Le secret de Sinharat, de Leigh Brackett

Posted on 29 mars 2019
Après la belle découverte délicieusement pulpesque de Leigh Brackett avec « L’épée de Rhiannon », on continue avec le deuxième roman au sommaire du recueil « Le grand livre de Mars ». Après Matthew Carse, Leigh brackett nous fait découvrir le héros qu’elle va suivre sur plusieurs romans, j’ai nommé Eric John Stark.

 

Quatrième de couverture (tirée du recueil « Le Grand Livre de Mars ») :

La scénariste de L’Empire contre-attaque au sommet de son art…

Mars. La rouge. La sèche. L’immortelle. Mars où les empires s’entrechoquent et s’effondrent, où les héros naissent à l’ombre d’oriflammes barbares. Mars, où la fierté d’un héritage culturel indicible et millénaire. Mars des secrets. Du pouvoir. De la mort. Mars du souvenir…

Au programme de cette édition exceptionnelle, dans des traductions totalement révisées et réunies pour la première fois :

  • L’Épée de Rhiannon
  • Le Secret de Sinharat
  • Le Peuple du talisman
  • Les Terriens arrivent

Le tout encadré d’une préface inédite de Michael Moorcock, d’une large postface biographique signée Charles Moreau et d’une bibliographie exhaustive.

Si Leigh Brackett (1915-1978) est mondialement connue pour avoir scénarisé des films aussi célèbres que Le Grand sommeil (coécrit avec William Faulkner), Rio Bravo ou encore L’Empire contre-attaque, celle qui fut la compagne d’un des plus grands auteurs de l’Âge d’Or, Edmond Hamilton, demeure avant tout une romancière de tout premier plan qui a donné ses lettres de noblesse à la science fantasy.

Ici, Leigh Brackett évoque Mars avec une puissance poétique digne de Ray Bradbury, dont elle fut l’amie et la confidente alors qu’il rédigeait les Chroniques martiennes. Elle a de fait influencé des générations d’écrivains, au premier rang desquels Michael Moorcock, qui reconnaît chez cette grande dame des littératures de genre l’une de ses inspirations fondatrices.

 

Eric John Stark, le Conan martien

Comment qualifier autrement Eric John Stark ? Si son passé reste pour le moment quelque peu énigmatique (on sait que ce Terrien a vécu sa jeunesse sur Mercure et qu’il y a visiblement été traumatisé par un évènement quelque peu obscur), le héros de ce roman est incontestablement un brin « barbare » (c’est ainsi qu’il est décrit dans le texte et dans la bouche de ceux qui s’adressent à lui), c’est à dire « hors de la civilisation », empreint d’un nihilisme assez typiquement « conanesque ». Qui plus est, pulp oblige (la première version de ce roman, en version courte, est paru en 1949 dans la revue « Planet stories », avant de reparaître en version allongée en 1964, tel qu’il est présenté ici), il est fort, séduisant, et se sort toujours de situations désespérées, soit à la force de ses bras, soit parce qu’il est malin et intelligent. Le héros typique de la SF de l’âge d’or en somme. Sauf qu’à l’instar de « L’épée de Rhiannon », mais sans la justification d’un retour dans un lointain passé, on se trouve à nouveau dans un récit qui tient autant de la SF que de la fantasy. Le récit se passe certes dans le futur sur Mars, et on y trouve des pistolets mais ils sont peu ou prou la seule trace de technologie. Certains effets tiennent même clairement de la magie.

Mais cela ne fait qu’accentuer une ambiance crépusculaire (que Brackett avait déjà développée dans des récits martiens antérieurs et qui rappelle un peu, avec ce paysage rougeoyant, « Un monde magique » de Jack Vance, postérieur d’une année à ce récit), avec cette planète Mars au glorieux passé mais dont les différents peuples n’en sont plus que de lointains descendants décadents. La verdoyante Mars n’est plus qu’un désert aride, et les quelques privilégiés qui contrôlent cette ressource essentielle qu’est l’eau s’accaparent les quelques richesses disponibles. C’est sur ce terreau fertile aux conflits que va se dresser un homme aux rêves de gloire et de pouvoir, Kynon, sur le point de fédérer les peuples asservis en abusant de leur croyances, risquant ainsi de plonger la planète entière dans la guerre, à son seul bénéfice bien sûr. C’est là qu’intervient Eric John Stark, en fuite pour avoir fouiné là où il ne fallait pas. Il va donc jouer les agents doubles dans le conflit qui se prépare, en échange d’une amnistie.

Désert, planète non-terrienne, méchants très méchants, gentil à la façade sombre mais avec du coeur, barbare, femmes fatales (mais Leigh Brackett en a fait des femmes fortes, il faut le souligner, elles n’ont pas qu’un rôle de faire-valoir même si elles sont parfois dénudées et que le héros reste Stark et uniquement lui, n’oublions pas l’époque de parution du roman et le public visé…), agent double, Leigh Brackett mélange les genres. SF, fantasy, polar, western, les influences sont multiples (et parfois bien visibles, on a déjà parlé du Conan de Robert Howard, on pourra aussi citer Edmond Hamilton avec ce transfert de corps qui ressemble étrangement à ce que l’auteur avait développé dans le troisième volume, écrit en 1940, des aventures du Capitaine Futur. Rien de très étonnant puisque Brackett et Hamilton, en 1949 au moment de la parution de la version courte du « Secret de Sinharat », étaient mariés, il est donc fort probable qu’il y ait eu une transmission d’idées…).

Pour le reste, on est dans ce que Brackett sait faire, et bien faire. Rythmé, dépaysant, avec une belle ambiance installée en peu de mots et un brin de poésie mélancolique ici ou là, les pages défilent à nouveau toutes seules, à tel point que, le roman étant très court (100 pages en grand format), on arrive vite à la conclusion. Une conclusion qui aurait méritée d’être un peu rallongée, puisque tout se conclue un peu trop rapidement et surtout trop facilement. Un défaut qui n’entache pas le plaisir pris à la lecture de ce roman et à la rencontre avec un personnage charismatique. Décidément, cette planète Mars version Brackett ne manque pas de charme.

 

Lire aussi les avis (essentiellement sur le recueil entier) de Patrice Lajoye, Simatural, Manu B., Les chroniques du chroniqueurChouette la vie, A.C. de Haenne.

 

  
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