L’Empereur de l’Espace, Capitaine Futur tome 1, de Edmond Hamilton

Il faut se méfier des a priori. Car c’est vrai, je l’avoue, quand j’ai vu débouler ce « Capitaine Futur » chez le Bélial, j’ai pensé à un truc très pulp, old school à mort, fait pour plaire aux nostalgiques de l’âge d’or de la SF. Et puis ce cher Pierre-Paul Durastanti (traducteur du roman ici présent, illustré de manière tout à fait appropriée par Philippe Gady) a lancé un cri du coeur sur Facebook, à propose du faible écho qu’a eu ce début de série dans la blogosphère SF. Allez hop, je me lance. Si le sieur Durastanti insiste autant, c’est qu’il doit y avoir dans cette série autre chose qu’un simple parfum suranné. On devrait toujours faire confiance à Pierre-Paul.

 

Quatrième de couverture :

Il y a Simon Wright, dit le Cerveau, ce qu’il est, littéralement, et dans un bocal de sérum : un scientifique exceptionnel. Et puis Grag, la montagne de fer indestructible dotée d’outils intégrés étonnants. Sans oublier Otho, l’androïde synthétique, spécialiste du combat rapproché, de l’infiltration et du camouflage. Ils sont les Futuristes, la plus stupéfiante association qui puisse s’imaginer. Et enfin il y a celui qu’ils ont élevé, celui qu’ils ont juré de protéger, celui qui est devenu leur leader : Curt Newton, le géant roux, le sorcier de la science doté d’un esprit hors normes, infatigable justicier connu des peuples du Système sous le nom de capitaine Futur.
Tous quatre veillent sur les neuf mondes et au-delà, attentifs, depuis leur base lunaire à l’emplacement secret.
Or un fléau court à travers le Système solaire, une épouvantable pandémie derrière laquelle semble se tapir un mystérieux criminel, l’empereur de l’Espace. Il n’est alors qu’un seul recours : celui du capitaine Futur ! Les tuyères du Comète, le formidable vaisseau des Futuristes, crachent déjà la puissance de l’atome : l’empereur de l’Espace n’a qu’à bien se tenir !

Figure centrale de l’Âge d’or de la science-fiction américaine, scénariste de quantité de comics, dont « Superman » et « Batman », Edmond Hamilton (1904-1977) est considéré comme l’un des inventeurs du space opera. Avec la série du « Capitaine Futur », développée entre 1940 et 1951, traduite dans le monde entier mais plus connue en francophonie sous le nom de « Capitaine Flam » suite à son adaptation en dessin animé par la Tôei Animation dès 1978, il jette les bases d’une sous-culture populaire appelée à connaître un succès planétaire sous ses incarnations cinématographiques modernes — « Star Wars », « Battlestar Galactica » et autre « Star Trek ».

 

Capitaine Flam Futur tu n’es pas de notre galaxie, mais du fond de la nuit !

Vous l’aurez compris : Capitaine Futur / Capitaine Flam, même combat ! Le fameux héros de la série animée japonaise créée en 1979 et devenue culte, n’est rien de moins que ce fameux Capitaine Futur, personnage créé par Mort Weisinger et mis en scène dans de très nombreux romans par Edmond Hamilton dans les années 40-50. Changement de média, changement de nom (en tout cas en France), allez comprendre… Toujours est-il que ces deux héros sont bel et bien un seul et même personnage. Et là, vous vous dîtes (peut-être avec un peu de crainte dans la voix) : « Capitaine Futur, c’est donc les aventures de Capitaine Flam en roman ? ». Techniquement c’est l’inverse donc. Mais sinon oui, c’est un peu ça. Donc c’est de la SF « à l’ancienne ». Mais qu’attendre d’autre de ce premier roman de la série, écrit en 1940 ?

On a donc ici le Capitaine Futur, appelé à la rescousse par le Président du Gouvernement de la Terre pour solutionner une crise qui prend des proportions inquiétantes : de nombreux êtres humains habitant sur Jupiter semblent être victimes d’atavisme, sorte de crise évolutionnaire inverse, un retour à la bestialité. En d’autres termes, ils se transforment en primates ou reptiles, perdant donc toute once d’humanité… Mais ce n’est pas le seul problème, puisque la révolte gronde chez les autochtones joviens, alors qu’un mystérieux et immatériel Empereur de l’Espace semble être derrière tout ça.

Donc oui, c’est pulp. Très. C’est régressif même. Mais bon sang, c’est fun et ça se lit tout seul ! Tout l’attirail pulp est présent : plein de gadgets comme l’égaliseur de gravité (astuce bien pratique pour se jouer de la gravité des planètes), le pistolet à protons réglable (tiens tiens Star Trek et ses phaseurs réglables qui permettent d’assommer ou de tuer), ou bien l’émetteur d’ions pour le camouflage du vaisseau du Capitaine. Gadgets dont on se fiche d’ailleurs totalement de la manière dont ils fonctionnent.

