Lune du loup, Luna tome 2, de Ian McDonald

Posted on 23 avril 2018
Ceux qui connaissent mes goûts en SF le savent : Ian McDonald fait partie de mes auteurs favoris, un des tous meilleurs en SF contemporaine. Et ce n’est pas le premier tome de sa trilogie « Luna » qui allait me faire changer d’avis : les cent dernières pages de ce roman sont l’un de mes plus grands chocs de lecture. Et donc forcément, j’attendais ce deuxième volume avec une grande impatience. Verdict.

 

Quatrième de couverture (attention, spoilers sur le premier tome !) :

Sur la Lune, deux ans après les événements qui ont précipité la chute de la famille Corta, les Mackenzie se sont approprié les restes de leur entreprise. Il n’y a donc plus que quatre «Dragons», ces consortiums familiaux qui se partagent l’exploitation des ressources lunaires et, donc, le pouvoir. Pourtant, les Mackenzie se déchirent sur les cadavres encore frais de leurs ennemis de toujours. Les Sun continuent, discrètement, à élaborer des plans visant à affaiblir leurs adversaires. Les Vorontsov vendent toujours leurs indispensables services au plus offrant. Et les Asamoah tentent tant bien que mal de préserver leur neutralité de façade. Mais le statu quo, même sous gravité réduite, n’est jamais acquis. D’autant que les rares survivants de la famille Corta – blessés, en fuite ou sous la protection d’autres Dragons – n’ont pas dit leur dernier mot. 

Avec le deuxième tome de sa trilogie, Ian McDonald continue, sans temps mort, l’exploration minutieuse de sa colonie lunaire, nouveau Far West où tous les coups (bas) sont permis.

 

Sang, larmes et poussière lunaire

*/ Critique garantie sans spoiler sur le tome 1 /*

Ian McDonald n’a pas fini de m’étonner. Je voue un culte au « Fleuve des dieux », volumineux roman qui prend son temps mais qui est une prouesse narrative et un modèle d’anticipation qui brasse de nombreuses influences SF parfaitement digérées par l’auteur britannique, « Desolation road » est un peu foutraque mais assez enthousiasmant, « La petite déesse » est une petite merveille qui fait suite au « Fleuve des dieux », bref, McDonald est doué, très doué. Ce dont je ne me serais pas douté, c’est qu’il a aussi le don pour écrire de véritables shoots d’adrénaline, comme le montre de manière éclatante le dernier tiers de « Luna », premier tome de la trilogie du même nom. Un inoubliable souvenir de lecture. Toute la question était de savoir comment l’auteur allait négocier la suite et s’il allait être capable de remettre le couvert sans que le plat proposé s’avère fade après une telle entrée (en matière). Et la réponse est : bon sang, il a remis ça !

Car d’une part, c’est avec un grand intérêt que l’on découvre comment, après les évènements de la fin du tome 1, les Dragons (les grandes familles dominantes sur la Lune) replacent leurs pièces sur le grand échiquier lunaire, et d’autre part car l’auteur replonge rapidement le lecteur (qui n’a plus besoin d’être tenu par la main pour découvrir le wordlbuilding de la Lune, qu’il connaît bien grâce à « Luna ») dans une nouvelle apocalypse, avec ce qui s’apparente de plus en plus à une guerre non plus commerciale mais une guerre totale entre ces différentes familles. Et ça décoiffe, c’est passionnant, on est ferré, impossible de lâcher le bouquin ! Et il fallait bien ça parce qu’ensuite, ça bouge beaucoup moins. Ou du moins, de manière moins éclatante, moins « publique ». Tout se joue en coulisse, ce qui ne manque pas d’intérêt d’ailleurs, mais il faut bien avouer qu’après tout ce grand spectacle, la baisse de rythme est assez nette, même si jamais l’ennui ne pointe le bout de son nez.

Corta, McKenzie, Asamoah, Sun, Vorontsov, toutes les grandes familles ont un coup à jouer dans ce qui se trame sur la Lune, alors que la Terre risque bien aussi d’y mettre son grain de sel, malgré des populations aux modes de vie éloignés (et biologiquement incompatibles) et qui n’ont presque plus rien en commun. Mais après tout, la Lune n’est absolument pas un pays en tant que tel, mais une simple colonie économique, donc il faut que ça tourne et tout ce bazar pourrait bien nuire à l’économie lunaire donc à l’économie terrestre… Bref, il y a du mouvement , des alliances se font et se défont, au gré des intérêts de chacun, ou des promesses données.

Et puis, et puis… Ian McDonald réenclenche la surmultipliée ! Pas seulement sur les cent dernières pages comme dans « Luna », mais dès la moitié du roman. Ça n’est peut-être pas aussi démesuré que dans le premier volume, mais ça fait du roman un implacable page-turner, qui amène à nouveau de gros changements dans la société lunaire. Les cartes sont à nouveau rebattues, certains personnages de second plan dans « Luna » prennent une importance toute particulière ici (et sans doute encore plus dans le troisième et dernier tome), alors que vengeance, destruction, mort et intérêts économiques s’entremêlent pour aboutir à une situation incertaine. C’est déjà beaucoup pour un deuxième volume de trilogie, souvent le maillon faible de l’oeuvre globale, forcé de faire office de transition entre une ouverture explosive et une conclusion dramatique. « Lune du loup » ne souffre pas de ce problème, il fait certes son travail de transition mais va bien au-delà de ce seul statut et a bien des atouts pour captiver le lecteur.

Se rapprochant encore un peu plus d’un « Game of thrones » sur la Lune, « Lune du loup » est un nouveau coup de maître de Ian McDonald. En perpétuel mouvement, parfois explosif, avec des personnages profonds et crédibles au sein d’une société inventée de toute pièce mais parfaitement cohérente, le roman confirme que la trilogie « Luna » est un jalon important dans la SF contemporaine. Comme la plupart des romans de Ian McDonald en somme.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Samuel, Apophis, Blackwolf, Célindanaé, Le Fictionaute, Avant Critique, Philémont, La tête dans les livres, Olivia Lanchois.

 

  
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