Vermilion Sands, de J.G. Ballard

Posted on 18 mai 2017
Depuis ma lecture de son Livre d’Or (recueil qui m’avait beaucoup plu), je n’étais pas revenu sur l’oeuvre de J.G. Ballard. L’un de ses recueils les plus connus, « Vermilion Sands », était sur ma PAL depuis longtemps. Je m’y suis enfin mis, et j’y ai retrouvé le style et les préoccupations de Ballard, pour mon plus grand plaisir.

 

Quatrième de couverture :

Mélange de Riviera et de Floride, Vermilion Sands est une station balnéaire sur le déclin, prise dans les sables, avec sa léthargie, son mal des plages, ses perspectives mouvantes. S’y côtoient milliardaires excentriques, artistes désœuvrés, belles et riches héritières en proie à leurs névroses et leurs fantasmes, qui trompent leur ennui dans d’étranges passe-temps. On y rencontre — parmi d’autres inventions extraordinaires — des fleuristes qui cultivent des plantes douées pour l’art lyrique… des sculpteurs de nuages… des maisons psychotro-piques, sensibles à l’humeur de leurs occupants…

 

Souvent considéré comme le plus parfait des livres de J.G. Ballard, Vermilion Sands était devenu introuvable. Aux neuf nouvelles, ou chapitres, composant le recueil, s’ajoutent désormais trois avant-propos qui montrent l’importance séminale de ces textes pour l’œuvre future de l’auteur.

 

« Vermilion Sands est la banlieue exotique de mon esprit », disait J.G. Ballard.

 

C’est dur dur d’être un artiste

Vermilion Sands - Ballard - couvertureVermilion Sands est une étrange station balnéaire fictive, qui longe des kilomètres de mer de sables (l’eau semble être aux abonnés absents), mélange de Riviera et de Floride nous dit la quatrième de couverture. Il y a de ça. En ajoutant qu’elle est peuplée de riches artistes oisifs, de producteurs de cinéma, de stars pour qui l’argent n’est pas un problème. Vermilion Sands est le lieu de villégiature d’une faune victime de « lassitude balnéaire », définit par l’un des narrateurs des neufs nouvelles présentes au sommaire comme suit :

Malaise chronique qui exile ses victimes dans un trouble nirvâna de bains de soleil interminables, de lunettes noires et d’après-midi sur les terrasses.

Un autre la décrit comme :

Un ennui et une inertie irréversibles.

Bref, Vermilion Sands ressemble à une station balnéaire fantôme, en bout de cycle, alanguie, prise dans les sables aussi bien que dans une léthargie de laquelle elle ne peut s’extirper. Mais vivante pourtant, au moins pour quelque temps encore. Ce lieu imaginé par Ballard, au sein d’un monde qui place les loisirs et l’oisiveté en tête des préoccupations de chacun (il affirme dans la préface que « le travail est l’ultime distraction, et la distraction l’ultime travail », et c’est d’ailleurs l’avenir qu’il imaginait alors), pour aussi sclérosé, figé (« Rien ne change jamais à Vermilion Sands ») et étouffant qu’il semble être (le temps s’y écoule-t-il réellement ?), ne manque pourtant pas de fasciner avec ces créations artistiques étranges et futuristes qui peuplent ses récits. Fleurs chantantes, sculptures soniques, maisons psychotropiques, vêtements en biotextile « vivants », verséthiseurs créateurs de poésie, il y a de quoi être surpris et fasciné par ces distractions destinées à ces riches reclus désoeuvrés.

Mettant à chaque fois en scène des narrateurs masculins se trouvant inévitablement confrontés à des femmes lointaines, diaphanes, mystérieuses et quasiment systématiquement condamnées à disparaître aussi vite qu’elles sont apparues, les neuf nouvelles de ce recueil ne manque pas d’attraits. Mais loin de faire de la SF classique et clinquante (l’aspect technique des étranges objets décrits ici ou là ne l’intéresse pas et à ce titre l’auteur écrit clairement de la SF « psychologique », pas si éloignée de la littérature dite blanche), Ballard (que l’on peut rapprocher ici d’un Ray Bradbury, Vermilion Sands ne manquant pas de rappeler la planète Mars des « Chroniques martiennes ») nous montre les affres d’une population qui, sous des apparences de satisfaction, ne parvient en fait qu’à attendre éternellement quelque chose qui ne viendra jamais.

Et ainsi, en se laissant gagner par ce spleen léthargique, cette langoureuse mélancolie qui inonde les différents récits, on est porté à un rythme tranquille par ce vendeur de fleurs chantantes confronté à une femme qui ne manque pas, image très sexuelle, de faire réagir ces dernières, par cet homme qui semble se retrouver face à une authentique Muse de la poésie, par ce couple qui cherche une maison mais qui va se retrouver piégé par les émotions des précédents propriétaires, ou bien par ces sculpteurs de nuages qui réalisent leurs oeuvres au-dessus d’une tour de corail…

Autant de récits fascinants, au style précieux et littéraire, sondant l’esprit humain pour mieux le retranscrire sous forme géographique, Vermilion Sands n’étant finalement pour J.G. Ballard que « la banlieue exotique de [son] esprit ». Magistral.

 

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