Les meurtres de Molly Southbourne, de Tade Thompson

Posted on 24 juin 2019
Et après « Helstrid », j’en termine avec mon petit rattrapage des dernières sorties de la collection « Une heure-lumière », pour être enfin à jour (en tout cas au moment de ma lecture…). Place à nouveau à Tade Thompson qui est décidément sur le devant de la scène en ce moment, puisque son « Rosewater » est également sorti il y a peu.

 

Quatrième de couverture :

Molly est frappée par la pire des malédictions. Aussi les règles sont-elles simples, et ses parents les lui assènent depuis son plus jeune âge.
Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bas-toi.
Ne saigne pas.
Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent.
Si tu trouves un trou, va chercher tes parents.

Molly se les récite souvent. Quand elle s’ennuie, elle se surprend à les répéter sans l’avoir voulu… Et si elle ignore d’où lui vient cette terrible affliction, elle n’en connaît en revanche que trop le prix. Celui du sang.

Né à Londres mais ayant grandi au Nigeria, Tade Thompson vit désormais dans le sud de l’Angleterre, où il exerce la profession de psychiatre. Âgé d’une quarantaine d’années, il est l’auteur de plusieurs dizaines de nouvelles et d’une poignée de romans, dont Rosewater, qui inaugure la trilogie « Wormwood », tout juste traduit chez J’ai lu. Les Meurtres de Molly Southbourne est en cours d’adaptation cinématographique.

 

Ne saigne pas.

Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bas-toi.
Ne saigne pas.
Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent.
Si tu trouves un trou, va chercher tes parents.

C’est le mantra de Molly. Car Molly a un problème, issu de son sang. Et pour contrer ce problème, elle tue. Il en va de sa vie. « Les meurtres de Molly Southbourne », après une introduction volontairement non explicite, va donc nous narrer l’histoire de Molly Southbourne, son enfance dans une ferme isolée, son quotidien rythmé par un apprentissage axé sur le self-défense par une mère qui semble être bien plus qu’elle ne le prétend, sa nécessité de s’éloigner de tout danger pouvant la faire saigner, puis son passage à l’âge adulte avec les affres de cet âge délicat (amours, études, etc…). Et au milieu de tout ça, les meurtres. Nombreux, sanglants, mais nécessaires à sa survie. Et cette litanie contre la peur qu’elle ne cesse de se répéter, qui rythme sa vie. Molly va donc endurer, découvrir, se découvrir elle-même, jusqu’à un niveau insoupçonné.

Bien sûr, l’utilisation que Tade Thompson fait du sang de Molly est une immanquable métaphore sur la femme en général, le passage des jeunes filles à l’âge adulte, la honte de soi même, la découverte de son corps, jusqu’à bien sûr la maternité et la mise au monde, littéralement. En plus de tout ce que la féminité a pu avoir comme notion de déviance ou d’impureté au cours de l’Histoire. Molly comme métaphore de la femme, au sens large donc. Les thématiques sont riches, immédiatement identifiables, sans être exposées trop lourdement. Bien au contraire, l’auteur a su en faire un récit haletant, basé sur de courts paragraphes, ne s’attardant pas outre mesure sur des éléments qu’il aurait pourtant été facile de faire durer. On obtient donc un récit plutôt frappant, difficile à lâcher avant d’en avoir vu la fin, et auquel le format « novella » convient à merveille.

On pourra tout de même regretter une justification scientifique qui peine à convaincre et n’apporte rien au récit (au contraire même, il aurait mieux valu s’en tenir au mystère…). Car oui, le roman prend sur la fin une tournure SF qui lui sied nettement moins bien que s’il était resté, « Stephen King-style », sur un pur plan fantastique-horreur. Ces justifications scientifiques étaient par ailleurs nettement plus développées avant que l’éditeur ne demande à Tade Thompson de couper dans le gras. J’aurais été lui, je serais carrément allé au bout de la démarche… Mais peu importe, il s’agit d’un défaut relativement mineur.

Car au fond, « Les meurtres de Molly Southbourne » est une novella captivante, qui sait se faire tout à tour poignante, émouvante et horrifiante sur une jeune fille qui cherche avant tout à vivre sa vie comme n’importe quelle autre jeune fille de son âge. Pas de doutes, sans que j’aille jusqu’à le porter aux nues comme d’autres l’ont fait, on tient là un récit très efficace (avec une belle traduction de Jean-Daniel Brèque). Une nouvelle belle sortie dans cette collection qui n’en finit pas d’aligner les réussites.

 

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Critique écrite dans le cadre du challenge « Summer Short Stories of SFFF, saison 5 » par Lutin82.

 

  
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