Le village, de Emmanuel Chastellière

Son arrivée s’est faite remarquer dans le microcosme des littératures de l’imaginaire ! « Le village », le premier roman d’Emmanuel Chastellière (alias Gillossen sur le site ELBAKIN.NET) est donc là, depuis quelques mois maintenant. Que peut-on attendre du roman d’un des critiques francophones les plus assidus ? Verdict ici-même.

 

Quatrième de couverture :

Une jeune fille se réveille un matin dans une demeure inconnue.
Livrée à elle-même au cœur d’un village aussi étrange que désert, privée de ses souvenirs, elle va bien vite se rendre compte que les secrets de son passé sont liés à ceux des anciens habitants des lieux.
Pour se défaire de ces liens invisibles et espérer quitter ce village aux allures de prison hors du temps, elle va devoir raviver les cendres d’un bûcher centenaire…

Emmanuel Chastellière est un traducteur émérite des littératures de l’imaginaire (à son tableau de chasse, entre autres, Aliette de Bodard, Tad Williams ou Django Wexler) et l’un des fondateurs du plus important site consacré à la fantasy de France, elbakin.net. « Le Village » est son premier roman, un roman sombre, intrigant et ambitieux, qui marque l’entrée en littérature d’une plume bien affutée.

Un premier roman qui avance en équilibriste, à la frontière ténue entre le livre pour adolescent et le livre sur l’adolescence. Qui parvient à saisir l’esprit de cet âge insaisissable, avec des références revendiquées à « Peter Pan » et des échos lointains de « Sa Majesté des Mouches ». Une histoire qui, comme ses héros, devient adulte dans l’épreuve, dans la douleur, avec une sensibilité et une magie à fleur de peau. Les premiers pas d’un auteur qui a déjà son univers, et qui donne envie de le suivre. (Estelle Faye auteur de « Porcelaine », « Un éclat de givre » et « La voie des oracles »)

 

La cité des enfants perdus

Le village - Chastellière - couvertureCe qui frappe immédiatement avec ce roman, c’est sa couverture signée Marc Simonetti. Un angle de vue original, un décor inquiétant, et un médecin de peste qui confirme cette impression qu’on ne va pas lire quelque chose de particulièrement drôle. Ensuite on ouvre le roman et on est à nouveau frappé (ça commence à faire mal…) par la grande réussite du premier chapitre, à la fois totalement intrigant, plaçant une atmosphère mystérieuse en peu de mots. Difficile de ne pas être immédiatement happé. Puis cette jeune fille qui se réveille seule dans une maison inconnue sans savoir comment elle est arrivée là et surtout, plus inquiétant, sans savoir qui elle est, commence à explorer les environs, fait quelques rencontres et le roman part sur des rails un peu plus classiques.

La quatrième de couverture cite en références « Peter Pan » et « Sa majesté des mouches » à propos des affres de l’enfance/adolescence et des actes de ses jeunes êtres obligés de lutter contre un ennemi inconnu dans un monde (le fameux village du titre) qu’ils ne peuvent pas quitter. Et bien évidemment, les adolescents ne sont pas toujours tendres entre eux… Au jeu des références, j’en ajouterais personnellement deux autres : « Les goonies » d’une part pour ces gamins débrouillards qui donneront du fil à retordre à ceux qui leur veulent du mal (le ton reste ici bien plus noir toutefois, j’ai tendance à y voir plus un livre sur l’adolescence qu’un livre pour adolescent pour paraphraser la quatrième de couverture), et « La cité des enfants perdus » pour l’ambiance, pour le destin des enfants et bien sûr pour le surnom qu’ils se donnent (ce qui rejoint « Peter Pan » évidemment).

Pour le reste, le roman suit une intrigue toute personnelle qui ne se dévoile que petit à petit, avec les quelques « interludes » de la première moitié qui permettent d’y voir un peu plus clair sur le passé de cet étrange village. Pas question d’en dire plus sur ce point, il appartient au lecteur de découvrir de quoi il retourne et ce que font tous ces enfants regroupés dans un village duquel ils ne peuvent s’enfuir…

Les personnages sont joliment mis en scène, bien développés pour les plus importants (citons principalement Épine, Fugue et Fumée, auxquels on pourrait rajouter Paille même si un peu en retrait), et leur évolution dans ce huis-clos à l’échelle du village est plaisante à découvrir.

Ce qui fait plaisir à voir, car ce n’est pas souvent le cas quand il s’agit d’un premier roman, c’est qu’on peut déjà discerner la belle plume de l’auteur, assez reconnaissable avec notamment une façon de présenter certains événements de manière elliptique assez originale (mais gare à ne pas rendre ce procédé systématique) et qui demande un minimum d’attention sous peine de perdre le fil. Et même si l’intrigue a tendance à s’accélérer vraiment sur la fin en distribuant tout un tas d’informations importantes de manière un peu resserrée, le tout reste bien mené, dynamique et intriguant pour que l’attention du lecteur ne se relâche pas un instant.

Certes, certains passages sembleront un peu éculés (l’éternel triangle amoureux, mais n’est-il pas justement éternel car il se reproduit à l’infini, notamment à l’adolescence, même dans nos vies réelles ?), la fin ouverte pourrait en laisser quelques-uns sur le carreau (mais personnellement j’aime aussi qu’on me laisse interpréter les choses…), mais ce ne sont que de menus détails qui ne doivent pas éloigner le lecteur potentiel prêt à se perdre dans ce village mystérieux, dans une atmosphère sombre et inquiétante, au milieu de ces adolescents qui se débattent pour comprendre qui ils sont et ce qu’ils font là. Une belle découverte.

 

Lire aussi les avis de Lune, JulienBlackwolf, Andrée la papivore, Dup, Licorne, Amaruel, Au pays des cavetrolls.

 

  
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