L’épée de la providence, Le sorceleur tome 2, de Andrzej Sapkowski

Posted on 7 août 2019
Hop, aussitôt entamée, aussitôt poursuivie. Le tome 1 de « la saga du sorceleur » de Andrzej Sapkowski m’a surpris car j’avoue que je ne m’attendais pas vraiment à y prendre autant de plaisir. Pourquoi donc s’arrêter en si bon chemin ? Et donc voilà : place au tome 2 !

 

Quatrième de couverture :

Geralt de Riv, le mutant aux cheveux d’albâtre, n’en a pas fini avec sa vie errante de tueur de monstres légendaires.

Fidèle aux règles de la corporation maudite des sorceleurs et à l’enseignement qui lui a été prodigué, Geralt assume sa mission sans faillir dans un monde hostile et corrompu qui ne laisse aucune place à l’espoir.

Mais la rencontre avec la petite Ciri, l’Enfant élue, va donner un sens nouveau à l’existence de ce héros solitaire. Geralt cessera-t-il enfin de fuir devant la mort pour affronter la providence et percer à jour son véritable destin ?

 

La bonne surprise est confirmée

Le premier tome de « La saga du sorceleur » était un recueil de nouvelles, c’est aussi le cas pour de deuxième opus (les volumes suivants sont en revanche tous des romans). Et si le premier fut une bonne surprise, j’avais encore quelques doutes sur la suite, des doutes qui se sont rapidement envolés puisque j’ai trouvé que les textes qui composent « L’épée de la providence », souvent plus longs que dans « Le dernier voeu », gagnent en intérêt en ne se contentent pas de faire un étalage de créatures diverses et de duels avec le sorceleur, Geralt de Riv. Certes, le bestiaire du monde imaginé par Andrzej Sapkowski reste un des points importants, notamment de par son originalité. Mais le recueil va au-delà de ça, ces créatures se fondant dans un monde que l’on sentait déjà vaste dans le premier tome mais qui ici commence à se mettre en mouvement. Un mouvement qui, à l’évidence, amorce la suite de la saga, son coeur sans aucun doute. Et si le worldbuilding prend une importance certaine, ce sont bien les personnages qui sont au coeur des récits, avec bien sûr en premier lieu Geralt de Riv.

Car le sorceleur prend du volume, sa psychologie s’épaissit, le personnage devient plus complexe, plus riche. Le couple qu’il forme avec Yennefer n’y est pas pour rien. Un peu de « je t’aime moi non plus », un zest de caractères pas tout à fait compatibles, mais aussi un amour qu’on sent intense alors que les blessures profondes qu’on subit les deux personnages au cours de leur vie rendent leur retrouvailles toujours fortes et amères à la fois. Car elles mènent inéluctablement à de nouvelles séparations. Et que la douleur revient, toujours, aiguisée par l’impossibilité de leur couple, à plusieurs niveaux. Les autres personnages apportent aussi leur pierre à l’édifice, qu’ils soient récurrents comme le troubadour Jaskier (la caution humoristique, sans tomber dans le ridicule), la petite Ciri (petit brin de fille d’une dizaine d’années au caractère déjà bien trempé mais qui aura besoin de la protection d’un Geralt qui n’avait pas vraiment prévu ça) ou bien sûr l’incontournable Yennefer, ou bien ponctuels comme Essi Daven (troubadour elle aussi) ou le surprenant chevalier Trois-Choucas.

Tous ces personnages permettent d’aborder de nombreux sujets parfois classiques (l’amour, l’engagement…), parfois plus engagés (le racisme, l’exclusion ou au contraire l’intégration). Les six textes qui composent le recueil abordent tout ceci avec une finesse surprenante (la relation GeraltEssi Daven pleine d’amertume et de sentiments refoulés dans « Une once d’abnégation », texte dont la conclusion poignante n’est pas la moindre de ses qualités), mais dont la relative gravité (dans « Éclat de glace » et son classique triangle amoureux qui amène à une profonde réflexion sur ce que souhaite vraiment Geralt quant à sa vie, amoureuse mais pas seulement) est souvent contrebalancé par un humour salvateur (l’amusant « Le feu éternel » et son « réalisme économique » plongeant un hobbit dans une mauvaise passe, dont l’humour cache une intéressante pensée sur les dégâts de la civilisation humaine sur la nature, et par extension la violence aveugle de la religion face à la seule volonté de vivre des créatures jugées comme étant sauvages et donc dangereuses). Reprenant certains codes habituels de la fantasy (« Les limites du possible » et sa troupe partie à la chasse au dragon fait inévitablement penser à un groupe de joueurs de jeu de rôle), les récits de Sapkowski jouent donc sur plusieurs fronts, apportant plusieurs niveaux de lecture. Et même si le style n’a rien de flamboyant (il faut tout de même signaler que la prose me paraît ici un cran au-dessus que dans le tome précédent, grâce au changement de traducteur, ici Alexandre Dayet en lieu et place de Laurence Dyèvre ?), on se laisse facilement embarquer dans des nouvelles plus profondes qu’il n’y paraît.

Les deux derniers textes ouvrent plus ouvertement la saga et les romans suivants. Installant le mouvement dont je parlais plus haut, les pièces bougent sur l’échiquier géopolitique alors que Geralt est amené à faire la connaissance de Ciri (dans la nouvelle éponyme, « L’épée de la providence »), la jeune fille qui lui est destiné depuis le premier tome (dans la nouvelle « Une question de prix »). Le dernier récit, « Quelque chose en plus », sans doute pas le plus adroit, revient encore sur quelques évènements du passé du sorceleur tout en densifiant encore un peu le personnage, tisse quelques liens supplémentaires avec les récits précédents (jusque dans le premier volume) et lance clairement l’intrigue des romans suivants. On sent qu’on entre vraiment dans le vif du sujet. Pour autant, il ne faudrait pas prendre les nouvelles de ces deux premiers tomes à la légère. Elles sont certes là pour introduire le lecteur aux personnages et à l’univers de la saga, mais elle ont toutes les qualités requises pour être prises pour ce qu’elles sont vraiment : de bons (voire parfois très bons) textes de fantasy, ne réinventant certes pas la poudre mais faisant les choses de manière efficace et intelligente. Aucun doute : je ne vais pas m’arrêter là.

 

Lire aussi les avis de Isad, Saiwhisper, Norrin Radd, Benjamin, Shoop, Fabien S., Mr K

Critique écrite dans le cadre du challenge « Summer Short Stories of SFFF, saison 5 » de Lutin82.

 

  
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