La mort ou la gloire, Wyld tome 1, de Nicholas Eames

On va faire court : un roman de fantasy s’inspirant ouvertement du monde du rock, une couverture à l’avenant reprenant elle aussi l’attitude caractéristique des poseurs metalleux, et un lobbying de l’Ours Inculte qui a fait monter la pression avant la sortie du roman chez Bragelonne, il n’en fallait pas plus pour que je me jette sur “La mort ou la gloire”, premier tome de la trilogie “Wyld” de Nicholas Eames.

 

Quatrième de couverture :

Clay Cooper et ses hommes étaient jadis les meilleurs des meilleurs, la bande de mercenaires la plus crainte et la plus renommée de ce côté-ci du Coeur du Wyld – de véritables stars adulées de leurs fans. Mais ils sont loin, leurs jours de gloire : les redoutables guerriers se sont perdus de vue, ils ont vieilli, grossi et abusé de la bouteille – pas forcément dans cet ordre, d’ailleurs.

Quand, un beau jour, un de ses anciens compagnons se présente à la porte de Clay et le supplie de l’aider à sauver sa fille, prisonnière d’une cité assiégée par une horde de monstres sanguinaires. Une mission qu’il serait inconscient d’accepter…

Le temps est venu de reformer le groupe et de repartir en tournée.

 

Rock N’ Roll Train !

La fantasy, genre qui, s’il n’est pas écrit avec “ce petit truc en plus”, tend à rapidement tourner en rond si son auteur se cantonne à un monde médiéval-fantastique classique, tient avec “La mort ou la gloire” de Nicholas Eames quelque chose de très original. Et aussi très classique. C’est toute la dichotomie du roman.

D’une part, on a un récit à l’intrigue ultra simple : différents personnages se regroupent pour aller sauver la fille de l’un d’entre eux, coincée dans une ville assiégée et éloignée. Pour aller la secourir, il va falloir franchir le Coeur du Wyld, une vaste forêt qui abrite toutes sortes de monstres. Ça c’est pour le côté classique. Oui, dit comme ça, ça ne donne pas forcément très envie. Mais, car il y a un mais. Vous avez vu la couverture ? Vous avez vu ces poseurs, avec le signe du metal ? “La mort ou la gloire” est un hommage constant au monde du rock. Plus que ça, le roman est conçu là-dessus, c’est à dire que l’auteur a construit son univers en y faisant constamment référence, et en intégrant tout ça au worldbuilding de son monde. Ça c’est pour le “petit truc en plus”.

Clay Cooper, ancien mercenaire qui coule maintenant des jours paisibles avec sa femme et sa fille dans la petite ville de Coverdale, reçoit la visite d’un vieil ami, Gabriel, qui lui demande de l’aider à retrouver sa fille. Gabriel et Clay se connaissent de longue date, depuis qu’ils ont fondé la “roquebande” Saga (avec Matrick Skulldrummer, Arcandius Moog et Ganelon), un célèbre groupe de mercenaires adulé par ses fans et chargé, comme toutes les roquebandes, de l’élimination des monstres qui pullulent dans ce monde. Mais Saga est à la retraite depuis presque 20 ans… Aller sauver la fille de Gabriel ressemble fort à une mission suicide, et pour avoir le moindre espoir de s’en sortir il va falloir reformer le groupe, alors que le monde a changé, que les roquebandes ne sont plus ce qu’elles étaient (elles qui ne courent plus le monde mais se contentent d’affrontements joués d’avance dans des arènes), et surtout que les membres de Saga ont vieilli et ne sont plus vraiment au top de leur forme…

Et donc voilà, on a ces fameuses roquebandes, des groupes gérés par des managers qui partent en tournée (et sous contrats) pour combattre des monstres, des groupes aux noms évocateurs, Saga bien sûr mais aussi les Silk Arrows, les Screaming Eagles, les Stormriders, les Sisters in Steel, etc… Très rock ‘n roll tout ça ! D’autant plus que Nicholas Eames parsème son récit de références plus ou moins explicites au monde du rock, que l’amateur s’amusera à retrouver. Parmi les plus évidentes on a un kobold nommé Fender, le fils de Barret, leader de la roquebande Vanguard, appelé Syd, le compagnon d’un membre de Saga, décédé d’un longue maladie, prénommé Freddie, ou bien la redoutable mercenaire Sabbatha. C’est un festival ! Et d’ailleurs, à propos de festival, on a aussi un regroupement de roquebandes qui a lieu une fois par an : la Route du Roque ! Bref, tout est fait pour que rock et fantasy se confondent dans le roman, avec certains moments qui s’approchent du frisson que doivent ressentir certains groupes avant d’entrer en scène, comme ce passage où les membres de Saga doivent entrer dans une arène surchauffée dont le public hurle le nom du groupe, prélude à un concert combat de folie !

