Good Omens

Posted on 6 juin 2019

C’est peu dire que cette série était attendue ! L’adaptation du célèbre et ô combien délicieux roman de Neil Gaiman et Terry Pratchett (dont je ne vous ferai pas l’affront de vous donner le synopsis, le mieux étant de consulter mon article sur le roman) aura pris son temps, passant d’un film longtemps repoussé à finalement la série que voici, en six épisodes (mais elle a coché avec succès les cases « adaptation radio » par la BBC et « pièce de théâtre » entre temps). Une adaptation forcément très fidèle au roman puisque Neil Gaiman est à la baguette, en tant que producteur du show et scénariste de tous les épisodes. Son but étant de faire quelque chose que Terry Pratchett aurait apprécié (lui qui lui avait demandé dans une lettre posthume de réaliser cette adaptation), il ne sera pas surprenant de s’apercevoir immédiatement que le ton du roman est conservé, plein d’humour bien sûr, so british, mais aussi de petites allusions caustiques et pince-sans-rire à notre monde et notre société (du temps présent, alors que, rappelons-le, le roman va bientôt souffler ses trente bougies), le tout proposé à travers une intrigue bien barrée comme il faut.

/* Critique garantie sans spoilers !! */

    

 

Car oui, le ton est donné dès le premier épisode, alors que nous prenons connaissance avec les personnages imaginés par Pratchett et Gaiman : c’est drôle, pas forcément hilarant mais l’humour est suffisamment savoureux pour que le sourire reste présent du début à la fin. Il faut dire que la production a mis les petits plats dans les grands, à commencer par le casting étincelant. Evidemment, on ne peut pas passer sous silence le couple formé par l’ange Aziraphale et le démon Crowley (Rampa pour la version française), deux personnages merveilleusement incarnés par Michael Sheen et David Tennant. Ils sont en osmose parfaite, se répondent du tac au tac (avec des dialogues très réussis), ils sont tout simplement par-faits. Et ce n’était d’ailleurs pas gagné d’avance, notamment pour David Tennant, son rôle pouvant facilement le faire tomber dans le cabotinage le plus ridicule. Mais il s’en sort haut la main. Les deux acteurs sont donc au top, chacun dans leur personnage, mais plus que leur performance individuelle, c’est leur travail d’équipe que je retiens. Le duo est magistral. A tel point que lorsqu’ils ne sont plus à l’écran, le spectateur se sent comme orphelin, pressé de les revoir à nouveau.

 

    

 

Le reste du casting ne démérite pourtant pas, loin s’en faut, entre une Miranda Richardson qui incarne Madame Tracy (une prostituée qui arrondit ses fins de mois avec quelques séances de pseudo-voyance), Jon Hamm dans la peau (terme fort mal choisi j’en conviens…) de l’archange Gabriel, ou la délicieuse Adria Arjona dans celle de Anathema Device (Anathème Bidule en VF). On pourrait aussi citer Michael McKean en Witchfinder Sergeant Shadwell au délicieux accent qui roule les « r », ou bien Amma Ris dans le rôle de Pepper, une jeune fille déjà fermement féministe. Oui, je crois qu’on pourrait tous les citer. Mais ils ne peuvent que s’éclipser devant la prestation SheenTennant.

 

    

 

La série, qui a le bon goût de ne pas s’éterniser avec ses six épisodes, est donc un cocktail plein de bonne humeur, de what-the-fuck très british, d’humour et d’action. Pas ou peu de temps mort, ça va vite à l’essentiel, les épisodes se dévorent et on en arrive vite à la fin, fascinés par ce qu’on a vu, surpris de s’être pris au jeu d’un tel déluge de « non sense » à l’anglaise (oui, les quatre cavaliers de l’apocalypse sont bien là, de même que les extraterrestres, les tunnels tibétains, les nonnes satanistes, la sorcière Agnes Nutter (Agnès Barge en VF), etc…). La réalisation est à la hauteur, et se permet même quelques audaces, comme dans ce troisième épisode ou le générique n’apparaît qu’au milieu, après une longue introduction (peut-être un peu trop cela dit…) retraçant la longue vie d’Aziraphale et Crowley. Certes, tout n’est pas parfait, notamment au niveau des effets spéciaux qui font parfois un peu peine à voir. De même, sur le strict plan narratif, on pourrait regretter l’omniprésente voix de Dieu (Frances McDormand) qui n’est qu’un moyen d’expliquer certaines choses sans nécessairement avoir à les montrer, ou bien certaines digressions qui fonctionnent moins bien à l’écran que sur papier. La musique est aussi un peu en retrait, pas très marquante hormis le thème principal (et les réutilisations de chansons de Queen bien sûr, même si leur présence n’est pas expliquée comme dans le roman…). Mais ce ne sont que de petites anicroches qui ne ternissent pas un tableau ma foi fort réussi.

 

  

 

Reste à savoir à qui pourrait s’adresser cette série qui, à l’évidence, sort réellement de l’ordinaire, avec tout un tas de personnages assez fantasques disons… Les lecteurs de Gaiman et/ou Pratchett seront bien sûr ici en terrain conquis, qu’ils aient ou non lu le roman d’origine. Les férus d’imaginaire y trouveront sans doute leur compte aussi, si tant est que l’humour un peu débridé et WTF n’est pas un obstacle. Mais les autres, le fameux « grand public » ?… Si j’en crois les articles vus sur le Net, ça semble fonctionner, mais les notes des agrégateurs type Rotten Tomatoes ou Metacritic ne donnent pas des résultats stratosphériques… Pas forcément surprenant pour une série aussi « typée » (et qui multiplie les clins d’oeil au microcosme des séries « de genre » anglaises, cherchez donc les références à « Doctor Who », « Sherlock », etc…), parfois audacieuse, toujours drôle, vraiment déjantée, frôlant parfois l’absurde. Peu importe, moi je me suis bien amusé. 😉

 

 

  
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