1940 oblige, on a des planètes connues mais exotiques (une Vénus marécageuse, une Uranus montagneuse, des mers et des jungles sur Jupiter), à la population étonnante (les autochtones de Jupiter, humanoïdes à la peau verte et aux yeux noirs, les cristaux sur Callisto), avec faune et flore aux noms évocateurs (mouches suceuses, tiques cérébrales, oiseaux sirènes, pieuvres arboricoles, papillons de mort, fleurs électriques, lianes-reptiles, fruits de feu…). Pas très réaliste de nos jours évidemment, mais après tout il suffit d’ajouter un système du type hyperespace et on se retrouve sur n’importe quelle planète. Alors Jupiter ou Zebra-32 (mettez ici le nom qu’il vous plaira), c’est un peu du pareil au même. D’ailleurs, les romans finiront dans les volumes ultérieurs par s’émanciper du système solaire et là, la question ne se pose plus.

On a aussi un peu de jargon scientifique et de « techno-blabla » pour solidifier le contexte SF, contexte délicieusement daté (toutes les planètes du système solaire sont habitables d’une manière ou d’une autre, l’atmosphère de Jupiter est respirable, ces éléments ajoutant à l’exotisme rafraîchissant dont je parle plus haut) et totalement pulp, comme le montre l’origine du Capitaine Futur. Fils d’un scientifique de génie exilé volontaire sur la Lune et finalement tué par un politicien véreux, il est placé tout bébé entre les mains des « inventions » de son père (qui deviendront par la suite ses fidèles compagnons d’aventures), Grag un robot immensément fort (Crag dans la série animée) et Otho, un androïde polymorphe à l’agilité et la rapidité stupéfiantes (Mala dans la série), auxquels il faut ajouter Simon Wright, un cerveau vivant dans une boîte et extrêmement cultivé (dans la série, son nom a été conservé). Élevé par ces derniers, Curtis Newton de son vrai nom deviendra donc 1. fort (il maîtrise d’ailleurs la prise vulcaine à la perfection, Star Trek semble devoir beaucoup au Capitaine Futur et à Edmond Hamilton), 2. rapide, 3 .intelligent. Le Capitaine Futur a donc tout du super héros. Il est connu de tous, sur toutes les planètes du système solaire, et reconnu grâce à sa bague spéciale (qui fait un peu le même effet à ceux qui la voient que le costume de Superman).

Côté narration, pas de grande surprise, tout est très direct, chaque chapitre ou presque relate une péripétie particulière. Nos héros (qui ont tous leur heure de gloire d’ailleurs, le Capitaine Futur n’est pas le seul à l’affiche) surmontent donc les embûches les unes après les autres, jusqu’à une fin évidemment heureuse.

Reste que si tout est un peu cousu de fil blanc, la lecture de « L’Empereur de l’Espace » fut un vrai grand bol d’air frais, une bonne dose d’aventures un brin naïves mais optimistes, un space op’ à l’ancienne mais qui ne sent pas tant que ça la naphtaline, mélangeant de manière plutôt équilibrée action, enquête et aventure. Une vraie bonne surprise à laquelle je ne m’attendais pas vraiment, et dont l’intérêt n’est pas seulement historique. Tout lecteur de SF devrait au moins y jeter un oeil, à la condition de savoir dans quoi il met les pieds et de ne pas être allergique aux pulps (j’aime bien mais n’en suis pas fan non plus, par exemple « Les cinq rubans d’or » de Jack Vance ne m’avait pas franchement convaincu). Nul doute que je croiserai à nouveau la route du Capitaine Futur (et assez rapidement je pense) avec le volume 2, intitulé « A la rescousse ».

 

Bonus track : au moment de la sortie des deux premiers volumes de la série, en mars 2017, le Bélial avait également mis à la disposition des lecteurs une nouvelle, « Les harpistes de Titan ». Écrite en 1950, elle est bien différente de « L’Empereur de l’Espace ». Plus crépusculaire comme le dit Pierre-Paul Durastanti dans la préface, je dirais presque un brin désabusée, elle met en avant Simon Wright (au détriment du Capitaine Futur, plus en retrait) qui devra s’incarner dans le corps d’un homme mort alors que ce dernier tentait de contenir un soulèvement autochtone. Un peu courte sur sa résolution, elle prend le temps de belle manière de s’arrêter sur les sentiments d’un Simon Wright qui d’une certaine façon revient à sa vie d’avant, quand il avait un corps. Un ton bien différent du roman donc, mais l’intérêt reste présent.

 

Lire aussi les avis de AnudarBlackwolf, Apophis, Le chasseur de chimères, Sylvain Bonnet, la Yozone, Bruno19, Un bouquin sinon rien, Angua, Teddy
 
Critique rédigée dans le cadre des challenges « S4F3s3 » de Xapur et « Summer Star Wars Rogue One » de Lhisbei.

 

 

  
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