Car Nicholas Eames n’oublie pas qu’il écrit un roman de fantasy épique, on a donc droit à des combats, parfois dantesques, qu’il maîtrise d’ailleurs plutôt bien : les descriptions sont claires et précises, l’action se suit sans problème. Qui dit fantasy épique dit forcément action et aventures parfois rockambolesques, mais on a aussi droit à des personnages bien typés et bien caractérisés. Ils ont chacun leurs failles et faiblesses, et le roman distille régulièrement quelques passages émouvants et touchants qui fonctionnent d’ailleurs là encore étonnamment bien, j’avoue que je ne m’attendais pas à ce que ce soit un des points forts du récit. Épique donc, mais aussi parfois très classique : l’intrigue est finalement réduite au plus simple, et la succession d’évènements qui parsèment cette quête lasse parfois un peu (dangereuse rencontre avec une redoutable chasseuse de primes, fuite, disparition d’un membre du groupe, rencontre avec des cannibales, etc…). Oui, le roman est une quête menée par un groupe de mercenaires. De ce côté-là, ça ne va pas chercher bien loin…

Heureusement, l’auteur parvient à aérer son récit en le parsemant de renseignements sur le passé de son monde (je ne m’étendrai pas sur ce point, mais sachez qu’il est plutôt original avec des créatures (à forme humaine mais avec des oreilles de lapin !) issues d’une autre dimension qui ont réduit l’humanité en esclavage et utilisé des hordes de monstres pour dominer le monde, ce qui a fini par se retourner contre eux et explique la diversité et le nombre de créatures diverses et variées dans le texte, tout droit sorties d’un bestiaire de Donjons&Dragons : kobolds, gnolls, chimères, trolls, manticores, ettins, lamias, vouivres, ixils, et j’en passe des dizaines d’autres !), ou en s’attardant sur le passé, parfois (très…) douloureux de l’un ou l’autre de ses personnages.

“La mort ou la gloire”, avec ses personnages forts (en muscles, en gueule ou en bedaine…), ses moments d’action intense mais aussi ses passages très émouvants, est ainsi un roman fort sympathique. On pourrait penser que les références incessantes au monde du rock, si elles peuvent amuser un moment, finissent par lasser mais l’auteur a eu l’intelligence de faire d’elles ce qui constitue l’essence même de l’univers du roman, même si au fond il ne s’agit que d’un groupe d’aventuriers sur le retour partis sauver une jeune fille. Et oui tout cela est par ailleurs très masculin, voire même parfois très testostéroné, une sorte de bromance fantasy à cinq. Il en faut pour tous les goûts, cela ne m’a pas gêné mais il faut le savoir.

Le roman n’évite donc pas certains défauts (son classicisme dans le fond malgré un univers original, une longueur sans doute un peu trop conséquente et qui nuit au shot de rock ‘n roll qu’il voudrait être, un peu comme quand on écoute un double-album qui aurait mérité de n’être qu’un simple, ou bien un traducteur, Olivier Debernard, qui ne sait pas toujours s’il faut traduire les noms des groupes ou non, syndrome “Trône de Fer” avec ses lieux pas toujours traduits en français…) mais ses qualités finissent par l’emporter (ses personnages, ses allusions constantes et amusantes au rock (ok, si vous préférez le rap ou le R’n’B, ça va poser un problème…), son ton mêlant cynisme et beaucoup d’humour, la superbe couverture de Pierre Santamaria qui a seulement loupé les cheveux blonds de Gabriel…). On n’est certes pas ici devant un chef d’oeuvre, mais dans le genre fantasy de divertissement il accumule suffisamment de sympathie pour avoir l’envie d’ouvrir le deuxième tome (car il s’agit bel et bien d’une trilogie mais ce premier tome est tout à fait autosuffisant) qui paraitra en janvier, toujours chez Bragelonne. Let’s rock !

J’en profite pour signaler que l’auteur ne pouvait pas se passer de dresser une playlist Spotify, elle se trouve ici.

 

Lire aussi les avis de l’Ours Inculte, Xapur, Bouch’, Alfaric, Lianne, Espai, Célindanaé, Ombre Bones.

 

  
FacebooktwitterpinterestmailFacebooktwitterpinterestmail