Santiago, de Mike Resnick

Mike Resnick, décédé début 2020, était un auteur remarquable, bardé de prix bien mérités (5 Hugo (pour 37 nominations !), 1 Locus, 1 Nebula, 6 Prix Asimov…) pour une oeuvre fleuve : plus de 70 romans et un nombre incalculable de nouvelles (oui j’ai la flemme de compter). Pourtant, j’ai le sentiment qu’il n’a pas le statut qu’il mériterait dans notre beau pays… Peu importe, il nous reste ses textes (lisez « Kirinyaga », lisez « Sous d’autres soleils » si vous le trouvez en occasion, et si j’en crois les critiques, lisez la trilogie de « L’infernale comédie » !), du moins une partie puisqu’évidemment tout n’a pas été traduit. « Santiago » fait partie de ses textes ayant bénéficié d’une traduction, alors embarquement dans ce roman qui sent bon le western galactique !

 

Quatrième de couverture :

Sa mère était une comète, son père un vent cosmique… Ainsi parle la légende qui entoure cet insaisissable et mystérieux criminel. Sa tête a été mise à prix pour une somme qui fait rêver tous les aventuriers de la galaxie, mais personne ne l’a jamais vu.

Son nom : Santiago. Un monstre ? Un mythe ? Ou un simple mortel fait de chair et de sang ? C’est ce que Sébastien Cain, révolutionnaire déçu devenu chasseur de primes, entreprend de découvrir en compagnie de Vertu MacKenzie, journaliste sans scrupule. Lancés sur la piste de ce dangereux hors-la-loi, ils vont sillonner les planètes situées aux confins de la sphère d’expansion de l’humanité, cette fameuse Frontière peuplée de personnages pittoresques sinon toujours recommandables… pour découvrir une stupéfiante vérité.

Un western intergalactique plein de bruit et de fureur, une incursion dans la légende de nos siècles futurs, par l’auteur du magnifique Kirinyaga.

 

See you space cowboy

Prêt pour un « space trip » galactique ? C’est ce que propose Mike Resnick avec « Santiago », un roman bien éloigné de ses « textes africains » les plus connus mais qui ne manque pas de qualités pour autant. Le récit nous narre la recherche de ce fameux Santiago, personnage à la fois connu comme étant le hors-la-loi le plus recherché de la galaxie et mystérieux car insaisissable et dont il n’existe aucun portrait… Au détour d’une rencontre dans une taverne d’une planète de la Frontière Interne (proche du coeur de la galaxie, en opposition à la Frontière Externe), Sebastien Rossignol Cain, chasseur de prime renommé, tombe par hasard sur ce qui pourrait s’avérer être une piste et se laisse convaincre de partir à la recherche du criminel. De fil en aiguille, il croisera dans sa quête de nombreux personnages hauts en couleur, s’alliera à certains, se fera trahir par d’autres, aura de la concurrence, alors que la piste se resserrera. Mais de quoi donc accouchera le « mythe » Santiago ?

Le roman nous offre donc une sorte de virée à travers la galaxie, à mesure que Sebastien Cain (mais pas seulement, le texte s’intéressant aussi à d’autres personnages, eux aussi en quête du même Santiago, pour différentes raisons) accumule les indices le rapprochant de l’objet de sa recherche. Rythmé par les vers écrits par un certain Orphée Noir, poète ayant rédigé une vaste oeuvre sur les grandes figures de la Frontière Interne, chaque chapitre s’intéresse plus particulièrement à un personnage, qu’il soit à la recherche de Santiago ou bien qu’il ne soit qu’une étape dans la recherche effectuée par un autre personnage.

Sous des airs de roman policier qui ne dévoile ses indices aux protagonistes que parcimonieusement, le récit finit par se rapprocher du western grâce à son ambiance bien particulière et cette notion de « Frontière » typique d’un Far West devenu galactique et dans laquelle se réfugient les hors-la-loi, là où la Démocratie (la civilisation en somme, avec ses règles, son gouvernement, et son désir d’étendre son « espace vital » au risque de faire quelques victimes collatérales) n’a pas encore pu étendre son influence. Une zone colonisée mais qui reste à la fois une zone dangereuse et une zone où tout est possible. L’American Dream version spatiale, le Far West à l’échelle de la galaxie.

Et s’il n’y a certes pas de duels au pistolaser dans des rues balayées par un vent sableux, mais les tavernes et les personnages très typés et même parfois over the top abondent, et cette galerie de personnages (nombreux !) est un énorme atout pour le roman. Comment en effet rester de marbre devant HommeMontagne Bates, qui porte si bien son nom ? Ou bien devant le tragique cyborg Schussler ? L’appétit féroce du Père Williams ? La froideur de l’Ange ? Bref, on se délecte de ses rencontres surprenantes, parfois amusantes, parfois émouvantes, parfois tragiques, dans une accumulation où tout est lié.

Le récit est mené de main de maître, toujours très rythmé, très dynamique, avec des dialogues remarquables de répartie, et jamais Mike Resnick ne laisse les longueurs s’installer, malgré les plus de 500 pages bien tassées du roman.

Et finalement, l’auteur finit dans la dernière partie par donner une tournure un peu plus politique à son texte, dans une manière que l’on peut à la fois voir comme très humaniste (la défense des opprimés) ou bien très américaine (l’ingérance d’un gouvernement central trop puissant), mais qui, quelle qu’en soit la lecture qu’on en fait, donne un attrait supplémentaire au texte, à défaut d’être très originale (ni très surprenante quant au pourquoi du comment final).

En définitive, même si on ne mettra pas ce « Santiago » au même niveau que d’autres textes plus ambitieux de Resnick, on ne pourra que saluer à nouveau le talent d’un auteur qui savait toucher à bien des genres avec succès. « Santiago » le montre bien, et mérite largement aujourd’hui encore d’être lu. Et une chose est sûre : je n’en ai pas fini avec Mike Resnick, oh que non !

 

Lire aussi les avis de Baroona, Li-An.

Critique écrite dans le cadre du challenge « Summer Star Wars – The Mandalorian » de Lhisbei.

 

  
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