La science fait son cinéma, de Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer

Le Bélial’ a le vent en poupe ! Non content d’avoir créé avec succès la désormais bien installée collection « Une heure-lumière », voici que l’éditeur récidive avec cette fois une collection d’essais s’intéressant à la science, qu’elle soit dure ou humaine, en s’appuyant sur des oeuvres de SF existantes. De la vulgarisation scientifique mêlée aux oeuvres qu’on adore ? J’achète !

 

Quatrième de couverture :

Défier les lois de la physique avec Ant-Man, et celles de l’anatomie avec Godzilla. S’aventurer aux abords d’un trou noir… et y plonger avec Interstellar. Communiquer avec les aliens comme dans Premier Contact. Se retrouver seul sur Mars et tenter d’y survivre. Étudier Prometheus et s’interroger sur l’origine et l’évolution des espèces extraterrestres… Ici, Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA, et Jean-Sébastien Steyer, paléontologue au Muséum national d’histoire naturelle de Paris et au CNRS, ne cherchent pas à démolir le septième art et son rapport à la science, mais bien à enrichir le regard du lecteur en traitant du contenu scientifique d’une quinzaine de films. Plus que le résultat, c’est la démarche qui importe : mobiliser ses connaissances, s’informer, faire preuve d’esprit critique, développer sa capacité d’analyse, goûter au plaisir de la découverte. Et, surtout, faire de la science en s’amusant !

 

Faire des sciences avec la SF au cinéma, fun et instructif !

Et pour le lancement de cette nouvelle collection, dénommée « Parallaxe » (la parallaxe étant, je reprends les mots de Roland Lehoucq, « un changement de la perception de notre environnement dû à un changement de point de vue », le but de la collection étant donc d’utiliser la SF pour, je reprends à nouveau les mots du Professeur, « faire un pas de côté (…) pour mieux nous observer sous un jour différent »), les petits gars du Bélial’ ont pioché dans une valeur sûre, c’est à dire les articles « Scientifiction » que Roland Lehoucq publie, parfois accompagné d’autre(s) scientifique(s), à chaque numéro du Bifrost. Des articles allongés, retravaillés pour en faire un essai complet, chapitré et séparé en différentes thématiques. Les lecteurs de Bifrost ne seront donc pas en terre inconnue, ils risquent d’avoir déjà lu quelques morceaux ici présents. Mais l’intérêt est de les voir ici réunis sous un bel écrin concocté par l’illustrateur Cédric Bucaille.

Alors de quoi ça parle ? De films bien sûr, c’est quand même ce que le titre indique. Les grands chapitres s’intéressent notamment à « Ant-Man« , « Gravity », « Interstellar », « Seul sur Mars », « Prometheus », « Premier contact »« The thing« , « Godzilla », « Pacific Rim », sans toutefois manquer de s’écarter de ces mastodontes pour jeter un oeil ici ou là sur d’autres films moins connus mais qui servent le propos des deux auteurs que, honte à moi, je n’ai pas présentés, à savoir Roland Lehoucq bien sûr, astrophysicien au CEA, et Jean-Sébastien Steyer, paléontologue au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris et au CNRS. On trouve également quelques chapitres plus généraux, qui ne s’intéressent pas à un seul film, mais jettent un regard global sur un thème exploré par plusieurs films.

Et donc, on s’instruit et on s’amuse en décortiquant ces quelques films très connus. On s’aperçoit bien sûr (sans que ce soit une réelle surprise…) que les longs métrages hollywoodiens (même ceux qui se targuent d’être rigoureux sur le plan scientifique, oui « Interstellar » c’est de toi que je parle…) n’hésitent pas à tordre la physique quand ça les arrange. Après tout, le but de ces films est de divertir, et on peut bien faire deux ou trois (ou plus…) arrangements pour que cela fasse plus spectaculaire. Ou plus compréhensible, mais dire cela c’est constater que malheureusement Hollywood parie rarement sur l’intelligence du spectateur, et c’est bien dommage…

Ceci étant, comme le dit la quatrième de couverture, « plus que le résultat, c’est la démarche qui importe ». Ainsi les auteurs ne portent pas de jugement sur les films qu’ils étudient ici, ils les utilisent simplement comme support pour faire de la science, avec une vraie démarche scientifique, c’est à dire en étudiant les hypothèses de départ et en appliquant les règles de la physique (ou de la science au sens large). Le résultat est donc instructif et amusant, d’autant plus que tout cela nous est présenté de manière très claire, avec humour, et sans présenter d’équations à rallonge et à x inconnues qui ferait fuir à peu près n’importe qui. Bien sûr, c’est de la science, certains chapitres sont donc un peu plus complexes que d’autres en fonction des connaissances du lecteur, surtout que, par exemple, quand on parle de physique on en arrive rapidement à des concepts qui n’ont rien d’évidents pour le commun des mortels.

Ainsi donc, on cherche à savoir s’il est possible de vivre « Seul sur Mars », on se demande si la représentation du trou noir de « Interstellar » et son influence sur son environnement proche sont crédibles, on regarde de près la physique des corps dans « Gravity », on étudie la linguistique avec « Premier contact » (thème qui bénéficie d’ailleurs d’une parution à lui tout seul dans cette même collection, intitulé « Comment parler à un alien ? » de Frédéric Landragin), on cherche à classer la chose de « The thing » dans le grand répertoire des espèces, on constate que « Godzilla » et « Pacific Rim » n’ont rien de très plausibles physiquement parlant, et, la science poussée à son maximum, on cherche même à savoir s’il y a une quelconque cohérence au sein du film « Prometheus », c’est dire jusqu’au sont allés Lehoucq et Steyer !… 😀 Entre autres sujets donc, car il y a bien d’autres points abordés au fil des pages.

Mission accomplie donc pour ce premier essai de la collection « Parallaxe » qui, sous un air léger, nous fait faire de la science, de la vraie. Nul doute que la lecture de « La science fait son cinéma » vous fera jeter un oeil désormais plus éclairé sur ces films qui tordent régulièrement le cou des lois de la physique ou sacrifient le réalisme sur l’autel du divertissement. Mais peu importe au fond, les auteurs (que j’ai rencontrés aux dernières Utopiales et qui sont de vrais amateurs de SF) « ne cherchent pas à démolir le septième art » (dixit la quatrième de couverture) mais à faire de la science en s’amusant, et le but est ici parfaitement atteint !

 

Lire aussi l’avis de Célindanaé, François Schnebelen.

 

  
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