Servir froid, de Joe Abercrombie

Posted on 2 février 2017
La première trilogie de Joe Abercrombie, « La première loi », partait sur les chemins bien balisés de la fantasy classique avant de prendre un gros virage et de renverser la plupart des schémas bien établis du genre. L’auteur américain poursuit dans le même univers avec « Servir froid », un one-shot qui sent bon le cynisme, la sueur et le sang, des éléments typiquement abercrombiens…

 

Quatrième de couverture :

C’est le printemps en Styrie. Et avec le printemps, vient la guerre.

La guerre est un enfer, mais c’est aussi un gagne-pain pour certains, comme Monza Murcatto, la plus célèbre et redoutée des  mercenaires au service du grand-duc Orso. Ses victoires l’ont rendue très populaire… trop, même, au goût de ses employeurs. Trahie, jetée du haut d’une montagne et laissée pour morte, Monza se voit offrir en guise de récompense un corps brisé et une insatiable soif de vengeance.

Quoi qu’il lui en coûte, sept hommes devront mourir.

Elle aura pour alliés un soûlard des moins fiables, le plus fourbe des empoisonneurs, un meurtrier obsédé par les nombres et un barbare décidé à se racheter une conscience.

C’est le printemps en Styrie. Et avec le printemps, vient la vengeance.

 

Du Abercrombie pur jus !

Servir froid - Abercrombie - couvertureLa vengeance, tel est le thème central de ce roman. Une vengeance qui, Joe Abercrombie oblige, ne peut se faire que dans le sang. Parce qu’on n’est pas là pour rigoler. Enfin si, un peu quand même, l’auteur n’oublie pas d’alléger son récit d’une bonne dose d’humour notamment à travers des dialogues efficaces entre des personnages parfois hauts en couleurs. Mais quand même, faut que ça saigne quoi. Et donc la vengeance. Celle de Monza Murcatto, trahie par le duc Orso alors qu’elle l’a mené depuis plusieurs années, à la tête de sa troupe de mercenaires, de victoires en victoires et sur le point d’être couronné roi de Styrie. Et la voilà étranglée, poignardée, balancée au bas d’une falaise et laissée pour morte aux côtés de son frère, vraiment mort lui.

Mais Monza est une dure à cuire, et la voilà qui survit, bien décidée à venger la mort de son frère et la trahison de ceux auxquels elle faisait (plus ou moins) confiance. S’ensuit un désir de mort des personnes présentes et complices au moment de son supposé décès. Sept personnes à tuer. Garde du corps, banquier, général, mercenaire, les fils du duc et le duc lui-même. Monza, pour se faire, n’agira pas seule et s’entourera au fil du temps de personnages au départ attirés par l’appât du gain. Barbare du nord, empoisonneur, ancien mercenaire, ancien prisonnier limite autiste faisant une fixette sur les chiffres, c’est une équipe assez particulière qui tentera de mener à bien la cabale de Monza.

J’ai lu ici ou là que ce roman était très tarantinesque dans l’esprit. Assertion tout à fait logique tant le ton pourrait tout à fait donner un film du réalisateur américain, d’autant plus que Abercrombie a un don pour les dialogues qui claquent, la marque de fabrique des films de Tarantino. Et ce n’est pas le seul point commun entre les deux artistes : le cynisme assumé et la violence frontale (parfois assez difficile à encaisser d’ailleurs) achèvent de démontrer qu’il semble y avoir une certaine filiation.

Alors certes, il faut aimer le genre. Avec en plus un risque pris par Abercrombie sur ce roman, celui de la redite. Sept personnes à tuer, ce sont sept histoires différentes certes, mais dont le but reste toujours le même. Le romancier tente d’éviter cet écueil en complexifiant chaque histoire et en leur donnant un impact sur la trame globale et le devenir de la Styrie, mais ça ne marche pas totalement. Ceci dit, avec cette galerie de personnages pittoresques (un petit conseil, ce roman a beau être un one-shot et pouvoir se lire de manière indépendante, c’est un vrai plus que d’avoir lu auparavant le trilogie de « La première loi », certains personnages réapparaissant et certaines allusions parfois importantes y faisant référence) et ce style inimitable, difficile de rester de marbre devant cette (ces) aventure(s) qui, forcément avec Abercrombie, ne se terminent pas par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». L’ami Joe ne fait pas dans le conte de fées…

Parfois un peu (beaucoup…) long, le roman n’est pas vraiment le coup de coeur que j’attendais. Et malgré sa belle galerie de personnages  (aaaah, inoubliable Cosca, qui n’éclipse toutefois pas le encore plus inoubliable Glokta de « La première loi »), sa volonté de proposer une fantasy « crade et cynique », ses dialogues percutants et le fait (trop rare) que ce roman de fantasy soit un one-shot, j’ai tendance à lui préférer la précédente trilogie de l’auteur. Il me reste deux one-shots de Abercrombie, toujours dans ce même univers et qui semblent plus faire l’unanimité que ce « Servir froid », et je m’y plongerai sans aucun doute. Car même si j’attendais plus de ce roman, on est quand même un cran au-dessus du tout venant de la fantasy.

 

Lire aussi les avis de l’Ours Inculte, Lutin82, Herbefol, Simon Courtois, Kissifrott, Blackwolf, Dup, Cécile Desbrun.

 

  
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