Le dernier voeu, Le sorceleur tome 1, de Andrzej Sapkowski

Posted on 30 juillet 2019
Cela faisait un moment que l’idée me trottait dans la tête, l’arrivée prochaine d’une série sur Netflix m’a fait franchir le pas. Me voici donc lancé dans « La saga du Sorceleur » écrite par le Polonais AndrZej Sapkowski. Voici donc un premier aperçu du personnage de Geralt de Riv, très largement popularisé par une célèbre série de jeux vidéo.

 

Quatrième de couverture :

Geralt de Riv est un homme inquiétant, un mutant devenu le parfait assassin. En ces temps obscurs, ogres, goules et vampires pullulent, et les magiciens sont des manipulateurs experts. Contre ces menaces, il faut un tueur à gages à la hauteur, et Geralt est plus qu’un guerrier ou un mage. C’est un sorceleur. Au cours de ses aventures, il rencontrera une magicienne aux charmes vénéneux, un troubadour paillard au grand cœur… et, au terme de sa quête, peut-être réalisera-t-il son dernier vœu : retrouver son humanité perdue.

 

Pour faire connaissance avec le côté littéraire de la saga vidéoludique culte

« Le dernier voeu » est un recueil de nouvelles, composé de six textes englobés dans un septième découpé en sept parties. Ce septième récit, « La voix de la raison », est en fait la suite directe de celui qui introduit le personnage de Geralt de Riv, fort justement intitulé « Le sorceleur », et permet d’introduire les autres histoires faisant partie du passé du personnage. Sur la forme, on n’est donc pas loin d’un « fix-up », terme très moche désignant un assemblage de nouvelles formant un tout cohérent. Chronologiquement, ce n’est pas le premier recueil écrit par Sapkowski sur Geralt de Riv, ou du moins pas tout à fait. Quatre des nouvelles formant ce recueil sont bien les premiers textes écrits par l’auteur polonais concernant le sorceleur, mais un autre recueil, « L’épée de la providence », est sorti avant « Le dernier voeu » qui réunit donc les quatre premiers textes plus trois autres plus tardifs, ces sept textes se déroulant donc avant « L’épée de la providence » même si le recueil les réunissant est paru après. Vous suivez ? 😀

Et donc, ce fameux Geralt de Riv, personnage étonnant, sorte de mutant mi-guerrier mi-magicien, issu d’un entraînement très strict accompagné de toutes sortes de décoctions et autres potions altérant ses capacités physiques pour le rendre plus rapide et plus fort (avec certaines conséquences comme des pupilles de chat, des cheveux totalement blancs…), il appartient à une caste dédiée à l’éradication des monstres menaçant les hommes, contre paiement bien sûr. Les deux premières nouvelles mettent d’ailleurs cet aspect en valeur, dans « Le sorceleur » tout d’abord qui voit Geralt de Riv aux prises avec une strige (une femme transformée en démon) puis dans « Un grain de vérité » où il fait face à une brouxe (vampire dont le cri agit comme une arme). De ces deux récits, on peut tirer quelques enseignements. Le premier c’est qu’après ces deux textes, on a compris le principe du mercenaire chasseur de monstres et que les récits ne pourront pas simplement s’appuyer sur ce point sans éviter une évidente redite. Le deuxième c’est que le bestiaire, malgré un monde médiéval-fantastique assez classique, semble plutôt original. Brouxe et strige (et dans les textes suivants, kikimorrhe, sylvain, génie…) changent des orcs et des gobelins. Le troisième c’est que c’est écrit simplement (avec en prime pour le deuxième récit une très libre revisite de « La belle et la bête ») mais que le personnage et le monde, que l’on devine rapidement plus complexes que ce qui nous est présenté, ont un bon goût de « reviens-y ».

Dès lors, les autres textes enfoncent le clou : les récits sont plus variés (avec à nouveau une référence à un conte bien connu, « Blanche-Neige et les sept nains » dans « Le moindre mal »), font référence à des points importants relatifs à Geralt de Riv (l’origine de son surnom du « Boucher de Blaviken », ses liens avec des personnages importants, tels le troubadour Jaskier, la prêtresse Nenneke, la sorcière Yennefer, ou bien l’origine de sa future fille adoptive, Ciri), et abordent des thématiques un peu plus réflexives (dans « Le moindre mal », au titre très transparent (spoiler alert : il n’y a pas de bonne solution…), mais aussi la colonisation et la vengeance afférente à travers le sort des elfes dans « Le bout du monde » ou bien l’avenir forcément délicat d’un sorceleur chargé d’éliminer les monstres qui sont pourtant, indirectement, ceux qui lui permettent de vivre). Des éléments intéressants, qui commencent à structurer un monde vaste, avec des personnages en nuances de gris. Geralt lui même n’a pas les atours du héros sans faille. Il a certes du coeur et un certain sens de l’honneur, mais il fait ce qu’il a à faire pour de l’argent, et ne se fait guère d’illusions sur son avenir et celui de sa caste. Pragmatique avant tout donc.

Les récits ne manquent pas d’humour, et cet humour, parfois un peu salvateur alors que quelques textes sombrent un peu trop facilement dans le bavardage, a pourtant pour conséquence de flouter un peu le type de récits auxquels nous avons affaire. Un peu dark, mais aussi un peu légère, la mélange surprend parfois. Peut-être la conséquence d’un recueil qui regroupe des textes dont la cohérence n’était pas encore le maître-mot (c’est aussi le cas pour Geralt lui-même qui affirme suivre un code de conduite, non explicité, alors qu’il indique également que les sorceleurs n’ont pas de code à suivre, ou bien quelques réactions qui mettent à mal la cohérence du personnage…) ?

En conclusion, ce recueil de nouvelles n’a donc foncièrement rien de follement extraordinaire ni de très original (hormis son bestiaire) mais ne manque malgré tout pas de saveur. Il est surtout une bonne introduction à un personnage pas encore totalement charismatique mais qui a tous les atouts pour le devenir. Je me dois de préciser ici que je n’ai jamais joué à un seul des jeux vidéo le mettant en scène. Peut-être est-ce aussi ce qui explique mes légères réserves. Ceci dit, j’ai tout de même bien apprécié ma lecture, le plaisir prenant nettement le pas sur les quelques défauts relevés, et il ne fait guère de doute que je reviendrai à ce cycle prochainement avec une relative confiance puisque le volume suivant est aussi un recueil. Ensuite viennent les romans, et là c’est une autre histoire…

 

Lire aussi les avis de L’ours inculte, Blackwolf, XapurBouchon des boisPtitelfe, Chrisylivres, Guenièvre, Le manuscrit perdu, Les pipelettes en parlent, Mr K, Sideara, Anamor, Les pages qui tournent, Jérôme M. Keller, Nabu, Shoop

Critique écrite dans le cadre du challenge « Summer Short Stories of SFFF, saison 5 » de Lutin82.

 

  
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