Le Livre d’Or de Robert Sheckley

Il y a des collections qui ont laissé une trace dans l’histoire de l’édition du genre SFFF. « Le Livre d’Or de la science-fiction » en fait indéniablement partie. Dirigée par le défunt Jacques Goimard (décédé en octobre 2012), elle avait pris le parti de faire découvrir des auteurs importants (ou bien d’explorer des thématiques précises), en dressant un panorama représentatif du ou des styles des auteurs concernés. Là encore au détour d’une flânerie dans les nombreuses librairies de Bécherel, j’ai pu mettre la main sur cet exemplaire consacré à Robert Sheckley. Il semblerait bien que ce soit le début d’une collectionite, puisque deux trois quatre autres volumes sont rapidement venus le rejoindre, mais ceci est une autre histoire… Revenons donc à Robert Sheckley.

 

Quatrième de couverture :

Robert Sheckley est l’un des très grands écrivains de la science-fiction américaine contemporaine. On a dit de lui qu’il était un peu le Mark Twain du XXème siècle et l’incontestable vérité de ce rapprochement rend hommage à son incomparable talent.

Né en 1928, il fait ses débuts en 1952. Ses idées fulgurantes, ses sous-entendus ironiques, font de lui l’un des maîtres de la nouvelle. Il est également l’auteur de romans comme OmégaEchange standardLe Temps meurtrier, où son humour noir, son goût du sarcasme et son sens de la terreur composent un climat tout à fait personnel.

 

Robert Sheckley, ou la SF qui fait sourire

Livre d'or - SheckleySeize nouvelles composent donc ce recueil consacré à Robert Sheckley, auteur quelque peu délaissé ces dernières années dans le paysage francophone de la SF. Notamment connu pour son roman « La dimension des miracles » ou pour ses collaborations avec Roger Zelazny (la trilogie du « Concours du millénaire »), Robert Sheckley (décédé en 2005) est un adepte de la SF à tendance humoristique. Mais un humour loin de faire dans le potache, plutôt un humour discret, mettant en scène des personnages dans des situations parfois absurdes, un absurde ordinaire qui passe comme étant tout à fait normal et logique. C’est ce décalage entre cette absurdité logique et notre normalité bien à nous qui fait tout le sel des nouvelles de Sheckley. Mais il serait aussi trop réducteur de ne faire de l’auteur qu’un écrivain léger. On est certes dans de la pure SF populaire des années 50 (toutes les nouvelles du recueil à l’exception d’une seule datent des années 50), mais Sheckley parvient ici ou là à insérer un peu de noirceur ou quelques jolies réflexions bien senties sur la nature humaine…

Parmi les récits rassemblés ici, je retiendrai notamment « Une race de guerriers » dans lequel un duo d’astronautes en panne sèche se retrouve à quémander du carburant sur une planète peuplée d’autochtones ne présentant aucun danger technologiquement parlant. C’est sans compter sur leur façon de se battre pour le moins étonnante… Une phrase mémorable, l’air de rien :

D’un autre côté, il hésitait à l’idée d’être responsable de la mort de trois milliards de personnes…

Dans « La suprême récompense », on retrouve la confrontation entre un terrien et un peuple extraterrestre. Sur un thème similaire à la nouvelle précédemment citée, l’incompréhension entre deux espèces, Sheckley en fait une nouvelle réjouissante, dont on sent le dénouement à l’avance mais dont l’intérêt se situe dans le cheminement. Avec un brin de noirceur pour conclure.

« Fantôme V » met en scène deux personnages récurrents dans les récits de Sheckley : Arnold et Gregor, décontamineurs planétaires gaffeurs. Une amusante régression infantile pour venir à bout des méchants.

Dans « La fin d’un peuple », on aperçoit clairement toute la subtilité de l’écrivain qui à travers un récit toujours drôle nous donne à réfléchir de manière inattendue sur la colonisation africaine. Un belle réussite.

La perle de ce recueil s’intitule « Voulez-vous parler avec moi ? », et c’est d’ailleurs la plus récente (1965). Hilarante illustration des problèmes de communication inhérents à un premier contact, elle m’a fait non pas sourire comme c’est souvent le cas, mais carrément rire ! Oui je me suis esclaffé devant ce linguiste un peu trop sûr de lui confronté à une langue bien plus subtile qu’il le pensait au premier abord. Cela lui jouera, bien évidemment à la mode « sheckleyenne », quelques menus problèmes. Pourtant, les partis-pris comiques sont quelque peu éculés, mais que voulez-vous, j’ai ri quand même !^^

La feuille que le Naïen tendit à Jackson portait cette première question :

— Vous est-il arrivé, actuellement ou dans le passé, d’éliquer forsiquement les mushkées ? Précisez les dates dans l’ordre chronologique. Si la réponse est non, veuillez en donner la raison.

Jackson n’alla pas plus loin.

— Que signifie au juste éliquer forsiquement les mushkées ? demanda-t-il à Erum.

L’agent immobil