Bifrost 95, spécial Lune

C’est peu dire que j’ai été particulièrement occupé ces dernières semaines (mois…), et mon rythme de lecture en a pris un sérieux coup. Me voici donc à récupérer des lectures censées être déjà anciennes, comme ce Bifrost qui est l’avant-dernier paru puisque le dernier en date, le numéro 96, est déjà arrivé il y a quelques jours. Question fraîcheur et actualité, on repassera. Néanmoins, puisque ce blog est aussi mon journal personnel, ces quelques mots en souvenir de ma lecture de ce Bifrost un peu particulier puisqu’il n’est pas consacré à un auteur mais à la Lune elle-même, en hommage bien sûr aux cinquante ans des premiers pas de Neil Armstrong sur notre satellite.

Et pour commencer, un rapide tour des rubriques habituelles. Tout d’abord avec un édito relativement pragmatique sur le « phénomène » Damasio qui vend son derniers romans par palettes entières. Chacun aura son avis bien tranché sur un auteur qui ne laisse pas indifférent (et sur son roman, « Les furtifs »), mais j’approuve la distance que prend Olivier Girard avec tout ce barouf, en arguant que finalement c’est sans doute une bonne chose pour les genres de l’imaginaire et surtout pour la petite maison d’édition de Damasio, La Volte.

Passons ensuite rapidement sur les (nombreuses) critiques des ouvrages récemment parus (la production est décidément pléthorique et bien souvent de qualité, on ne s’étonnera donc pas de voir, malheureusement, des ventes parfois décevantes sur des textes qui pourtant mériteraient un bien meilleur sort…) ainsi que des revues pour en venir à une interview d’une partie du staff du site Noosfere, site bien connu des fans de SFFF, site qui rend de multiples services à chacun, site indispensable tout simplement. Merci à eux pour leur travail. Enfin, la rubrique news qui n’est plus de première fraîcheur à l’heure où j’écris ces lignes…

Le dossier maintenant. Qui commence par un article de Mike Ashley s’intéressant aux premiers récits faisant référence à la Lune. De l’Antiquité jusqu’au début du XXème siècle, ça fait déjà une belle période mais disons que sont mis de côté les textes « modernes ». Ces textes sont d’ailleurs abordés dans l’article suivant, du moins certains d’entre eux puisqu’il a bien fallu faire un choix. Article partial donc (mais pouvait-il en être autrement puisqu’il s’agit ici de dresser un « bibliothèque idéale » à propos de la Lune ?) et qui revisite également quelques anciens textes déjà abordés dans l’article précédente. Un peu de redite donc, mais ici les textes sont abordés les uns après les autres, sur le même mode que les guides de lecture habituels (dans les dossiers consacrés aux auteurs) ou les rubriques critiques. De quoi cocher quelques romans à lire un de ces jours.

L’article suivant, signé Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer, revient lui aussi sur quelques romans ayant la Lune pour cadre. Même s’ils sont cette fois abordés sous le prisme de la science (ce qui est toujours intéressant), en voir certains abordés pour la troisième fois en trois articles, ça commence à faire beaucoup, d’autant que pour avoir une vue « large » sur ces romans il est finalement nécessaire de piocher dans les trois articles. Pris un par un, ces textes s’avèrent donc tous intéressants à leur manière, mais l’ensemble paraît finalement un poil confus et, surtout, parfois redondant. Le mot de la fin (de ce dossier) revient à Roland Lehoucq à nouveau (qui a donc fait un gros boulot sur le dossier de ce Bifrost) avec la traditionnel article « Scientifiction » qui, bien sûr, nous présente la Lune sous toutes ses coutures. Son histoire, sa géologie, tout nous est expliqué, avec notamment les dernières hypothèses. De quoi être scientifiquement à jour sur notre satellite. Accessible, didactique, de la belle ouvrage.

