comme si de rien n’était, au bord d’un immense fleuve. Tous sont nus, et ne savent pas comment ils sont arrivés ici, ni à qui ils le doivent.

Voilà comment débute ce roman plutôt court (moins de 300 pages). Un pitch pour le moins captivant. Et je m’attendais du coup à quelque chose d’assez intelligent, profond, voire philosophique. Et bien pas du tout ! Ou disons qu’il y a un peu de ça mais pas seulement, et surtout que cela passe au second plan. « Le monde du fleuve » est en fait un pur roman d’aventures, à la croisée des genres entre un Jack Vance pour le côté sociologique/ethnologique qui s’intéresse à ces groupes de populations d’origines et d’époques différentes, et Robert Louis Stevenson pour le côté purement aventures. Et le fait est que ça fonctionne plutôt bien.

Il y a bien sûr pas mal de réflexions bien amenées par l’auteur, mais elles ne s’éternisent jamais, tout en posant tout de même de bonnes questions sur la religion (avec un pitch pareil, comment pouvait-on y échapper ?), les turpitudes de l’humanité qui reviennent au galop (violence, esclavage, etc…), sur quoi faire quand une seconde chance nous est donnée, la rédemption (si je vous dis que Goering est un personnage important du roman, sujet pourtant très casse-gueule mais qui passe pourtant plutôt bien, je vous laisse imaginez le potentiel de la chose), l’acceptation de l’autre, etc…

Ces réflexions sont donc intégrées dans un récit qui fleure bon le pulp des années 30-40, l’action est assez effrénée malgré un passage à vide après la découverte de ce monde étrange par les personnages. Et parlons-en de ces personnages ! Le choix de Farmer de faire de Richard Francis Burton son personnage principal est une sacrée bonne idée, car dans le genre homme complexe et fascinant (militaire, explorateur, traducteur, poète, diplomate, ethnologue, il parle 29 langues, découvre le lac Tanganyika, traduit de manière fleurie « Les contes des mille et une nuits » et le « Kâmasûtra », devient l’un des premiers occidentaux à pénétrer à La Mecque et à décrire la Kaaba. Pour le reste (et il y a encore beaucoup à dire !), direction Wikipédia.), le bonhomme se pose là ! Et ça permet surtout de découvrir ce monde étrange à travers un regard assez détaché (le fait de croiser des hommes morts bien après soi en déstabiliserait plus d’un^^), analytique mais finalement pas engoncé dans son époque (en tout cas pas trop, le traitement des femmes laissant tout de même à désirer, Farmer étant sans doute un homme de son époque, même s’il fut le premier à parler de sexe en science-fiction).

Ce n’est pas le seul personnage historique que l’on croise (j’ai déjà parlé de Goering par exemple), et Farmer s’est aussi permis de se mettre en scène à travers le personnage de Peter Jairus Frigate (notez les initiales), ce qui rend les anecdotes de ce dernier assez truculentes si elles s’avèrent véridiques…

Tout le roman s’articule en fait sur la manière dont les hommes vont découvrir le monde du fleuve, s’adapter à leur nouvelle existence et reconstituer des embryons de société, en retombant parfois dans leurs pires travers, ainsi que sur la quête de Burton de remonter aux sources du fleuve (le parallèle avec son expédition pour découvrir les sources du Nil est frappant) pour découvrir qui ou quoi se cache derrière cette immense résurrection générale. Les semblants de réponses arrivent à la toute fin du roman (c’est d’ailleurs le seul véritable moment avec le tout début où l’aspect SF reprend le dessus), mais ce ne sont que des prétextes à de nouvelles questions. « Le fleuve de l’éternité » est en effet une saga en cinq tomes, et 250 pages sont bien insuffisantes pour découvrir le pourquoi du comment.

Et il y a évidemment largement matière pour des suites, en s’intéressant aussi bien à des anonymes qu’à des personnages historiques. La fin du roman offrant de belles perspectives, je lirai la suite avec joie (j’ai d’ailleurs déjà acheté le deuxième tome aux Utopiales) en espérant qu’elle se montre à la hauteur.

 

Du côté du Cercle d’Atuan : Lune. Et nos discussions sur le forum.

Lire aussi les avis de JainaXF, Marco, Zolg.

 

  
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