Thèbes au cent portes, de Robert Silverberg

Posted on 10 août 2015
Dans la foulée du premier tome de l’intégrale « raisonnée » des nouvelles de Robert Silverberg, j’ai enchaîné avec ce recueil de sept nouvelles, dont trois d’entre elles (entre autres la nouvelle éponyme dont j’ai entendu le plus grand bien) ne sont pas présentes dans la-dite intégrale. Je n’ai donc lu que ces trois récits, les autres viendront en leur temps.

 

Quatrième de couverture :

De la ville qui s’étendait au-delà de cette ruelle puante où il venait de se matérialiser, rien d’autre n’était visible qu’un palmier malingre montant comme une flèche dans le ciel bleu immaculé. Il aurait pu se trouver dans n’importe quel pays d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du Sud. Mais il était en Egypte. L’Egypte de la XVIIIe dynastie ! Et cette ville qu’il apercevait, c’était Thèbes aux cent portes. Là, il devait retrouver deux voyageurs perdus dans le temps. Portés disparus depuis un an et demi…
Des fastes de l’Egypte ancienne à l’Amérique aride et brûlante du siècle prochain, le destin de l’homme reste le même : entre devoir et plaisir, honneur et survie, aventure et sécurité, que choisissons-nous ?

Sept nouvelles inédites de Robert Silverberg, sept joyaux splendides et inquiétants…

 

Toujours efficace, toujours plaisant

Thèbes au cent portes - Silverberg - couverturePetit rappel des faits. L’intégrale (qui n’en est pas vraiment une, la prolixité de l’auteur rendant une parution de ce type impossible) des nouvelles de Silverberg se compose de quatre volumes, auxquels on peut ajouter deux recueils de novellas (dont l’excellent « Né avec les morts » parus chez Folio SF (et qui auraient dû constituer le cinquième et dernier tome de l’intégrale, mais le décès de Jacques Chambon en 2003 a mis un coup d’arrêt au projet. C’est d’ailleurs l’occasion de remercier Pierre-Paul Durastanti d’avoir repris le flambeau pour la parution du quatrième volume). Sauf que dans mes achats d’occasion, j’avais fait mais basse sur plusieurs vieux recueils de nouvelles de Silverberg, dont une bonne partie sont repris (certains entièrement) dans cette vaste intégrale « raisonnée ». J’ai donc décidé de ne lire dans ces recueils que les récits ne se retrouvant pas au sommaire de l’un des quatre tomes de ces « nouvelles au fil du temps », ce qui pour ce livre-ci, « Thèbes au cent portes », concerne trois textes sur les sept au sommaire (sept textes datant de fin des années 80 / début des années 90).

Ce qui m’a attiré dans ce recueil ? Une équation simple : Silverberg + Egypte antique + voyage dans le temps. C’est le programme de la nouvelle qui donne son nom au recueil (plutôt novella que nouvelle d’ailleurs, 125 pages au compteur) qui voit un homme du futur tenter de retrouver deux personnes égarées dans l’Egypte Ancienne, durant la XVIIIème dynastie sous le règne d’Amenhotep III / Aménophis III (soit grosso modo l’apogée de l’Egypte antique). On sent bien l’intérêt que Robert Silverberg porte à l’archéologie à travers ses riches descriptions de la Thèbes d’alors (dont les images d’aujourd’hui, telles celles du temple de Louxor, permettent de visualiser encore mieux les choses), ou bien avec la méticuleuse reconstitution littéraire du village et du métier d’embaumeurs. L’intrigue n’est pas en reste, et on suit avec intérêt l’enquête d’Edward Davis qui ne dispose que de trente jours pour retrouver les deux disparus. Bien évidemment, tout ne se passera pas comme il le souhaiterait, et l’attrait d’une Egypte ancienne au summum de sa puissance et de son prestige pourrait bien faire tourner quelques têtes, surtout quand on appartient à l’élite, avec une vie facile faite de plaisirs et de richesses…

Le deuxième récit « inédit » (au sens que je lui donne, mais qui reste plutôt bien adapté puisque ces trois récits lus ici ne sont disponibles que dans ce recueil) s’intitule « Ciel brûlant » et se place dans le futur proche, sur une Terre au bord du désastre écologique. Le réchauffement climatique s’est installé, les glaces des pôles fondent, de gigantesques icebergs se détachent et dérivent, et ils sont une source très recherchée d’eau potable pour les habitants d’anciennes régions vivants au dessus de leurs moyens écologiques, telle la Californie devenue une zone surchauffée et en grave pénurie d’eau. Ainsi, le capitaine Carter est chargé de remorquer jusqu’à San Francisco un énorme iceberg, source éphémère du précieux liquide. Pourtant, un navire est déjà là, qui envoie des messages de détresse, puisqu’à la suite d’une mutinerie le bateau est inutilisable. Mais qui a tort ou qui a raison ? Les mutins ou bien l’équipage d’origine ? C’est dans cette zone floue que le capitaine Carter va devoir prendre une lourde décision : sauver ce navire en déroute et risquer de plonger un peu plus San Francisco dans le chaos, ou bien ramener un iceberg pour continuer d’alimenter une ville déjà condamnée et laisser le navire à son triste sort ?… Un récit dynamique, abrupt et cruel.

Enfin, « Le hic » conclut cette lecture. Des colons sur une planète apparemment accueillante se retrouvent confrontés à une nature qui semble armée jusqu’au dent pour tenter de s’imposer à eux. Les colons vont tout tenter pour rester et continuer leur petite vie tranquille, quitte à demander des conseils aux autochtones. Mais parfois, le remède se révèle pire que le mal… Un texte amusant, à la fois drôle et acide sur des hommes qui tentent de s’imposer à un environnement qu’ils ne connaissent pas. Ça reste sans doute un récit anecdotique, mais de la même manière que certains textes mineurs de Silverberg réussissent toujours à divertir, celui-ci fait lui aussi ce qu’on lui demande : donner un bon moment de lecture.

Toujours pas de déception avec Robert Silverberg donc, dont les textes ici présents, plus ou moins ambitieux, ne perdent jamais de vue l’essentiel : faire passer un bon moment au lecteur, en le plongeant dans des situations surprenantes, en s’amusant avec des environnements étonnants, des balades dans le temps ou bien des questions éthiques. Une fois encore : mission accomplie.

 

Critique rédigée dans le cadre du challenge « Summer Star Wars, épisode III » de Lhisbei ,« CRAAA » de Cornwall et « Retour vers le futur » de Lune.
 

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