Et enfin, les nouvelles. Au nombre de quatre, la première d’entre elle, « Les Hommes-Fourmis du Tibet », la plus longue, est signée Stephen Baxter et se révèle être une suite au roman « Les premiers hommes sur la Lune » de H.G. Wells. Problème : je n’ai pas lu ce roman. C’est en fait un faux problème, puisque la nouvelle de Baxter peut très bien se lire indépendamment du texte de Wells mais comme souvent en pareil cas, on y perd les références. Alors certes, ce n’est pas si grave que ça, mais ne pas se rendre compte que le vieux monsieur échoué sur la plage au début du texte est le Bedford qui a accompagné le héros du roman de Wells sur la Lune, ça me dérange un peu. L’intrigue est assez simple : un jeune garçon curieux se trouve embarqué dans un voyage vers la Lune en empruntant fortuitement le vaisseau des héros du roman de Wells. Là-bas il va découvrir une étonnante civilisation d’Hommes-Fourmis et un paysage surprenant qu’il imaginera être le Tibet (d’où le titre du texte). N’ayant donc pas le récit de Wells en tête, j’ai eu l’impression d’avoir lu un texte agréable, assez pulp au départ (Baxter n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai sur le sujet puisqu’il a également donné une suite à « La guerre des mondes » et « La machine à explorer le temps » de Wells, avec respectivement « Le massacre de l’humanité » et « Les vaisseaux du temps », ou bien écrit « Anti-glace », assez ouvertement vernien) puis qui prend une tournure beaucoup plus sinistre sur la fin lorsque l’on comprend ce qui se passe, mais dont l’essence même m’est passée à côté.

Le texte suivant, « Tyché et les fourmis », est signé Hannu Rajaniemi, et là… C’est simple : je n’ai guère vu d’intérêt à ce texte très étrange qui ne fait pas grand chose pour être clair. Je ne suis jamais entré dans le récit. Donc on passe direct à la suite.

Suite qui est d’un tout autre calibre. « Marche au soleil » de Geoffrey A. Landis est un titre parfaitement transparent puisqu’il s’agit pour Patricia Mulligan, une astronaute qui s’est crashée sur la Lune, de ne pas se retrouver à l’ombre sous peine de problèmes d’alimentation en oxygène et de maintien en température de sa combinaison. Et les secours n’arriveront que dans 30 jours. C’est donc marche ou crève, pour suivre la course du soleil. Le pitch est sans doute un peu excessif (marcher quasiment sans s’arrêter pendant 30 jours…) mais il est prétexte à un beau texte qui n’est pas seulement haletant sur le côté « exploit physique dans un environnement hostile » puisqu’il aborde aussi le côté psychologique de son personnage, plus profond qu’il n’y paraît. Jolie réussite de la part d’un auteur déjà édité dans la collection « Une heure-lumière » du Bélial avec « Le sultan des nuages ».

Le dernier récit, « Après un jugement dernier », est signé du célèbre Edmond Hamilton, le papa du « Capitaine Futur », dont le Bélial poursuit ici sa réhabilitation avec un nouveau texte relevant de sa période plus « sérieuse », plus sombre aussi, assez éloignée de la simplicité pleine d’étincelles et d’étoiles des pulps classiques de l’époque. Dans une ambiance de fin du monde, deux astronautes en mission sur la Lune, peut-être les deux derniers survivants de l’espèce humaine, se demandent comment réagir à cette catastrophe civilisationnelle. Se laisser aller au désespoir ? Poursuivre sa mission coûte que coûte ? Entre désillusion et acharnement, volonté de laisser une trace de notre civilisation et abandon de tout espoir, ce texte crépusculaire montre à nouveau la maestria de Edmond Hamilton (que le recueil « Le dieu monstrueux de Mamurth », malheureusement indisponible de longue date, du moins hors occasion, avait déjà clairement montrée). C’est beau, c’est sombre, c’est à la fois terriblement déprimant et pourtant d’une beauté folle avec cette bouteille à la mer lancée par les astronautes pour que vive à travers d’autres une humanité capable du pire comme du meilleur.

Voilà donc pour ce rattrapage, place au numéro dans un délai, je l’espère, plus raisonnable…

 

  
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