Baroudeur, de Jack Vance

Posted on 8 avril 2013

Un Jack Vance chasse l’autre ! Après « Les cinq rubans d’or » en demi-teinte, j’explore une autre facette de l’écrivain, son côté nouvelliste, avec ce recueil constitué de cinq nouvelles.

 

Quatrième de couverture :

À priori la mission de Thissel était simple : récupérer à la descente du convoi carcéral le dangereux criminel Haxo Angmark. Elle le devient beaucoup moins lorsque ce dernier parvient à s’enfuir et à se fondre dans la population de la planète Sirène. Un monde où chacun porte un masque et ne s’exprime qu’en chantant. Commence alors pour les deux hommes une partie de cache-cache mortelle.

Haute en couleur dans un décor baroque et flamboyant, l’intrigue de « Papillon de Lune » mélange suspense et exotisme. Un cocktail emblématique de ce recueil de nouvelles et de toute l’oeuvre de Jack Vance, sans doute le plus grand conteur que la science fiction ait connu. Ses mondes colorés ont émerveillé des générations de lecteurs qui se sont plongés avec délice dans ses grands cycles comme Tschaï ou La Geste des Princes-Démons. Baroudeur rassemble d’autres pépites à (re)découvrir comme « Personnes déplacées », « La Princesse enchantée » ou « Le Temple de Han ».

 

Un papillon et des troglodytes

Baroudeur-VanceCinq nouvelles donc, avec parmi elles du bon et su moins bon. Ou plus précisément, du marquant et du moins marquant. Je vais passer rapidement trois d’entre elles avec par exemple « La princesse enchantée » qui nous offre un récit relevant plus de l’enquête policière que de la SF purement vancienne. Pas de mondes exotiques, d’étranges peuples indigènes, etc… Une simple enquête, plutôt bien ficelée, mais qui peine à rester en tête une fois la lecture achevée, malgré son sujet intéressant et un brin dérangeant.

De même, les deux derniers récits du recueil, « Le bruit » et « Le temple de Han » ne resteront pas forcément dans les annales, même s’ils restent plutôt agréables. Le premier des deux, narrant l’histoire d’un homme perdu sur une planète étrangère et qui, au fil des changements atmosphériques et des couleurs dominantes du paysage (dûs aux levers et couchers des différents soleils), commence à voir et entendre des choses étranges, a d’ailleurs de forts accents de « Chroniques martiennes ». Il y a vraiment de la poésie bradburyenne dans ce texte. « Le temple de Han » voit quant à lui un petit malfrat confronté à des extraterrestres adorant une divinité aux redoutable pouvoirs. Une nouvelle qui se lit, mais j’ai eu du mal à m’attacher aux aventures de ce voleur contraint d’affronter les victimes de son larcin.

En revanche, il y a deux perles dans ce recueil. La première d’entre elles, « Personnes déplacées », nous raconte à travers une narration très particulière (des articles de presse, des communiqués d’organismes d’états, etc…) comment le monde réagit à l’apparition soudaine et inexpliquée d’une immense peuplade a priori humaine sortie des entrailles de la Terre. Les gouvernements vont devoir réfléchir à une solution pour prendre en charge tous ces « immigrants sous-terrains ». Mais on le sait, les machines étatiques sont parfois longues à régir, quand elles le veulent bien… Entre négociations,  tergiversations, mises en place de plans humanitaire, la situation s’éternise, s’enlise… Ce récit sombre et glaçant car terriblement actuel m’a collé une belle baffe !

Et enfin, la plus belle réussite, « Papillon de Lune », donc le pitch est repris sur la quatrième de couverture. L’histoire et assez simple, mais l’imagination flamboyante et l’inventivité de Jack Vance font des merveilles ! Cette étrange société est décrite en peu de mots, simplement mais efficacement, et surtout le récit est totalement dépaysant. C’est intelligent, c’est fin, c’est drôle, c’est tout simplement admirable. C’est même trop court, tant tout un tas de détails disséminés ici ou là donnent envie d’en savoir plus sur cette planète, cette société. Une belle démonstration de l’ethno-SF de Vance dans ce qu’elle a de meilleur !

Trois nouvelles sympathiques mais sans plus, mais surtout deux bijoux qui valent largement l’achat du recueil (de toute façon vendu à petit prix), c’est l’occasion de voir que lire du Jack Vance, ça devient vite addictif !

 

Lire aussi chez Efelle, Guillaume, Nébal, Daidin, Ranatoad, Vicklay, Marcfvb.

 

Chronique écrite dans le cadre du challenge « JLNN » de Lune.

  
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